Apple
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Apple, La firme qui a révolutionné le XXe siècle informatique en inventant le premier micro-ordinateur individuel grand public — dit aussi PC (Personal Computer) — est née le 1er avril 1976 dans le garage de la famille Jobs à Palo Alto (Californie). Dotée au départ d'un capital de 1.300 dollars par ses deux fondateurs Steve Jobs et Steve Wozniak, la compagnie affiche trente ans après sa naissance une bonne santé insolente, pesant 60 milliards de dollars en Bourse, 14 milliards de chiffre d'affaires (+65% l'année dernière), 1,3 milliard de bénéfices et employant plus de 12.000 personnes dans le monde. Ce ne fut pas toujours le cas et, comme dans les meilleurs success-story à l'américaine pleines de rebondissements et de péripéties, Apple Computer a été donnée plusieurs fois moribonde, notamment dans les années '90 lorsqu'elle fût pillée et enfoncée sous les coups de butoir de sa rivale Microsoft qui copia ses innovations et imposa son système Windows chez les fabriquant d'ordinateurs personnels qui inondèrent le marché avec ce produit pourtant beaucoup moins performant et au final plus cher.

L'aventure Apple commence donc en 1976 lorsque le jeune Steve Jobs (21 ans, employé chez le fabricant de jeux vidéo Atari et de retour d'un voyage hippie en Inde), s'associe avec son ami Steve Wozniak (26 ans, ingénieur électronicien employé lui chez le fabricant de calculatrices Hewlett-Packard) pour créer un ordinateur à échelle humaine. Un troisième larron, Ronald Gerald Wayne, était aussi de la partie mais, peu certain de l'avenir de l'entreprise, il préféra quitter l'aventure naissante d'Apple en rétrocédant ses 10% de capital au bout de deux semaines.

Les "calculateurs" de l'époque où IBM règne en maître sont encore d'énormes mastodontes bourrés de transistors et d'ampoules électriques mais les premiers processeurs et circuits imprimés de petite taille étaient déjà inventés. Une sorte de micro-ordinateur, le Micral, d'origine française, existait même déjà depuis 1972 et un autre, l'Altair, équipé d'une mémoire vive de 256 octets et d'un microprocesseur Intel, commençait à être commercialisé. Wozniak et Jobs s'emparent de ces premières technologies pour les développer. Ils cherchent de nouveaux composants plus performants, dégottent un processeur Motorola moins cher que les autres et finissent par bricoler un premier circuit électronique maison qu'ils insèrent dans un boîtier en bois, lui adjoignant une interface et même un port pour brancher des périphériques qui n'existent pas encore. La boîte est accompagnée d'un clavier à la place des habituels interrupteurs pour commander les opérations et d'un écran vidéo graphique pour l'affichage des données à la place des diodes, tout le système se mettant en marche automatiquement dès le lancement. En ce temps là il n'était pas si évident de construire ce qui semble aujourd'hui aussi simple. Ils nomment leur bébé Apple I et commencent à le distribuer, parvenant à en vendre 200 exemplaires au prix unitaire de 666,66 dollars à un magasin d'électronique du coin.

L'année suivante ils trouvent un financier, Mike Markkula, qui investit 250.000 dollars dans l'entreprise. Ils s'installent à Cupertino, créent le célèbre logo à la pomme et sortent l'Apple II, plus évolué (4 Ko de RAM, lecteur de disquette) et plus compact, qui devient le véritable premier ordinateur à pénétrer le marché des particuliers et à révolutionner ainsi la vie de l'homme contemporain. Il rapportera à la petite entreprise de la Silicon Valley environ 1 million de dollars la première année et progressivement beaucoup plus chaque année suivante. Les innovations des meilleurs ingénieurs informatique du monde se succèdent ensuite à un rythme soutenu, telle par exemple celle de Jef Raskin qui invente la souris et l'interface graphique avec icônes; des programmes et des périphériques apparaissent; les commandes affluent, portées par de fortes et originales campagnes de publicité. L'entreprise se développe au niveau international. En 1980, elle sort l'Apple III, ouvre une usine de fabrication à Cork (Irlande), embauche son millième employé, et entre en bourse le 12 décembre, plaçant 4,6 millions d'actions au prix de 22 dollars l'unité.

Le premier milliard de dollars de chiffre d'affaire est réalisé en 1982, juste avant le lancement du modèle Lisa qui reprend le premier à son compte tout en les enrichissant plusieurs innovations majeures issues des laboratoires Xerox, mais qui connaît toutefois un flop retentissant en 1983. Jobs rectifie le tir et l'année suivante sera celle de la consécration de la firme de Cupertino avec la sortie d'un micro-ordinateur devenu culte, le Macintosh (512K), dont la descendance se vendra à des dizaines de millions d'exemplaires partout dans le monde pendant une décennie, occupant à lui seul jusqu'à 20% des parts de marché et génèrant une communauté mondiale de "macmaniaques" fidèles restés pour la plupart passionnément attachés à la marque. Ceci malgré le départ de Steve Wozniak et de Steve Jobs, qui ont abandonné Apple en 1985 à la suite de conflits internes pour suivre de nouvelles aventures chacun de leur côté.

