Ernesto Sabato
Ernesto Sabato

Écrivain et essayiste argentin, fils d'immigrants italiens, Ernesto Sabato est né à Rojas (Province de Buenos Aires, Argentine) le 24 juin 1911, dixième d'une famille de onze enfants.

Bachelier en 1928, il entre comme étudiant en sciences physiques et mathématiques à l'université de La Plata. D'abord attiré par l'anarchisme, il adhère, en 1930, au Parti Communiste, après avoir lu Misère de la philosophie de Karl Marx.

Militant actif, il abandonne ses études et sa famille pour se consacrer entièrement au mouvement, devenant secrétaire des Jeunesses Communistes. Une action dangereuse, car l'Argentine subit alors la sanglante dictature du général Uriburu. En 1934, il épouse une étudiante, Mathilde Kuminsky-Richter.

Délégué au congrès antifasciste de Bruxelles en 1935, il traverse une grave crise intellectuelle, rompt avec le Parti Communiste et part pour Paris où il est hébergé clandestinement à l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm par le concierge trotskiste. De retour en Argentine durant l'hiver 1935, il y est reçu docteur en sciences physiques et mathématiques en 1937.

En 1938, boursier à Paris pour étudier les radiations atomiques, Ernesto Sabato travaille dans le laboratoire de Marie Curie avec Irène Joliot-Curie et fréquente, le soir, au Dôme, les surréalistes Tristan Tzara, André Breton, Wifredo Lam, Roberto Matta, et surtout le peintre canarien Oscar Dominguez avec lequel il élabore alors la théorie du "lithocronisme", étudié par André Breton dans Le Minotaure.

Il commence un roman, La Fontaine muette, au titre emprunté à un poème d'Antonio Machado, et qu'il laissera inachevé, n'en publiant que quelques chapitres dans la revue Sur de Buenos Aires, en 1947. En 1940, il enseigne à l'Institut de de La Plata. Après un passage au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Cambridge, Etats-Unis) et quelques années d'enseignement, il opte bientôt définitivement pour la littérature et se révèle par un essai dressant le bilan de sa vie spirituelle: L'Un et l'Univers (1945).

Nommé Assistant à l'UNESCO à Paris en 1947, il démissionne au bout de deux mois et publie son premier roman, Le Tunnel (1948). Le livre, qui constitue une réflexion lucide sur la passion amoureuse, relate les tribulations d'un artiste aux prises avec sa conscience tourmentée par le meurtre de sa maîtresse. Le Tunnel, salué entre autres par Albert Camus, Graham Greene et Thomas Mann, est suivi de deux essais sur l'aliénation et le désespoir de l'homme moderne: Hommes et Engrenages (1951) et Hétérodoxie (1953). Après la chute de Juan Peron (1955), qu'il a toujours combattu et dont il dénonce la censure et l'usage de la torture dans L'autre Visage du péronisme (1956), Ernesto Sabato devient durant un an directeur de l'hebdomadaire Mundo argentino.

En 1961, il publie Héros et tombes, traduit en français sous le titre Alejandra, où il livre une fresque désenchantée de Buenos Aires et de l'Argentine. Des voyages de conférences le conduisent en 1962 et 1963 en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine, tandis que durant une décennie il se consacre à des essais sur le tango argentin, Tango: discussion et clé (1963), l'écriture, L'Écrivain et ses fantasmes (1963), Alain Robbe-Grillet, Jorge Luis Borges et Jean-Paul Sartre, Trois approches de la réalité de notre temps (1968).

En 1974, paraît son troisième et dernier roman, L'Ange des ténèbres, qui poursuit la quête de l'identité argentine, avant un nouveau cycle d'études esthétiques, philosophiques et politiques, Apologies et Refus (1979), Clefs politiques (1974). Quelque-uns de ces essais ont été traduits en français sous le titre L'Écrivain et la Catastrophe (1986).

En 1984, Ernesto Sabato est nommé par le gouvernement de Raul Alfonsin président de la CONADEP, la Commission d'enquête sur les personnes disparues en Argentine pendant la dictature. Son rapport, Nunca mas (Plus jamais, 1985) a servi de document de base dans l'accusation contre les anciens dirigeants de la junte.

À partir de 1979, alors que des hommages lui sont rendus dans les universités nord-américaines, à la Sorbonne et au Mexique, il se consacre à la peinture malgré une grave maladie oculaire, revenant ainsi à l'une de ses passions de son enfance et de son adolescence (Une exposition de ses oeuvres a eu lieu au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou en 1989). Le Prix Cervantès de Littérature, la plus haute distinction de la littérature en langue espagnole, lui est décerné en 1984. Son essai Avant la fin (1999), considéré comme son testament spirituel, balance entre foi et scepticisme.

Dernier des géants de la littérature argentine du XXe siècle aux côtés de Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares et Julio Cortazar, Ernesto Sabato est mort dans sa maison de Santos Lugares (province de Buenos Aires) le 30 avril 2011, à l'âge de 99 ans.