Italo Calvino
Italo Calvino

Romancier, journaliste et critique littéraire italien, Italo Calvino est né le 15 octobre 1923 à Santiago di Las Vegas (Cuba).

Son enfance, qui a pour cadre la petite ville de San Remo (Riviera italienne) et les préalpes ligures, est marquée par la rigueur portée aux classifications d'un père agronome et, à l'opposé, par une fascination pour "l'image-mouvement", le cinéma.

Il fait ses études dans un lycée classique puis, à la veille de la guerre, s'inscrit à la faculté d'agronomie de Turin. Cette guerre équivaut à une brutale liquidation du monde de l'enfance et provoque chez le jeune homme une prise de conscience politique et historique durable. À la mobilisation, il déserte et s'enfuit en Ligurie. En 1943, il rejoint les brigades garibaldiennes avec son jeune frère. Combattant anti-fasciste, il adhère au Parti Communiste italien l'année suivante.

Italo Calvino commence à écrire de brefs récits et publie, en 1947, grâce à Cesare Pavese, son premier roman: Le Sentier des nids d'araignée. Il participe à l'effervescence du climat utopique né de la fin de la guerre et collabore à des revues (Il Politechnico, Aretusa,...), devient l'un des rédacteurs de l'Unita, le quotidien du Parti Communiste. À Turin, il reprend des études, littéraires cette fois, qui s'achèvent par une thèse sur Joseph Conrad. Pour Italo Calvino, la ville de Turin sera pendant de longues années associée à la maison d'édition Einaudi, où il fait la connaissance de ses premiers amis écrivains (Cesare Pavese, Felice Balbo,...) et où il publiera la quasi totalité de son oeuvre. Il y jouera tout au long de sa vie un rôle de collaborateur important de Giulio Einaudi.

La deuxième moitié des années '40, pour Calvino comme pour beaucoup d'autres intellectuels italiens, est marqué par un débat fondamental: celui des rapports entre la littérature et l'idéologie. Comment dépasser le réalisme, devenu obsolète en tant qu'expression esthétique, sans pour autant refuser la notion d'une littérature "témoin de son temps" ? Au cours des années '50, il se penche sur le rôle fondateur du conte dans la forme romanesque et réalise une recension de Contes italiens (1956). "Les contes sont vrais": cette conviction marquera durablement son oeuvre.

Politiquement, ses rapports avec la direction du PCI se dégradent. L'absence de réaction du parti lors de l'invasion soviétique de la Hongrie (1956) le conduit à quitter le PCI en août 1957. Cette rupture ne modifie ni sa vision du monde ni sa conception d'une littérature comme "défi au labyrinthe", comme quête du sens et de la place du sujet dans l'histoire. À la fin des années '50, il co-dirige avec Elio Vittorini la revue Il Menabo et développe son activité de critique littéraire. Un intérêt constant pour la littérature française le conduit à une lecture sceptique des nouveaux romanciers (Michel Butor, Alain Robbe-Grillet) et de la nouvelle critique (Roland Barthes, A. J. Greimas plus tard), mais enthousiaste de Raymond Queneau, qu'il traduira (Le Fleurs bleues, 1967), péfacera, commentera. Raymond Queneau représente pour lui l'alternative à la modernité du nouveau roman: une littérature qui relève de la combinatoire, des possibles narratifs, des jeux avec le langage (il fera partie de l'OULIPO), tout en maintenant le "plaisir du texte".

Progressivement, une intertextualité de plus en plus foisonnante s'inscrit dans son oeuvre. Les modèles du passé: Cavalcanti, Dante mais surtout le Tasse et l'Arioste, vont justifier un "regard éloigné", un détour stratégique pour parler de l'"hic et nunc" (Le Vicomte pourfendu, 1952, et Le Baron perché, 1957). À partir des Cosmicomics (1965), inspirés de la Petite Cosmogonie portative de Raymond Queneau (1950), la réflexion sur la "machine littérature" (Le Château des destins croisés, 1969-1973), sur l'écriture comme combinatoire de mondes possibles (Les Villes invisibles, 1972), atteste de son éloignement du champ idéologique, de sa sensibilté aux recherches théoriques les plus contemporaines et de son indéfectible admiration pour l'oeuvre de Jorge Luis Borges (Si par une nuit d'hiver un voyageur, 1979).

Italo Calvino épouse en 1964 une jeune femme d'origine argentine, Esther, et s'installe à Paris où naît sa fille. "Ermite à Paris", se rendant fréquemment à Turin, il avoue "ne plus guère consulter le monde que comme une bibliothèque", même s'il continue de collaborer à des quotidiens italiens (La Repubblica, Il Corriere della Serra). C'est de ses articles, remaniés, que naissent les dernières oeuvres: Palomar (1983), Collection de sable (1984), Sous le soleil jaguar (1988). Palomar rend compte de la vision d'un monde fragmenté, incertain, insaisissable. Vivant à nouveau en Italie à partir de 1980, il publie également un important recueil d'articles parus entre 1956 et 1979: La Machine littérature (1984). Il faut enfin signaler son intérêt pour la peinture de son époque (textes sur Domenico Gnoli, Giulio Paolini, Valerio Adami, Arakawa,...) et sa collaboration à des oeuvres musicales,notamment de Luciano Berio.

De la fin de la Seconde Guerre mondiale à la fin du XXe siècle, Italo Calvino aura été singulièrement attentif à l'évolution des idées de son temps (sciences humaines, linguistique, théories du récit,...). Acteur du débat sur le rôle des intellectuels, sur la fonction de la littérature dans un monde où le champ des idéologies aura progressivement été assujetti à l'empire des signes et de l'image, il aura cherché, tout au long de son oeuvre, à cerner la spécificité du fonctionnement de la machine littéraire et du romanesque par raport au labyrinthe du monde. Inlassablement, son oeuvre répétera cette profession de foi: "Si l'expérience la plus récente me porte à aller vers un discours qui incarne la multiplicité du monde dans lequel nous vivons, je continue à croire qu'il n'y a pas de solution valable esthétiquement, moralement, historiquement, qui ne passe pas par la fondation d'un style" (Le Défi au labyrinthe, 1963).

Italo Calvino est mort d'une hémorragie cérébrale le 19 septembre 1985 à Sienne (Toscane), à l'âge de 62 ans.