Au début et au milieu des années '90 le Mac est équipé du meilleur système d'exploitation existant et se décline sous toute une gamme d'ordinateurs de bureaux et d'ordinateurs portables. Sa simplicité d'utilisation ludique sera plébiscitée par le public au même titre que sa supériorité technologique dans les milieux créatifs et culturels (PAO, presse, édition, graphisme, architecture, musique, montage cinéma, etc). Mais la concurrence n'est pas restée inactive. Microsoft, dirigée par Bill Gates, a senti le formidable marché potentiel de la micro-informatique et a investi le secteur en recopiant littéralement les innovations d'Apple. Elle capte la demande des consommateurs par le biais d'accords marketing avec les fabricants de matériels clones d'IBM depuis 1981, saturant les circuits de distribution avec son Windows 95 jusqu'à s'installer en situation de monopole mondial malgré la mauvaise qualité de ce système d'exploitation.

Après une série d'echecs — entre autres le lancement du réseau eWorld en 1992 et la sortie du Newton, un PDA sorti trop tôt en 1993 — Apple voit s'effriter ses parts de marché au profit de Microsoft. L'entreprise accumule les pertes financières et se retrouve en 1996 au bord du gouffre. Le quart de ses effectifs, soit 3.500 personnes, est licencié. Journaux et milieux financiers annoncent sa chute inéluctable mais le retour aux commandes du gourou Steve Jobs en 1997 est bientôt suivi d'un spectaculaire redressement. La gamme Apple s'enrichit de nouveaux produits tout aussi technologiquement révolutionnaires que l'est leur design zen arrondi, blanc ou coloré qui lancera toute une mode. 1998 voit la sortie de l'Imac (bientôt l'ordinateur individuel le plus vendu aux Etats-Unis), 1999 le portable Ibook, 2001 l'Ipod, ce baladeur numérique qui occupe aujourd'hui 80% du marché mondial des baladeurs musicaux, 2003 l'ouverture de la boutique en ligne Itunes, et enfin 2004 le système d'exploitation Mac Os X dont ont dit qu'il était déjà plus avancé que le système Windows Vista de Microsoft qui ne sortira lui qu'en 2007. A cette date, toujours en avance, Apple sortira elle son nouveau système, nommé Léopard.

Depuis le début des années 2000, Imacs, Ibooks, G3-4-5, Mac Mini ou Ipods se vendent comme des petits pains et, outre le design, nombre de ses technologies, des ports USB à Quicktime en passant par les réseaux sans fil, sont reprises par les concurrents suiveurs. Rien qu'au 1er trimestre 2006, 1.250.000 ordinateurs Mac et 14 millions d'Ipods ont été vendus. Ces produits associés au formidable succès mondial de l'Itunes Music Store — le magasin de vente en ligne de musique qui vient de dépasser le milliard de téléchargements, apportant 59% de ses revenus 2005 à la compagnie — donnent à Apple une croissance bien supérieure à celle des autres acteurs du même secteur et son action caracole régulièrement depuis plusieurs mois avec celle de Google en tête des plus fortes hausses du NASDAQ, le marché de cotation des valeurs technologiques de la bourse de New York.

Surfant sur ses succès technologiques, commerciaux et financiers, Apple consolide actuellement ses positions et son excellente image de marque même si elle n'occupe encore que 5% du marché des micro-ordinateurs au Etats-Unis et 4% dans le monde entier. La multinationale se donne de nouvelles orientations stratégiques qui semblent accéler encore le mouvement en sa faveur, comme entre autres la décision récente d'utiliser désormais des processeurs Intel, se rapprochant ainsi des configurations utilisées traditionnellement par les PC sous Microsoft Windows, ou celle de développer de façon significative des partenariats avec les milieux de l'éducation. Illustrant une nouvelle fois son caractère visionnaire et précurseur, Apple a surtout pris avec le XXIe siècle le tournant d'un secteur qui ne peut plus aujourd'hui se limiter aux simples micro-ordinateurs. Avant toutes les autres grandes compagnies elle a su se positionner pour développer et commercialiser — notamment directement par internet — de nouveaux produits multimédia (aujourd'hui Ipod Vidéo, Iphone, etc..) et des contenus culturels numériques grand public (logiciels, jeux, musique, films,..) qui continuent à faire d'elle, 30 ans après sa naissance, une entreprise toujours à la pointe des nouvelles technologies et plus que jamais tendance, l'une des plus créatives et les plus influentes du monde moderne.