Joseph Delteil
Joseph Delteil

Né le 20 avril 1894 à Villar-en-Val (Aude), élevé par une mère patoisante, Joseph Delteil étudie au petit séminaire de Carcassonne, puis au lycée de Limoux avant d'être mobilisé en 1914 à Saint-Raphaël où il passe la guerre à écrire des poèmes publiés grâce à Hélène Vacaresco (Le Coeur grec, revue Les Tablettes, Saint-Raphaël 1919; Le Cygne androgyne, revue Images de Paris, 1921).

Mais déjà il est à Paris. Oubliant la poésie, à laquelle il reviendra juste pour Ode à Limoux (Éditions Cahiers Libres, 1927), Joseph Delteil laisse inachevé Les Roses adultères et publie des contes comme Elyud (Images de Paris, numéro 20, juin 1921) ou Iphigénie (Nrf, numéro 108, 1922, repris dans En robe des champs, Éditions Grasset, 1934), dont l'humour annonce les textes à venir.

Grâce à Pierre Mac Orlan paraît alors Sur le fleuve Amour (Éditions La Renaissance, 1922), invraisemblable roman qui montre sur fond de guerre civile russe la belle Ludmilla s'éprenant des bolcheviks Boris et Nicolas et vivant avec eux des amours frénétiques ponctués de viols, d'incestes et de métaphores burlesques.

Le succès et le scandale se renouvellent avec Choléra (Éditions Kra, 1923). Alors que Joseph Delteil la jugera "mal foutue", Louis-Ferdinand Céline, Robert Desnos et Pierre Drieu La Rochelle encensent cette histoire, et André Breton fait de lui le romancier du groupe surréaliste en voie de constitution: il est cité dans le Manifeste du surréalisme, on le voit sur le montage Les Surréalistes entourent Germaine Breton et il participe aux séances d'écriture automatique.

Pourtant, dès Les Cinq Sens (Éditions Grasset, 1924), il peine à retrouver sa verve première. En 1925, sa Jeanne d'Arc (Éditions Grasset) entérine la rupture. Amoureux de la sainte dont il reparlera en 1927 dans La Passion de Jeanne d'Arc (Trémois), Joseph Delteil s'empare d'une figure à la mode et lui redonne sa dimension charnelle, ce qui lui vaut d'être exclu par Breton et encensé par Paul Claudel qui le traitait naguère de "fouille-merde".

Ayant dit adieu à la modernité avec Allô ! Paris ! (Les Quatre Chemins, 1926) et à la pure fiction avec La Jonque de porcelaine (Grasset, 1927), il devient l'auteur de récits épiques et picaresques comme Les Poilus (Éditions du Loup, 1926), La Fayette (Grasset, 1928), Il était une fois Napoléon (Hachette, 1929) et Don Juan (Grasset, 1930). En même temps, il redécouvre les paysages (La Belle Aude, Éditions Joly, Carcassonne, 1930) et la culture d'Occitanie (De Jean-Jacques Rousseau à Frédéric Mistral, Capitole, 1928; Essais pour une traduction de Mireille, la Nrf, numéro 200, mai 1930).

Au moment où il connaît une célébrité dont témoigne la parution de Vie de Saint Delteil d'André de Richaud (Nouvelle Société d'Edition, 1928) et de Delteil tout nu de Maryse Choisy (Montaigne, 1930), commencent quatorze années de silence. Il vient de rencontrer Caroline Dudley, créatrice de la Revue nègre, quand la pleurésie l'oblige à suspendre toute activité. Il achète alors la Tuilerie de Massanne, près de Montpellier, s'y installe avec Caroline en 1937 et passe là la seconde Guerre mondiale, ne rencontrant guère que Henry Miller (Miller et Delteil, Correspondance privée, Éditions Belfond, 1980).

Lorsque, à la Libération, il décide de faire paraître À la belle étoile (Flammarion, 1944), il se heurte à l'indifférence, puis avec Jésus II (Flammarion, 1947) aux sarcasmes. Le succès revient pourtant avec François d'Assise (Flammarion, 1960), biographie romancée de son double idéal où, reprenant le Discours aux oiseaux de Saint François d'Assise de 1926 (Cahiers libres), il exalte celui en qui se réunissent foi en Dieu et amour des créatures.

Encouragé, il publie ses Oeuvres complètes (Grasset, 1961) pour lesquelles il sélectionne six textes (Sur le fleuve Amour, Choléra, Jeanne d'Arc, Saint Don Juan, Jésus II et François d'Assise), demandant d'abord que le reste soit brûlé avant de songer à une édition intégrale.

Enfin, La Cuisine paléolithique (Éditions Morel, Le Jas du Revest-Saint-Martin, 1964) et La Delteillerie (Grasset, 1968) l'amènent vers le temps de la reconnaissance avec des séries d'entretiens et d'émissions pour la radio et la télévision.

Joseph Delteil s'éteint à Massanne le 12 avril 1978, laissant de lui l'image d'un provocateur devenu franciscain.