La Psychanalyse
La Psychanalyse

Branche de la psychologie, la psychanalyse se présente comme la connaissance scientifique de l'inconscient psychique dont elle fait l'hypothèse pour expliquer la vie psychique des individus. Son domaine spécifique de recherche est donc la connaissance de l'individu à travers le sujet.

La psychanalyse a été fondée à la fin du XIXe siècle par Sigmund Freud, qui en donna la première définition en 1922, et développée ultérieurement par Freud lui-même et par ses élèves et continuateurs. Dans la conception freudienne, la psychanalyse présente trois aspects étroitement liés entre eux: elle s'affirme comme un procédé pour l'investigation des processus mentaux, comme une méthode thérapeutique fondée sur cette investigation pour traiter les troubles névrotiques, et enfin comme un ensemble complexe et articulé de conceptions psychologiques acquises grâce à cette méthode.

Dès les recherches pionnières sur l'hystérie (Cinq études, 1895), la psychanalyse se présente comme une prise en charge radicale du psychisme qui devient objet d'une recherche sur ce qui de soi-même n'est pas accessible à sa partie consciente: l'inconscient dans la première topique, le ça, certaines parties du moi et du surmoi dans la seconde topique de 1920. Par la méthode dite de l'association libre, se constitue un type de discours qui permet de manière progressive l'expression directe ou voilée de processus psychiques habituellement latents qui nécessitent un travail d'interprétation.

La méthode de l'association libre, réalisée avec l'assistance du psychanalyste qui prend une attitude de neutralité bienveillante et d'attention flottante au sein d'une ambiance opératoire aussi constante que possible, repose sur l'observation des représentations psychiques chargées d'affects et d'émotions constituées à la surface consciente du moi du sujet analysant et sur la suspension du jugement en ce qui concerne leur signification. Dans la procédure classique, l'opposition élaborée inconsciemment par le sujet contre cette méthode de recherche prend peu à peu la forme d'une névrose de transfert qui n'est autre que la répétition hautement individualisée et actualisée des solutions données dans l'enfance à des conflits psychiques fondamentaux. Dans cette névrose, l'image du psychanalyste est intensément investie par des affects et identifiée comme objet du désir.

La névrose de transfert comporte une résistance du point de vue de la cure, car elle arrête l'adhésion du sujet à une règle fondamentale, qui est de ne rien cacher. Du point de vue de l'histoire individuelle du patient, elle est une répétition qui se substitue à la construction du souvenir des situations pathogènes originaires. Dans le schéma classique, le développement de cette névose s'accompagne de la disparition transitoire de la névrose qui a motivé à l'origine l'analyse. À travers l'activité d'interprétation du psychanalyste, elle permet la reconstruction de l'histoire infantile du sujet, le dépassement de l'amnésie soutenue par le refoulement et les autres mécanismes de défense du moi, la compréhension émotive directe du sujet par lui-même et la récupération d'une manière d'élaborer d'autres solutions aux conflits originaires. Mais cette méthode permet surtout, durant la névrose de transfert, d'analyser des processus et des contenus de la vie psychique inconsciente qui se révèlent absolument prépondérants par rapport à ce avec quoi le sujet s'identifie habituellement.

Dès les origines de la psychanalyse, on a constaté ce fait évident que seule la souffrance peut motiver un sujet à se soumettre à un traitement qui, à part les difficultés matérielles de coût et de temps, implique la nécessité de reconnaître et d'affronter des aspects de soi (désirs, défenses, fantasmes, conflits psychiques entre tendances prohibées et instances de censure) contre lesquels a été érigée la névrose. Contrairement aux méthodes cathartique et hypnotique, dont elle dérive cependant en partie, la thérapie psychanalytique obtient ses meilleurs effets en permettant au sujet d'assumer le conflit.

Cette compréhension de soi peut être représentée dans la théorie par la "fiction" de l'appareil psychique. Mais elle est expérimentée dans la thérapie en un travail de réélaboration que le sujet reconnaît comme interminable à la conclusion du traitement (Sigmund Freud, Analyse terminée, analyse interminable, 1937).

Bien que la psychanalyse, comme méthode thérapeutique, ait élargi après Freud ses capacités d'action, les névroses classiques constituent aujourd'hui encore le domaine où elle s'applique avec le plus de succès. En revanche, la guérison des cas-limites ou des psychotiques pose des problèmes techniques d'achèvement, de durée et de tolérance du traitement, y compris pour l'analyste. L'utilisation du contre-transfert — réaction de l'appareil psychique de l'analyste au transfert de l'analysant — comme instrument technique est nécessaire dans certains cas, mais il demande à l'analyste un travail d'élaboration particulièrement difficile et prolongé.

