Jean-Patrick Manchette
Jean-Patrick Manchette

Né le 19 décembre 1942 à Marseille, Jean-Patrick Manchette, après avoir enseigné le français, se lance dans des travaux de réécriture d'après des films et des séries télévisées.

À partir de 1971, il publie chez Gallimard des romans policiers, qui vont contribuer à renouveler le genre en France. Ses personnages sont tantôt des "privés" (Eugène Tarpon dans Morgue pleine, 1973), tantôt des tueurs professionnels (Fatale, 1977; La position du tireur couché, 1981), voire des cadres fatigués (Le Petit Bleu de la côte ouest, 1976) ou des journalistes (La Princesse du sang, 1996), mais ils ont pour point comun de ne pas maîtriser les situations complexes dans lesquelles ils se trouvent impliqués, d'ignorer les manipulations dont ils sont l'objet.

Chez Manchette, l'évidence de l'extrême violence se marie toujours avec l'obscurité: l'action se déploie à partir d'une zone d'ombre et d'inexpliqué. Ellipses, rapidité s'articulent avec des parties méditatives. En proie à un spleen tenace, ses héros, complexes, équivoques, subissent l'attraction d'un point secret où se défont les apparences, où ils échappent au monde et à eux-mêmes.

Derrière la façade de satires socio-politiques d'une ironie acide (la raison d'Etat dans L'Affaire N'Gustro, 1971, inspirée de l'affaire Ben Barka; le traitement du terrorisme dans Nada, 1972; la corruption de la bourgeoisie provinciale dans Fatale), on peut lire ses romans noirs comme des poèmes sombres.

Jean-Patrick Manchette fut également traducteur (de romans américains), directeur d'une collection de science-fiction aux Presses de la Cité, journaliste (à Charlie-Hebdo), scénariste, auteur de bandes dessinées et d'une comédie musicale (Cache ta joie, 1979). Ses chroniques cinématographiques ont été recueillies dans Les Yeux de la momie (1998).

Jean-Patrick Manchette est décédé à Paris le 3 juin 1995, à l'âge de 52 ans.