Léopold Sédar Senghor
Léopold Sédar Senghor

La 20ème édition de la Journée Internationale de la Francophonie, le 20 mars 2006, sera aussi l'occasion de lancer dans le monde francophone les célébrations officielles du centenaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor (1906-2001). Près de 2.000 manifestions et hommages seront ensuite organisés tout au long de cette Année Senghor dans une quarantaine de pays de l'Espace francophone par l'ensemble des États, gouvernements et institutions culturelles membres de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF, actuellement dirigée par l'ancien président de la République du Sénégal Abdou Diouf). Parmi les principaux rendez-vous qui se tiendront à Paris, Rabat, Dakar, Bucarest, Genève ou encore Alexandrie, auront lieu notamment un concert des 20 ans des Sommets francophones à Bucarest le 20 mars, un colloque international le 9 octobre (date de sa naissance) à la Bibliothèque Nationale de France et une grande exposition à l'Unesco en novembre 2006. De nombreux document sont également publiés sur le poète et chef d'état sénégalais dont, entre autres, le livre de Jean-Michel Djian intitulé Léopold Sédar Senghor: genèse d'un imaginaire francophone chez Gallimard, le DVD documentaire Léopold Sédar Senghor, cent ans de négritude co-édité par l'INA, TV5-Monde, Espace francophone et l'OIF ainsi qu'un CD d'entretiens, discours et allocutions de Senghor produit par Radio France Internationale. Enfin un timbre à l'effigie de Senghor sera émis dans une vingtaine de pays et quinze capitales donneront cette année le nom de Senghor à une place ou à une rue.

Léopold Sédar Senghor fut l'un des deux pères fondateurs, avec Aimé Césaire, du concept de "Négritude". Il incarna tout au long de sa vie le combat pour la diversité culturelle et le dialogue des cultures et n'a cessé de proclamer, que ce soit dans sa poésie d'essence symboliste fondée sur la parole incantatoire ou ses essais littéraires ou politiques, sa triple appartenance à la négritude, à la francité et à l'universel. Son message d'affirmation de l'identité noire, toujours associé à celui de tolérance et d'écoute de l'autre sans considération aucune de ses origines, de sa race, de son sexe ou de sa religion, est sans doute plus que jamais actuel à l'heure des replis et crispations communautaires.