La psychanalyse comprend à la fois les phénomènes individuels et les processus psychiques découverts, et la théorie générale de l'individu, la métapsychologie, qui situe la recherche psychanalytique entre psychologie et biologie, dans la mesure où ses pôles et ses limites sont donnés par les phénomènes conscients et par le corps. Comme les religions, les mythologies et les cultures constituent des types de "psychologie projetée vers l'extérieur", et peuvent donc se prêter elle-mêmes à une psychanalyse. La métapsychologie oblige à reconstruire un phénomène selon différents points de vue (économique, dynamique, topique) et à le resituer dans un ensemble. Cette perspective a permis de mettre en lumière de nombreux phénomènes de la vie psychique auparavant négligés.

L'identification des caractéristiques et des différences entre processus primaire et processus secondaire de pensée, la découverte des modalités spécifiques de la psychosexualité infantile, le conflit oedipien, les fantasmes originaires, le traumatisme psychique, les pulsions comme terme ultime que peut connaître le sujet, la naissance psychologique de l'enfant (Margaret Mahler), les vicissitudes de la constitution de l'objet psychique (Mélanie Klein) et celles du narcissisme qui lui sont liées (Béla Grunberger, Heinz Kohut), représentent tous des processus dont la découverte a transformé la conception de l'homme dans notre culture.

La psychanalyse s'est organisée sur le plan institutionnel, principalement dans le but de définir sa propre spécifité par rapport à des doctrines incompatibles avec elle mais qui en empruntaient parfois le langage, et par rapport à ce que Freud a défini dans un article de 1910 comme "psychanalyse sauvage", c'est-à-dire par rapport à une forme non-autorisée d'intervention psychanalytique. Les premières étapes de ce processus d'institutionnalisation, qui sont aussi les plus révélatrices, sont le premier Congrès International des Psychanalyse, réuni en 1908 à Salzbourg (Autriche), la fondation de la Société Psychanalytique de Berlin par Karl Abraham, et de la Société Psychanalytique de Vienne, présidée par Freud, la fondation, en 1910, de la Société Internnationale de Psychanalyse (IPA, International Psycho-Analytical Association), la fondation par Ernest Jones en 1911 de la Société Américaine de Psychanalyse, celle de la Société Psychanalytique de Budapest en 1913, sur l'initiative de Sandor Ferenczi, et enfin la naissance en 1920 de la principale revue du mouvement psychanalytique, International Zeitschrift für Psychoanalyse.

Dès le début du XXe siècle, et au sein même du cercle des élèves de Freud, on voit se dessiner des positions critiques et se produire des scissions. Parmi les contemporains de Sigmund Freud, les contestations les plus radicales provinrent de Alfred Adler en 1911 et de Carl Gustav Jung en 1913, avec, respectivement, la psychologie individuelle et la psychologie analytique. En effet, tous deux refusaient les présupposés épistémologiques du freudisme au nom d'une idéologie non déterministe et, plus explicitement dans le cas de Jung, en vertu d'une recherche spiritualiste. La position de Adler sera partiellement reprise, surtout aux Etats-Unis, par les "culturalistes", en particulier Harry Stack Sullivan, Karen Horney et pour une par par Erich Fromm qui, influencés par les thèses de l'anthropologie culturelle et du comportementalisme, insisteront sur la relativité culturelle des concepts psychanalytiques et sur le rôle fondamental des facteurs ambiants dans le processus de développement de la personnalité.

D'autres importantes ruptures avec la théorie et la pratique freudiennes du temps même de Freud furent provoquées vers 1924 par Otto Rank, qui voyait dans le "traumatisme de la naissance" l'origine de l'angoisse, de même que par Wilhelm Reich, qui donna naissance à la "gauche freudienne", identifiant sexualité et génialité, repérant dans la répression le mécanisme responsable de la naissance de la névrose et combattant pour une révolution sexuelle contre l'ordre social traditionnel fondé sur la famille monogamique et autoritaire.

Outre ces dissidences plus ou moins radicales contre la pensée freudienne orthodoxe, il faut aussi rappeler certains auteurs qui ont conservé cette pensée sans altération majeure dans ses fondements épistémologiques et méthodologiques, mais l'ont développée, enrichie et modifiée sous certains aspects importants. Parmi eux, il faut mentionner en particulier Mélanie Klein et Jacques Lacan, l'un et l'autre fondateurs d'écoles très représentatives dans le panorama psychanalytique. Élève des freudiens Sandor Ferenczi et Karl Abraham, Mélanie Klein a enrichi la psychanalyse dès la fin des années 1920 par l'étude du monde fantasmatique du petit enfant, en se servant largement de la technique du jeu. Parmi ces élèves, on citera aussi Susan Isaacs, Donal Woods Winnicott et Wilfred Ruprecht Bion. Quant à Jacques Lacan, il quitta la Société Internationale de Psychanalyse pour fonder en 1964 l'École Freudienne de Paris, dont il prononça la dissolution en 1980.