Georges Simenon
Georges Simenon

Auteur de 380 romans, de centaines de nouvelles et plus de vingt livres autobiographiques, Georges Simenon est né le 13 février 1903 à Liège (Belgique).

Issu d'une famille de la petite bourgeoisie belge, il travaille dès seize ans comme reporter pour le journal conservateur de sa ville natale, La Gazette de Liège. En même temps, il fréquente un groupe anarchisant de jeunes poètes, philosophes et rapins, qu'il peindra plus tard dans Le Pendu de Saint-Pholien (1931). C'est là qu'il connaît sa première femme.

En 1922, Georges Simenon quitte la Belgique pour Paris, où il gagne sa vie en écrivant, en peu d'années, un millier de contes humoristiques ou galants et quelque 190 romans d'aventures, sentimentaux ou légers, signés de pseudonymes variés et publiés aux Éditions Ferenczi, Tallandier, Fayard. Cette production populaire et alimentaire lui sert à apprendre le métier d'écrivain.

En 1928, il parcourt la France en bateau, puis, en 1929, la Belgique et les Pays-Bas. C'est à Delfzijl que Georges Simenon écrit le premier Maigret: Pietr le Letton, publié chez Fayard deux ans plus tard, avec d'autres romans de la même série.

Cette nouvelle production "semi-littéraire", lui laisse plus de temps pour vivre "toutes les vies possibles" (lettre à André Gide, 15 janvier 1939) et accumuler le matériel humain qui lui permettra de passer un jour à la littérature. Poussé par le besoin de tout connaître, Georges Simenon visite l'Afrique (1932) et l'Europe orientale (1933), en 1934, il voyage en Méditerranée; en 1935, il fait presque un tour du monde (États-Unis, Amérique centrale, Polynésie) dont il tirera une série de reportages: L'Heure du nègre (1932), Europe 33 (1933), Inventaire de la France (1934), et de romans: Le Coup de lune, Les Gens d'en face (1933), Touriste de bananes (1938), etc.

Chez ce "Citroën de la littérature", la rédaction de chaque roman prend environ une semaine, pendant laquelle il se met dans la peau d'un autre, vivant ses sensations, ses angoisses, ses désirs. Un tel état ne saurait se prolonger: l'histoire doit être concentrée à l'extrême, le héros mené tout de suite "au bout de lui-même". Ainsi, Les Suicidés (1934), selon André Thérive, est un "comprimé de roman russe". En introduisant la psychologie et "l'atmosphère" dans le roman policier, le père de Maigret s'adresse à un public nouveau, pas uniquement populaire et qui ne se satisfait plus de paralittérature, tout en étant repoussé par l'ésotérisme de l'establishment littéraire (Avant-gardes, Nrf, etc).

Après dix-huit Maigret, Georges Simenon se sent mûr pour le grand pas: à la fin de 1933, il quitte Fayard pour Gallimard, où il va enfin publier de "vrais" romans: Les Pitard (1935), Les Rescapés du Télémaque, Les Inconnus dans la maison (1940). Mais si l'on excepte quelques admirateurs comme André Gide, l'institution littéraire ne le reconnaît pas; la langue de Simenon est pauvre (quand il se corrige, c'est pour la dépouiller), il se défend d'avoir des idées, et ne veut que faire vrai: tout le contraire d'un écrivain lettré. Il s'astreint même à composer ses livres directement à la machine, pour ne pas revenir sur le premier jet.

Pendant l'Occupation, son oeuvre domine toujours son existence, mais Georges Simenon collabore aussi à des organes vichystes, ce qui lui vaudra d'être inquiété à la Libération. Gallimard publie entre autres Le Voyageur de la Toussaint (1941), La Veuve Couderc (1942), Le Rapport du gendarme (1944). Maigret, délaissé un moment, revient en 1942.

À la fin de la guerre, Georges Simenon quitte la France pour les États-Unis, tout comme il quitte Gallimard pour les Presses de la Cité. En Amérique, il rencontre sa deuxième femme, qui lui inspire Trois chambres à Manhattan (1946). Les États-Unis, traversés d'un bout à l'autre, alimentent de nouveaux romans: Au bout du rouleau (1947), La Jument perdue (1948), Le Fond de la bouteille (1949). Il publie également une nouvelle série de Maigret, ainsi que Pedigree (1948), Les Volets verts (1950), etc.

Après dix années d'Amérique, il réintègre le vieux continent et s'installe en Suisse. Les Maigret alternent toujours avec des romans "durs", comme Le Train (1961), Les Anneaux de Bicêtre (1963), Le Petit Saint (1965). Après une période de dépression, il rencontre sa troisième compagne.

Au seuil des soixante-dix ans, il renonce à l'écriture pour se retirer dans une petite maison de Lausanne. Là, de 1974 à 1979, il enregistre au magnétophone, au fil des souvenirs et des associations d'idées, des Dictées publiées en vingt et un volumes. Après le suicide de sa fille Marie-Jo, il compose des Mémoires intimes (1981).

Georges Simenon meurt à Lausanne le 4 septembre 1989, à l'âge de 86 ans.