Aurobindo Ghose

Philosophe et mystique indien d'expression anglaise, Aurobindo Ghose est né à Calcutta (Inde) le 15 août 1872.

Il passe son enfance à Rangpur (aujourd'hui au Bangladesh), puis à Darjeeling où il suit les cours du Loreto Convent. En 1879, il suit sa famille qui s'installe en Angleterre, d'abord à Manchester, puis à Londres en 1884 où il intègre le Collège Royal de Saint Paul. De 1890 à 1892, il complète sa formation philosophique au King's College de Cambridge.

En 1893, Aurobindo Ghose rentre à Bombay où il occupe un emploi de professeur de français et d'anglais à l'université. Nourri de culture occidentale, il participe cependant activement aux luttes politiques pour l'indépendance de l'Inde et publie une série d'articles sur cette question dans un quotidien de Bombay, l'Indu Prakash. Il est en contact avec les mouvements révolutionnaires du Mahârâshtra et du Bengale. En 1901, à l'âge 29 ans, il épouse Mrinalini Bose, âgée elle de 14 ans.

En 1905, au moment de la partition du Bengale, il publie une brochure politique intitulée Bhavânî Mandir. Il est parallèlement nommé directeur de l'instruction publique de l'Etat de Baroda. L'année suivante, il devient rédacteur en chef d'un quotidien de langue anglaise, le Bandé Mâtaram, dont les articles séditieux lui coûtent son poste de directeur du Collège national du Bengale. En décembre 1907, il préside la Conférence du Parti Nationaliste qui entre bientôt dans la clandestinité.

Le 04 mai 1908, il est arrêté pour agitation révolutionnaire. On l'accuse d'avoir participé à un attentat commis à Alipore. Emprisonné pendant une année, il a une crise mystique qui, expliquera-t-il plus tard, lui fait comprendre le sens véritable de la religion hindoue, celui de promouvoir l'avènement d'une religion universelle.

Acquitté en mai 1909, Aurobindo Ghose cesse toute action politique. Il se réfugie à Pondichéry — ville à l'époque sous mandat français — pour se consacrer à sa propre recherche spirituelle. C'est là qu'il rencontre pour la première fois Mirra Alfassa, mariée au Français Paul Richard, qui jouera un grand rôle dans sa vie. Il développe un Yoga à l'usage de ses disciples et publie de nombreux textes de spiritualité dans la revue mensuelle de langue anglaise Arya, qu'il édite de 1914 à 1921.

En 1926, Srî Aurobindo fonde à Pondichéry son célèbre Ashram, une communauté religieuse qui s'inspire des principes de sa philosophie. Sa compagne, Mira Richard, surnommée la "Mère", en assure la direction.

À partir de novembre 1923, il fait voeu de silence et de solitude. Le maître n'apparaîtra plus en public que trois ou quatre fois par an, tout en continuant toutefois à rencontrer quelques personnalités, comme entre autres le poète Rabindranâth Tagore. Il continue également de communiquer par correspondance avec ses disciples

Aurobindo Ghose meurt à Pondichéry le 4 décembre 1950, à l'âge de 78 ans.

Après sa mort, son ashram s'est perpétué sous la forme d'une fondation qui a donné naissance à la ville "internationale" d'Auroville. Créée en 1968 par "La Mère", et située à quelques kilomètres de Pondichéry, cette communauté compte aujourd'hui quelque 2.000 membres-habitants. L'un de ses disciples, Jean Herbert, a également propagé à travers le monde la doctrine du maître.

L'enseignement de Sri Aurobindo, principalement résumé dans La Synthèse des Yogas, le Commentaire de la Bhagavad-gîta et La Vie divine (1947), est d'inspiration universaliste, spiritualiste et évolutionniste. Il reflète un syncrétisme de la culture orientale et de certains aspects de la pensée occidentale, une réinterprétation de la tradition spéculative hindoue à la lumière de la philosophie de Plotin et surtout de celles de Francis Herbert Bradley et de Henri Bergson.

Pour Aurobindo Ghose, la vocation de l'homme consiste à réaliser la communion avec la puissance divine, la shakti, qui agit dans l'univers à travers l'évolution. La Vérité s'exprime dans le temps, dans des synthèses successives toujours appelées à être dépassées vers un Yoga intégral qui rassemblerait le meilleur des grandes traditions spirituelles du monde. Grâce à la pratique d'une synthèse des trois Yoga traditionnels, laquelle unit une discipline de l'action — par la voie de la dévotion — à une ascèse gnostique, peut s'opérer la descente en l'homme du "supramental" (l'atman-brahman de la Tradition). En transcendant la conscience individuelle et ses connaissances fragmentaires, l'homme peut ainsi accéder à l'état de supra-conscience.

Par son souci des problèmes pratiques, par son éloignement de l'acosmisme traditionnel issu des Upanishads, Aurobindo Ghose, comme le Mahatma Gandhi, a beaucoup oeuvré à orienter la pensée indienne vers une morale active de solidarité humaine.