Banque Lazard
Banque Lazard

André Meyer, Jean-Marie Messier, Antoine Bernheim, Bruce Wasserstein, Felix Rohatyn, Bruno Roger, Edouard Stern, Gerardo Braggiotti, Michel David-Weill, etc..

Tous ces éminents hommes de main du capitalisme pur et dur, spécialistes des OPA hostiles, des rachats-fusions d'entreprises et autres raids boursiers, sont ou ont été récemment associés aux destinées de la banque Lazard. Des hommes en costume sombre, sérieux, affairés, riches, puissants; des personnalités généralement discrètes mais parfois exposées sous le feu des projecteurs médiatiques lors d'une énième opération capitaliste internationale, d'un mécénat culturel de prestige ou du dernier scandale financier.

Martine Orange — journaliste au magazine Challenges et auteur il y a peu d'Une faillite française consacrée à Vivendi — trace dans Ces messieurs de Lazard leur portrait en même temps que l'histoire d'une banque d'affaires franco-américaine parmi les plus secrètes mais aussi les plus influentes du XXe siècle.

Fondée en 1876 par deux frères juifs askenazes "quincaillers-banquiers" depuis 1848, Elie et Simon Lazard, associés à leur beau-frère Alexandre Weill, la banque Lazard s'est progressivement spécialisée dans la gestion d'actifs et le conseil en fusion-acquisitions. Au fil des années elle a su tisser un puissant réseau d'amis plus ou moins obligés dans tous les milieux des affaires, de la politique et de la haute finance, les mettant en connivence pour réaliser des milliers d'opérations financières internationales de haute voltige pour lesquelles elle a encaissé des commissions ou des bénéfices aux montants faramineux.

La lignée de ses associés-gérants aux parcours tous plus brillants et vertueux les uns que les autres (cf Jean-Marie Messier ou Edouard Stern) jusqu'à l'héritier familial de quatrième génération Michel David-Weill — dernière figure tutélaire âgée aujourd'hui de 72 ans, mécène amateur d'art, "empereur de Wall Street" pendant les folles années '80 et grand patron de la banque pendant 25 ans avant de passer la main en 2001 au "dealer" Bruce Wasserstein — a géré les plus grandes fortunes mondiales et piloté la plupart des dossiers financiers majeurs de nombre de grands empires financiers, industriels ou commerciaux français et américains, de LVMH à Cap Gemini en passant par BSN, Peugeot, Paribas, les nationalisations et privatisations de l'État français, la création de la deuxième banque des Etats-Unis, la gestion des actions de Jackie Kennedy ou la mise sur orbite de grands patrons comme Antoine Riboud, Vincent Bolloré ou Bernard Arnaud entre des centaines d'autres PDG de multinationales.

Mais depuis quelques années, sans héritier mâle, minée par des conflits internes et confrontée à plusieurs scandales et opérations qui ont mal tourné, la banque Lazard a déclinée et a décroché de sa place de numéro 1 des banques d'affaires française, perdant des pans entiers de son pouvoir et de sa chasse gardée à Paris, Londres et New York.

Derrière la comédie humaine de ce cercle d'affairistes cupides et agressifs qui s'entraident ou s'assassinent au gré des OPA, derrière les violentes luttes d'intérêts des multinationales ou des grandes fortunes qu'ils représentent, derrière la main-mise sur tous les pouvoirs politiques de droite comme de gauche et au-delà de la saga de la très secrète banque familiale juive, le lecteur de Ces messieurs de Lazard découvrira en filigrane l'histoire économique d'une France confrontée à la mondialisation et soumise depuis une trentaine d'années à un flot ininterrompu d'aventures financières.

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Martine Orange, Ces messieurs de Lazard (Éditions Albin Michel).