Novalis
Novalis

Écrivain allemand, Novalis — pseudonyme de Friedrich von Hardenberg — est né à Oberwiederstedt (Saxe, Allemagne) le 2 mai 1772. Descendant d'une famille de vieille noblesse, c'est d'une tradition de sa maison que le poète hérite de son pseudonyme: dès le XIIIe siècle, en effet, les seigneurs de Hardenberg utilisaient parfois l'adaptation latine de leur nom, soit Novali, ou Novalis.

De bonne heure, Friedrich von Hardenberg est destiné à devenir ingénieur des mines et à suivre les traces de son père, directeur des salines à Weissenfels. Il est élevé dans des sentiments de grande piété: ses parents appartiennent tous les deux à une communauté piétiste fondée par les frères Moraves et, dès son enfance, La Bible et les cantiques nourrissent son imagination. C'est dans la maison familiale, pôle d'attache de toute sa vie, où il est instruit par des précepteurs, qu'il invente ses premiers contes de fées.

Ses dons sont multiples. Mort avant trente ans, il laisse une oeuvre mince mais de toute première importance sur le plan poétique et philosophique. Par ailleurs, il s'intéresse aux sciences, en particulier à la minéralogie et à l'électricité. Étudiant le droit en 1790 à l'université d'Iéna, il y suit aussi des cours de philosophie et, surtout, les cours d'histoire donnés par Friedrich von Schiller qu'il admire sans réserve et qui représente pour lui une haute figure morale. Il y rencontre également Friedrich von Schlegel qui devient son ami, et Johann Gottlob Fichte dont il lit avec passion la Doctrine de la science, qui lui apparaît comme l'oeuvre d'un "Newton du monde intérieur".

Après avoir terminé ses études à Wittenberg, Novalis occupe son premier poste administratif à Tennstedt, petite ville située près de Wittenberg, à l'automne 1794. Peu après, il rencontre au château de Grüningen celle qui devait décider de son existence et, en un sens, de son oeuvre: Sophie von Kühn, âgée de treize ans à peine, et qui, selon les témoignages des contemporains, allie une grâce juvénile à une étonnante maturité d'esprit. Il vit un moment de bonheur intense mais bref: à la fin de l'année 1795, Sophie tombe gravement malade; elle meurt le 19 mars 1797. Cette date marque un tournant décisif de la vie du poète. Il affirme sa volonté de mourir lui aussi, non pas par désespoir, mais par un acte d'espoir résultant d'une méditation religieuse: Novalis s'apprête à rejoindre sa fiancée, médiatrice entre le jour et la nuit, entre l'apparence et la réalité. "Vivre", écrit-il alors, "est le commencement de la mort. La mort est tout ensemble fin et début, séparation en même temps que plus étroite union avec soi-même."

La disparition de Sophie est à la source de ses Hymnes à la nuit qui paraissent en 1800 dans la revue des frères Schlegel, l'Athenaeum. Avec cette oeuvre lyrique, en partie en vers, en partie poèmes en prose, la poésie romantique allemande acquiert une dimension nouvelle dont les résonances se retrouveront dans le Tristan de Richard Wagner. Auparavant, l'Athenaeum avait accueilli, en 1798, des fragments philosophiques de Novalis, Grains de pollen, la seule collection d'aphorismes publiée de son vivant, sous son pseudonyme et avec ce titre choisi par lui. Selon ses propres termes, ce sont des fragments de son "perpétuel monologue intérieur, des coups de sonde". Ils traitent des sujets les plus divers: morale, esthétique, politique, religion, sciences de la nature.

À la fin de l'année 1797, Novalis se rend sur le désir de son père à la "Bergakademie", l'École des mines de Freiberg, en Saxe, célèbre à l'époque dans toute l'Europe pour les cours de géologie du savant Gottlob Werner. La poétisation des qualités mystérieuses des minéraux inspirera désormais une large part de son oeuvre. En même temps, il se plonge dans les écrits sur le galvanisme de son ami Johann Wilhelm Ritter. Ses études et ses lectures l'amènent à concevoir une grande "Encyclopédie du monde visible et invisible" dont le système, visant à transcender ceux de Baruch Spinoza et de Johann Fichte, serait "l'idéalisme magique" permettant de réconcilier le corps et l'esprit, de transfigurer le monde par le rêve en postulant l'unité fondamentale de l'univers et du Moi conscient. Ce projet destiné à la fois aux scientifiques et aux poètes ne voit cependant pas le jour.

