Google Livres
Google Livres

Google élargit ses offres de services aux lecteurs et aux éditeurs de livres. Ses programmes Google publishers (numérisation et indexation sur internet des livres soumis par les éditeurs) et Google Library (numérisation et indexation sur internet de 15 millions de livres tirés du fonds des grandes bibliothèques), qui permettent d'effectuer des recherches immédiates par mots-clés au coeur de la bibliothèque numérique mondiale, s'enrichissent d'une version en consultation payante.

Les ouvrages du domaine public, libres de droits, resteront consultables par les internautes en totalité et gratuitement alors que ceux soumis au Copyright pourront être consultés soit gratuitement, si l'éditeur l'autorise, soit en payant. Il appartiendra à l'éditeur (ou à l'auteur-éditeur) partenaire de Google, après s'être inscrit au programme et justifié de ses droits de propriété intellectuelle, de décider comment et à quel prix peuvent être consultés les livres qu'il lui soumettra pour être numérisés et diffusés sur internet. Ce service de Google existe déjà mais ne proposait jusqu'àlors qu'un seul mode de visualisation, gratuit pour les internautes, qui affichait des extraits très courts du texte autour des mots-clés recherchés et renvoyait ensuite par des liens vers le site de l'éditeur et de librairies en ligne pour acheter l'ouvrage. Désormais, avec cette extension, l'éditeur pourra indiquer à Google d'autoriser l'exploration avancée du contenu de ses livres et il fixera lui-même le prix de cette consultation. Google Book Search facturera le lecteur internaute, qui ne pourra par ailleurs pas copier ou télécharger le texte de l'ouvrage sauf s'il l'achète, et reversera le montant des droits de consultation à l'éditeur après avoir prélevé un pourcentage. Ce système pour les livres, proposé pour l'instant qu'aux seuls éditeurs britanniques et américains, suit en cela celui qui se met en place pour la consultation et l'achat en ligne de la quasi totalité des médias numériques (vidéos, musique, articles de presse ou d'encyclopédies, etc..) et Google possède déjà toute la panoplie logicielle et la surface commerciale pour l'exploiter à l'échelle mondiale.

Cette formule de partenariat commercial avec les maisons d'édition offre à l'évidence une nouvelle source de revenus à Google qui ne vit pour l'instant que grâce à la publicité en ligne. C'est aussi en outre une tactique qui lui permet, à la veille du Salon du Livre de Paris où ses projets seront au centre des débats, de faire face aux violentes critiques qui lui sont opposées en France sur les questions de Droits d'auteurs puisque les éditeurs seront ainsi rémunérés, même pour une simple consultation des livres qu'ils publient (ce qu'heureusement ils ne peuvent encore exiger pour une consultation des livres dans les librairies).

Les éditeurs et responsables institutionnels français du secteur du livre ne devraient donc à priori pas s'opposer à cette nouvelle initiative de Google, qui ne peut que leur offrir là de nouveaux débouchés à la fois de diffusion et de rémunération. Très remontés contre Google, ils polémiquent en effet et mènent bataille depuis plusieurs mois — sous la houlette du président de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) Jean-Noël Jeanneney — contre la numérisation par Google de livres français archivés dans les bibliothèques. Leur lutte, qui se révèle à l'étude plutôt d'assez mauvaise foi, cherche sous prétexte de défense du Droit d'auteur et de préservation du patrimoine culturel français contre "l'américanisation", à interdire à la firme de Montain View de numériser des livres sans leur autorisation explicite. La bataille semble toutefois bien mal engagée et surtout contre-productive puisque, malgré les tentatives de mobilisation de l'Europe entière, la France est finalement en train de prendre un retard fatal dans la conversion inéluctable du contenu des livres vers les nouveaux supports électroniques offerts par les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication et leur diffusion sur le réseau mondial. A l'inverse du but recherché, chaque jour passé à se confronter aussi stupidement de front aux projets de numérisation de Google plutôt que de chercher une coopération pour augmenter la présence de nos auteurs anciens ou contemporains, isole le patrimoine et la culture de langue française de la future bibliothèque numérique mondiale.