Sophie Bassouls

C'était du sancerre ! Lors du fameux Apostrophes du 9 septembre 1978, Henry Charles Bukowski siffla du vin blanc en direct, souleva la jupe de Catherine Paysan et quitta le plateau en titubant sous une volée de noms d'oiseaux proférés par François Cavanna et sous l'oeil d'un Pivot qu'on ne savait pas s'il était un tantinet complice ou proprement éberlué...

Sophie Bassouls a fixé l'instant mémorable où le poète de L'amour est un chien de l'enfer vide la bouteille au goulot. L'album que feuillette la photographe révèle des images aussi fortes que celle-là. Cocasses parfois, dramatiques aussi, tantôt tendres, tantôt nostalgiques, méconnues souvent, elles donnent à voir 550 écrivains flanqués d'un objet familier ou symbolique.

José Cabanis perché sur un arbre abattu, Daniel Boulanger dialoguant avec son buste, Béatrix Beck recroquevillée dans un coin de sa cheminée, James Baldwin ajustant son cache-nez, Georges-Olivier Chateaureynaud en robe de chambre, Fernando Arrabal tournant le dos à son autoportrait, Jean-Edern Hallier dans l'étui d'une djellaba, Frédérique Hébrard coiffée d'une casquette de sapeur, Italo Calvino auprès d'une fontaine Wallace, Jean Chalon tenant la statue de sainte Thérèse dans ses bras et Marguerite Yourcenar à Petite Plaisance.

"L'hommage est bref, ironise Sophie Bassouls, au 125e de seconde en moyenne, cela ne fait que 6 ou 7 secondes en temps réel pour toutes ces photographies".

En fait, elle fréquente les écrivains depuis les années 1970 (plus de 3.000 ont posé devant son objectif !). À les côtoyer dans cette complicité, à s'imprégner ainsi de leur présence, elle jurerait mieux connaître leurs oeuvres à présent. Le spectateur aussi d'ailleurs qui surprend entre les lignes des visages quelque chose qui ressemble au plaisir de lire.

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Sophie Bassouls, Écrivains - 550 photographies (Éditions Flammarion).