Léopold Sédar Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal, petite ville côtière du Sénégal, dans une famille aisée d'origine sérère attachée à la tradition. Il entre à l'école de la mission catholique de Ngasobil où il apprend le français puis au collège d'enseignement secondaire de Dakar où il étudie le grec et le latin. Bachelier, il obtient une bourse pour poursuivre ses études en France. Il arrive à Paris en 1928 et entre en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, ayant notamment pour condisciple Georges Pompidou. Au début des années '30 il rencontre le martiniquais Aimé Césaire et le guyanais Léon Damas avec qui il développe le concept de "Négritude". En 1932, il obtient un diplôme d'études supérieures de lettres pour son mémoire intitulé L'exotisme chez Baudelaire. En 1934, il fonde avec Césaire et Damas un petit journal, L'Étudiant noir, qui se propose de défendre la culture et les valeurs du monde noir et publiera le célèbre texte intitulé Négrerie. Parallèlement il pousuit ses études de Lettres à la Sorbonne. En 1935, Il est reçu à l'agrégation de grammaire, devenant le premier noir agrégé de l'Université française. De 1935 à 1938, il enseigne les lettres et la grammaire à Tours puis à Saint-Maur-des-Fossés tout en suivant les cours d'ethnologie et de linguistique africaine de Lilias Homburger, Paul Rivet et Marcel Mauss. Il milite à la SFIO (Parti Socialiste) avant d'être mobilisé soldat de deuxième classe en 1939 et fait prisonnier en juin 1940. Pendant sa détention il écrira de nombreux poèmes qui figureront dans le recueil Hosties noires, publié plus tard, en 1948 (en même temps qu'une grande Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française préfacée par Jean-Paul Sartre). Libéré pour raisons de santé en janvier 1942, il reprend son métier d'enseignant et participe à la Résistance dans le Front National Universitaire. A la fin de la guerre il est nommé à la chaire de langues et civilisation négro-africaines de l'École Nationale de la France d'Outre-mer et entame de front une carrière politique et une activité littéraire. En 1945 il est élu député du Sénégal et publie son premier recueil, Chants d'ombre, composé de poèmes écrits vers 1938-39. Il est ensuite constamment réélu au parlement sénégalais, fonde son parti, le Bloc Démocratique Sénégalais, devient membre de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe et plusieurs fois délégué de la France auprès de l'UNESCO et de l'ONU. En 1955, il est nommé Secrétaire d'État à la présidence du Conseil dans le gouvernement d'Edgar Faure puis devient maire de Thiès, au Sénégal, en 1956. Cette année verra également la publication de Ethiopiques. Il fonde en 1957 avec Mamadou Dia l'Union Progressiste Sénégalaise et se bat pour l'indépendance. Ministre-conseiller du gouvernement de la République française en juillet 1959, il est élu premier Président de la République du Sénégal, le 5 septembre 1960, après la dissolution de la Fédération du Mali. Constamment réélu (1963, 1968, 1973, 1978), il utilisera son pouvoir pour soutenir activement à la fois la cause de la Francophonie (officiellement instaurée en 1980) et celle de la civilisation africaine, créant entre autres à Dakar, en 1966, le premier Festival mondial des arts nègres. Il restera à la tête du Sénégal jusqu'au 31 décembre 1980, date à laquelle, âgé de 74 ans, il se démet lui-même de ses fonctions. Il laisse le pouvoir à Abdou Diouf et vient s'installer à Verson, près de Caen (Normandie), où il se consacrera dès lors à son oeuvre et à des activités de développement culturel. Le 2 juin 1983 il est élu à l'Académie française et intronisé par Edgar Faure sous la Coupole le 29 mars 1984. L'Egypte lui rend honneur en 1990 avec l'inauguration à Alexandrie de l'Université Internationale Francophone qui porte son nom. Il décède le 20 décembre 2001 dans sa propriété de Verson. Ses obsèques officielles, le 29 décembre 2001 à Dakar, de Chef d'État du Sénégal, d'ancien combattant français et de fondateur de la Francophonie, virent briller par leur absence le président de la République Jacques Chirac et le premier Ministre Lionel Jospin.

Couvert de distinctions, Léopold Sédar Senghor est Grand-croix de la Légion d'honneur, Grand-croix de l'ordre du Lion du Sénégal, Grand-croix de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Palmes académiques, Commandeur des Arts et des Lettres, Médaille de la Reconnaissance franco-alliée 1939-1945 et Croix de combattant 1939-1945. Il a aussi reÁu plusieurs dizaines de récompenses littéraires internationales dont la médaille d'or de la langue franÁaise, le grand prix littéraire international Rouge et Vert, le prix de la Paix des libraires allemands, le prix littéraire de l'Académie internationale des arts et lettres de Rome, le prix Guillaume Apollinaire, le prix Cino del Duca, le prix international du livre de l'UNESCO, le prix Alfred de Vigny, le prix Louise Michel, etc. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques il est également docteur honoris causa de trente-sept universités, dont Paris-Sorbonne, Harvard et Oxford.

Principaux livres de Léopold Sédar Senghor (tous publiés aux éditions du Seuil): Chants d'ombre (1945) Hosties noires (1948) Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (1948) Chants pour Naëtt (1949) Langage et poésie négro-africaine (1954) Ethiopiques (1956) Nation et voie africaine du Socialisme (1961) Nocturnes (1961) Pierre Teilhard de Chardin et la Politique africaine (1962) Liberté I : Négritude et Humanisme (1964) Élégie des alizés (1969) Liberté II : Nation et Voie africaine du Socialisme (1971) Lettres d'hivernage (1973) Paroles (1975) Liberté III : Négritude et Civilisation de l'Universel (1977) Élégies majeures (1979) La Poésie de l'action (1980) Liberté IV : Socialisme et Planification (1983) Ce que je crois : Négritude, francité, et civilisation de l'universel (1988) Oeuvre poétique (1990, anthologie en collection de poche) Liberté V : Le dialogue des cultures (1992).