Revue Tel Quel
Revue Tel Quel

en 1960, six jeunes écrivains âgés d'une vingtaine d'années — Philippe Sollers, Jacques Coudol, Fernand du Boisrouvray, Jean-Edern Hallier, Jean-René Huguenin, Renaud Matignon — fondent aux Éditions du Seuil la revue Tel Quel.

La déclaration par laquelle s'ouvre le premier numéro, inspirée de Francis Ponge et de Paul Valéry, se veut un refus des théories de l'engagement et un éloge de la littérature pour elle-même: "Les idéologues ont suffisamment régné sur l'expression pour que celle-ci se permette enfin de leur fausser compagnie, de ne plus s'occuper que d'elle-même, de sa fatalité et de ses règles particulières."

Les trois premières années de Tel Quel se caractérisent par un éclectisme revendiqué, un soutien clair et décidé au Nouveau Roman et une attention particulière aux oeuvres de Francis Ponge et de Georges Bataille.

De départs en exclusions, de brouilles en réglements de comptes, le comité de rédaction se renouvelle rapidement. En 1964, outre Philippe Sollers, il compte les poètes Marcelin Pleynet (qui, l'année précédente, succède à J.-E Hallier au poste de secrétaire) et Denis Roche, les romanciers Jean Thibaudeau, Jean Ricardou, Jean-Louis Baudry, et Jean-Pierre Faye.

À partir du milieu des années 1960, Tel Quel s'affirme comme la principale tribune de l'avant-garde littéraire. La revue se double d'une collection de textes et d'essais dirigée par Philippe Sollers. Dans un contexte intellectuel marqué par le structuralisme et la problématique du langage, romans et poèmes se veulent réflexions critiques et mise en scène de l'acte d'écrire. Drame (1965) de Sollers, Comme (1965) de Pleynet, Personnes de Baudry, ou les livres de Denis Roche et de Jean Ricardou, si différents soient-ils, rompent ostensiblement avec les codes littéraires en vigueur, pour devenir des textes qui se prennent eux-mêmes pour objet.

Dans la proximité de Roland Barthes, Jacques Lacan et Jacques Derrida, avec l'apport de Julia Kristeva qui deviendra en 1970 membre du comité, une ambitieuse réflexion sur le fait littéraire se développe et trouve son expression collective dans une Théorie d'ensemble (1968).

En 1967, alors que Jean-Pierre Faye rompt avec le groupe, remplacé par Pierre Rottenberg et Jacqueline Risset, Tel Quel se politise. Pratiques théorique et littéraire se nourrissent alors d'emprunts à la pensée marxiste. Des contacts sont pris avec des revues communistes comme La Nouvelle Critique et un rapprochement éphémère s'opère avec le PCF.

En 1971, radicalisant son engagement, Tel Quel rompt avec les communistes et prend fait et cause pour la révolution culturelle maoïste. Cette stratégie, pensée notamment par Sollers, mécontente et irrite certains amis ou collaborateurs qui prennent leurs distances (Derrida, par exemple) ou quittent le comité de rédaction (Ricardou et Thibaudeau). La visée politique dans laquelle se situe désormais la revue se manifeste dans des textes qui, tels Lois (1972) de Sollers ou Stanze (1974) de Pleynet, gagnent en violence et en ambition historique. En 1974, une délégation composée de Sollers, Pleynet, Kristeva, Barthes et François Wahl, se rend en voyage officiel en Chine.

Au retour de ce voyage, une nouvelle période s'ouvre pour Tel Quel qui, rapidement, s'éloigne du marxisme et du maoïsme. Dans le contexte de la fin des années 1970, la revue n'occupe plus cette position privilégiée qui, entre 1968 et 1974, lui appartenait. Mais, se tournant vers d'autres horizons (les Etats-Unis, notamment) et d'autres problématiques (la théologie, la psychanalyse, le féminisme), Tel Quel — revue et collection — poursuit un travail théorique et littéraire d'un intérêt croissant avec, dans la collection, les Fragments d'un discours amoureux (1977) de Roland Barthes, Paradis (1981) de Philippe Sollers, Carroussels (1980) de Jacques Henric.

En 1982, Sollers quittant les Éditions du Seuil pour publier Femmes chez Gallimard, Tel Quel disparaît, et renaît d'une nouvelle manière, l'année suivante, sous le titre de L'Infini, chez Denoël puis Gallimard.