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La République des Lettres

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0207-4
Livre numérique (format ePub)
Prix : 5 euros
Disponible chez • FnacAmazonKoboiTunes

L'Anarchisme

L'Anarchisme

L'Anarchisme est un mouvement intellectuel et politique qui s'est développé au cours du XIXe siècle. Une histoire de la pensée anarchiste composée sur la base des énoncés doctrinaux produits dans le contexte culturel de la première révolution industrielle et des processus de concentration et de bureaucratisation de l'État moderne pourrait cependant remonter à des origines très anciennes. On pourrait retrouver des antécédents aussi bien dans la philosophie grecque que dans les mouvements religieux médiévaux ou les pamphlets rationalistes des XVIIe et XVIIIe siècles.

La suggestion de ces analogies faciles ne doit toutefois pas amener à faire coïncider la rébellion contre l'autorité ainsi que l'esprit communautaire hérétique avec certains aspects homologues de l'ère industrielle, qui revêt une fonction historique significativement différente. Les doctrines anarchistes proprement dites se développent au XIXe siècle. Même si on peut les rapporter à une matrice théorique unique -- leurs points de référence sont le rationalisme du XVIIIe siècle et le libéralisme économique, l'idéalisme absolu et le positivisme évolutionniste -- elles se présentent comme un refus radical du système économique capitaliste et de son organisation d'État, au nom de la croyance en un "ordre naturel", dont font partie la famille et la société, qui s'oppose à toute construction politique ou à toute forme d'organisation qui ne soit pas librement établie. Pour Pierre Kropotkine, "une grande partie de l'ordre qui règne parmi les hommes n'est pas un effet du gouvernement. Il a son origine dans les principes de la société et dans la constitution naturelle des hommes".

C'est pourquoi l'introduction de l'égalité et de la justice parmi les hommes devient restauration de l'harmonie sociale violée par les institutions. Comme l'écrit Pierre-Joseph Proudhon, "la justice est l'étoile centrale qui gouverne la société", et "de la même façon que l'homme recherche la justice dans l'égalité, la société recherche l'ordre dans l'anarchie". L'anti-étatisme s'accompagne du refus de la religion et des Églises en tant que formes d'aliénation de l'homme, dans la mesure où c'est d'elles que l'autoritarisme tire son origine pour ensuite prendre forme dans les institutions politiques.

Mais en même temps, on voit persister de façon latente dans l'anarchisme des formes d'interprétation historique de type religieux, qui apparaissent notamment de façon explicite chez Léon Tolstoï, dans la lecture du message du Christ comme négation de l'État, dans l'Anarchisme comme vraie religion, pierre d'angle du changement social à réaliser par une révolution spirituelle. Les positions de Tolstoï et les formes de non-violence ne sont toutefois que l'une des composantes de la pensée anarchiste, plus connue pour la mythologie de la révolution comme acte violent et libératoire, de la révolution qui "comme la Némésis des Anciens avance avec le pas retentissant du destin" (Proudhon), et qui est l'oeuvre d'un mouvement spontané des masses, et non pas de groupes politiques organisés, puisque dans un pareil cas elle comporterait de nouvelles formes de contrainte et de dictature.

D'où une activité révolutionnaire exclusivement tournée vers le changement de structure économique et de formes sociales, radicalement sceptique quant à l'efficacité des instruments politiques même s'ils sont démocratiques et parlementaires. "Aux pouvoirs politiques, écrit Proudhon, nous substituerons les forces économiques". Sur ce plan, la Révolution française et le concept de souveraineté de la nation, avec le remplacement de la monarchie de l'Ancien Régime par l'État de droit, sont considérés -- entre autres par Max Stirner -- comme le simple passage d'un esclavage imposé à un esclavage légitimé par la reconnaissance populaire. Le suffrage est pour les anarchistes la tyrannie du nombre; la représentation est la délégation incontrôlable d'une partie de la liberté, qui crée des castes professionnelles perpétuant l'ordre établi.

L'anti-étatisme implique en outre le dépassement de la propriété privée capitaliste par une "égale distribution des richesses" et par la contribution de chacun à la production commune. Pour Pierre-Joseph Proudhon, "la propriété c'est le vol" mais également "la propriété c'est la liberté": sa critique s'adresse au monopole et à l'exploitation, au système de distribution plus qu'à celui de production, au nom d'une société nouvelle composée de libres producteurs-propriétaires unis par le mutualisme et par l'associationnisme. Pour Mikhaïl Bakounine, l'Anarchisme s'accompagne au contraire du Collectivisme. Pour Pierre Kropotkine, il est accompagné du Communisme.

La vie sociale, sans contraintes ni coercitions, doit se fonder sur des relations volontaires librement contractées: cette idée de fond est une constante de toutes les positions anarchistes, de la décentralisation et du localisme de William Godwin à la critique proudhonienne du contractualisme de Jean-Jacques Rousseau. Le Fédéralisme libertaire est conçu par conséquent comme l'instrument d'émancipation de l'homme.