Ernst von Salomon
Ernst von Salomon

Romancier allemand, Ernst von Salomon est né le 25 septembre 1902 à Kiel (Allemagne).

Son oeuvre, miroir des évènements politiques qui ébranlèrent l'Allemagne du XXe siècle, est inséparable de son militantisme au sein des mouvements d'extrême-droite. Issu d'une famille huguenote, il s'engage à la sortie de l'École militaire (à Karlsruhe et Berlin-Lichterfelde) dans les "Corps Francs" qui combattent en Haute-Silésie et dans les pays baltes pour écraser la Révolution rouge de 1918.

En 1922, Ernst von Salomon est condamné à cinq années de forteresse pour sa participation à l'assassinat de Walter Rathenau. Il est également mêlé au putsch de Kapp et à la révolte paysanne en Schleswig-Holstein. Au temps du National-Socialisme, il adopte une attitude prétendument "neutre", ignorant à la fois le NSDAP et les mouvements de résistance: engagé par le puissant consortium cinématographique de l'UFA, il travaille à la réalisation de films. Cette neutralité affichée ne lui épargne pas, en 1945-46, de passer une année dans un camp d'internement de l'armée américaine. Il occupera ensuite un poste de lecteur aux Éditions Rowohlt.

L'oeuvre d'Ernst von Salomon est exclusivement autobiographique. L'écrivain se raconte, avec faconde, insolence et cynisme. Son premier livre, Les Réprouvés (1930), décrit la période troublée de la fin de la guerre et de la révolution, les combats des Corps Francs, le complot contre Rathenau, les années d'incarcération. Une génération d'idéalistes déçus, selon le romancier: "Nous étions condamnés à disparaître... Le monde voulait avoir la paix, le loisir de se décomposer."

Avec La Ville (1932), Ernst von Salomon raconte la révolte paysanne de Claus Heim, dans laquelle il a joué un rôle d'agitateur. Les Cadets (1933) sont nourris des souvenirs de l'École militaire et constituent une sorte de pendant aux Désarrois de l'élève Törless de Robert Musil. Vient enfin Le Questionnaire (1951), considéré unanimement comme l'ouvrage le plus achevé de l'écrivain: feignant de répondre aux cent trente et une questions du formulaire imposé aux suspects par les autorités d'occupation américaines dans leur entreprise de "dénazification" de l'Allemagne, il raconte une fois de plus sa vie, prenant ses distances à l'égard de ses propres engagements politiques. L'humour, l'insolence voilent une conception nihiliste de l'histoire: l'incarcération au nom de la démocratie ne vaut-elle pas, pour l'individu, les violences fascistes ? Un cynisme désabusé qui est peut-être une réhabilitation indirecte de ses propres égarements.

Ernst von Salomon est mort le 9 août 1972 à Stöckte, à l'âge de 70 ans.