Ramon Gomez de la Serna
Ramon Gomez de la Serna

Écrivain espagnol, Ramon Gomez de la Serna est né à Madrid (Espagne) le 5 juillet 1888.

Auteur prolifique, c'est un véritable "monstre des lettres" qui a beaucoup cultivé l'excentricité, le "ramonisme". Doué d'une vision déformée et caricaturale qui mêle l'humour et l'ironie aux choses les plus pathétiques, il est l'inventeur d'une forme littéraire, la gregueria, qui tient du jeu de mots, de la métaphore et du calembour paradoxal. Selon Gonzalo Torrente Ballester, "la gruegueria est le résultat d'une intuition qui devine la singularité absolue des objets et l'exprime par un aphorisme au moyen d'une comparaison, d'une image ou d'une métaphore substantive ou adjective, en détachant avant tout la nuance humoristique de l'objet". Ainsi, "la foudre est une espèce de tire-bouchon en colère", "le grillon mesure les pulsations de la nuit", "la première chose qui pousse au printemps ce sont les lettres d'amour".

Ramon Gomez de la Serna a, dans la vie madrilène, créé, dès 1915, une nouvelle version du café littéraire, décrit dans Le Café de Pombo, la plus durable de ses résidences. Écrivain précoce, il publie son premier livre a quinze ans. Madrilène jusqu'au bout des ongles, il passe cependant la fin de sa vie, de 1936 à 1963, dans le pays de sa femme, Luisa Sofovich, à Buenos Aires (Argentine). Dans sa période de création intensive, avant la guerre civile espagnole de 1936, ses extravagances sont dignes des meilleurs surréalistes, qu'il précède formellement: Le Rastro (1915), Le Cirque (1917), Cinéland (1923).

Guérillero de la littérature, Ramon Gomez de la Serna dépèce le roman à coup de phrases incisives, tentant la définition de l'indéfinissable, l'expression de l'inexprimable. Le Docteur invraisemblable (1914-1921) est un véritable esperpento hallucinant et étrange. Parmi ses dizaines de romans et nouvelles, les plus célèbres sont révélés au public français par ses amis Valery Larbaud, Francis de Miomandre et Jean Cassou: La Veuve blanche et noire (1917), récit érotique, ardent et lubrique, s'achevant sur une pirouette; L'Incongru (1922); Grand Hôtel (1922); La Villa de Palmyre (1923); Le Chalet des roses (1923), demeure d'un Monsieur Verdoux avant la lettre. L'érotisme s'y exprime en une misogynie persistante.

Dans ses deux versions, 1924 et 1946, son principal roman est sans doute Le Roman du romancier. Son humour se teinte d'une certaine tendresse dans Le Torero Caracho (1926), La Femme d'ambre (1927), Six fausses nouvelles (1927), Seins (1928), L'Homme au chapeau gris (1928). Il est d'autre part l'auteur d'excellentes biographies: Azorin (1930), Ma tante Carolina Coronado (1940), Ramon Valle Inclan (1944), Portraits contemporains (1945). Son originalité le pousse en outre à nous laisser une heureuse autobiographie: Automoribundia (1948).

Ramon Gomez de la Serna est mort à Buenos Aires le 31 janvier 1963, à l'âge de 75 ans.