Lawrence Durrell
Lawrence Durrell

Lawrence Durrell est né le 27 février 1912 à Jalunda, bourgade indienne des confins de l'Himalaya.

Sa famille comprend, outre ses parents anglo-irlandais, une soeur et deux frères, dont l'un, Gerald Durrell, sera lui aussi écrivain. Son père dirigeait la Tata Iron and Steel Company qui réalisa les principaux ouvrages d'art, usines et chemins de fer des Indes.

Le jeune Larry commence ses études à Darjeeling, les poursuit à partir de 1924 en Angleterre à Southwark, puis à la St. Edmund School de Canterbury. La mort de son père le contraint à abandonner ses études. Il s'installe dans le quartier intellectuel de Bloomsbury où il occupe plusieurs emplois, dont celui de pianiste au Blue Peter Night Club.

À vingt-trois ans, plein de vitalité, d'ambition et parfaitement décontracté, Lawrence Durrell entame sa carrière d'écrivain et se lance dans la vie en épousant Nancy Myers, peintre de talent. Dès 1931, il s'était essayé à la poésie avec Fragments insolites. En 1935, paraît son premier roman, Le Fifre des amants. À cette époque, lassé des hivers londoniens, il entraîne toute sa famille à Corfou où ils restent quatre ans et où il se plonge dans la rédaction du Carnet noir.

En 1937, à l'occasion d'un voyage à Paris, il se lie avec Henry Miller — dont il avait fait un compte-rendu élogieux de Tropique du Cancer — d'une amitié qui ne faiblira jamais (voir Une Correspondance privée). Il publie un roman facile, Printemps de panique, prend la direction avec Henry Miller et Alfred Perlès de Booster, journal de l'American Country Club à Paris, qu'ils bouleversent, rebaptisent Delta, et qui disparaît après sept numéros en 1939.

Années intenses, fertiles en amitiés et en déplacements entre Paris, Corfou et Londres, où il rencontre T. S. Eliot. Années aussi de production littéraire, féconde en poésie (à laquelle il tenait par dessus tout) et en romans inégaux. En 1938, paraît à Paris Le Carnet noir dont la publication n'était pas envisageable sans compromissions dans un pays anglo-saxon.

Après avoir enseigné à l'Institut britannique d'Athènes, Lawrence Durrell, sa femme Nancy et Pénélope, née un an plus tôt, partent en 1941 pour la Crète. Puis il est nommé directeur du service de presse étranger au Caire. Il participe à la création de Personal Landscape qui réunit les écrivains anglais en exil, devient attaché de presse à Alexandrie. Période de tension et de crise qui débouche sur la rupture avec Nancy.

Lawrence Durrell qui n'a jamais cessé d'écrire, ayant assimilé la Grèce, absorbe Alexandrie tout en écrivant sur Corfou. À trente-deux ans, endurci par la vie et par la guerre, il écrit à Henry Miller: "J'ai réellement mûri aujourd'hui et j'ai quantité de choses à dire". 1945 voit son installation à Rhodes et la parution de L'Île de Prospero. Deux ans plus tard, il épouse Eve Cohen, publie Cefalu, passe quelques mois en Argentine comme directeur du British Council. En 1949 il devient attaché de presse à Belgrade. Il publie Clé pour la poésie moderne en 1952, année de la naissance de sa fille Sappho-Jane et de l'échec de son second mariage.

Lawrence Durrell a jusqu'ici mené une existence désordonnée, instable, plurielle, désormais tout va changer. En 1953, il pense avoir assez d'économies pour se consacrer au Quatuor d'Alexandrie qu'il porte en lui depuis longtemps. Il se retire à Chypre, enseigne dans un lycée pour arrondir ses fins de mois. Chaque séjour en Méditerranée relance son inspiration. La Yougoslavie l'a ennuyé, l'Argentine rebuté, Chypre l'enchante. Il y termine Justine en 1956, mais la guerre civile le force à rentrer en Angleterre. Là, en six semaines, il écrit Citrons acides, prix Duff Cooper 1957, année féconde qui voit la parution d'Esprit de corps, des Poèmes choisis et de Justine.

Ce premier volume du Quatuor lui apporte une renommée mondiale et lui permet de se consacrer à l'écriture. 1957 est aussi l'année où, sur les conseils de Richard Aldington, il s'installe à Sommières (sud de la France) et rencontre F.J. Temple. Travaillant d'arrache-pied, il publie, outre ses Poésies complètes, Balthazar écrit en six semaines, Mountolive en douze, que suivit en 1960, Clea.

Malgré le succès du Quatuor, il travaille de plus belle. En 1961, il épouse Claude Vincendon qui, avant de mourir prématurément en 1967, lui apporte une stabilité qu'attestent l'assombrissement des écrits postérieurs à son deuil, Tunc (1968), Nunquam (1970), et la reprise de l'errance vers les Etats-Unis et l'Italie notamment.

Usé par la fuite du temps et les aléas de la vie, Lawrence Durrell continue à écrire: Le Carrousel sicilien (1977), Les Îles grecques (1978), trouvant dans la Méditerranée et l'écriture de nouvelles ressources.

Remarié en 1974, il se lance dans une entreprise de grande envergure, le Quintette d'Avignon, dont le premier volume, Monsieur, ou le Prince des ténèbres paraît la même année, le second Livia, ou Enterrée vive en 1978, Constance, ou les Pratiques solitaires en 1979, Sébastien, ou les Passions souveraines en 1983, et Quinte, ou la Version Landru en 1985. Le caractère ésotérique de la série déroute une critique réservée dans son ensemble.

Cependant Lawrence Durrell avait choisi l'isolement et la solitude propices à la méditation en se cloîtrant dans ce Languedoc qui l'inspirait tant et où il mourut le 07 novembre 1990. En quittant Londres et son tumulte, en s'exilant, il a pu, comme d'autres, accomplir son oeuvre. Il avait besoin de la Méditerranée pour féconder son imagination. Il a ouvert la voie à une littérature moins puritaine, véritablement moderne dans sa recherche de voies nouvelles. Lawrence Durrell reste avant tout un prosateur virtuose, chantre du monde méditerranéen et d'un mode de vie dans lequel les vrais méridionaux se retrouvent.