Mais c'est dans cette perspective qu'il faut lire les deux romans inachevés de Novalis, Les Disciples à Saïs et Henri d'Ofterdingen, sinon l'ensemble de ses Fragments, qui représentent en quelque sorte des parties du grand livre à écrire, cette bible des temps futurs animée par une religion nouvelle au centre de laquelle se trouve la figure de Sophie: "J'ai pour Sophie de la religion, non de l'amour", dit-il, "un amour absolu, indépendant du coeur, fondé sur la foi." Tout en se livrant à ses contemplations, il cherche à retrouver un équilibre dans sa vie. En 1798, à Freiberg, il fait la connaissance de la fille du directeur des mines, Julie von Carpentier. Les fiancailles sont bientôt annoncées. Bien que cette relation ne soit en rien comparable avec celle qui l'a uni à Sophie, Julie aura aussi sa place dans l'oeuvre poétique de Novalis, notamment dans Henri d'Ofterdingen, où elle inspire la figure de Cyane, tandis qu'on retrouve le souvenir de Sophie dans celle de Mathilde, la fille du poète Klingsohr, incarnation d'un idéal romantique symbolisé par la "Fleur bleue".

En 1798, à Freiberg, Novalis travaille aux Disciples à Saïs — qu'il abandonnera un an plus tard au profit d'Henri d'Ofterdingen — mais aussi à un opuscule de circonstance qui atteste une certaine préoccupation monarchique et mystique: Foi et Amour, hommage enthousiaste au jeune roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, et à la reine Louise, qui suscite l'admiration générale. En 1799, il revient à Weissenfels comme assistant de direction aux salines. Il rédige alors un court essai, La Chrétienté ou l'Europe, esquisse de son rêve d'un Occident uni, heureux, pacifié sous l'égide d'une Église chrétienne renouvelée. Avec cet essai, Novalis se trouve à l'origine de la théorie politique du romantisme allemand. L'oeuvre porte les traces d'une lecture des Discours sur la religion de Friedrich Schleiermacher, publiés en septembre 1799. Destinée à l'Athenaeum, elle n'y est toutefois pas insérée, les Schlegel ne partageant pas les idées de Novalis et Goethe en déconseillant la publication. La première édition de l'ouvrage ne paraîtra que vingt-ans après la mort du poète. Mais le pamphlet est diffusé dans les cercles romantiques et est fort apprécié par Adam Müller et quelques autres.

En 1799, Novalis rédige aussi ses premiers Cantiques spirituels et entreprend des études sur le Moyen-Âge en vue de la rédaction d'Henri d'Ofterdingen. La référence déterminante pour lui reste cependant le Wilhelm Meister de Goethe auquel, malgré son enthousiasme initial, il reproche d'être trop prosaïque et bourgeois. Il veut écrire un "anti-Meister", un véritable roman initiatique où le poète sera aussi prophète et annonciateur d'un retour à l'Âge d'or. Seule la première partie, "L'Attente", est achevée. La seconde, "L'Accomplissement", reste à l'état de fragments. Novalis rédige encore des Hymnes sacrés qui témoignent de son attachement au Christ et à la Vierge sans qu'on puisse parler d'une conversion au catholicisme. Tout en demeurant attaché aux principes de la religion réformée, il se plaît aux émotions que lui offre le culte catholique. En fait, le Dieu de Novalis n'appartient à aucune religion particulière, il est le Dieu de maître Eckart, Dieu naturel caché au coeur de l'homme.

Atteint de phtisie, Novalis meurt à Weissenfels le 25 mars 1801, à l'âge de 29 ans. C'est son ami Ludwig Tieck qui s'occupera à partir de 1802 de publier les oeuvres posthumes de celui qui est passé comme un météore dans le ciel de la littérature mais qui a véritablement incarné l'esprit poétique du premier romantisme allemand. Un poète tourné vers le monde intérieur et la communion panthéiste avec la nature, pour qui "la poésie est le réel absolu" (Henri d'Ofterdingen).