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À l'occasion de la journée mondiale contre la cyber-censure, Reporters Sans Frontières (RSF) publie son rapport annuel sur les pays ennemis d'Internet. Pour la première fois, la France s'y trouve en bonne position. L'organisation de défense de la liberté de la presse la classe en effet parmi les seize pays mis "sous surveillance" en raison de la censure exercée sur le réseau.

Pour Reporters Sans Frontières, la France rejoint ainsi des pays comme la Russie, la Libye, Bahreïn, le Venezuela, la Biélorussie, les Émirats Arabes Unis, l'Érythrée, la Malaisie, le Sri Lanka, la Thaïlande, la Turquie, la Tunisie et l'Egypte (ces deux derniers quittant la liste des "Ennemis d'Internet" pour figurer parmi les Pays "sous surveillance"). Avec l'Australie et la Corée du Sud, la patrie des Droits de l'Homme fait désormais partie des trois démocraties épinglées par RSF.

L'ONG justifie l'entrée de la France dans son classement par un certain nombre de mesures en projet ou déjà prises par l'administration sarkozyste au cours de l'année passée. Elle retient en particulier l'adoption de deux lois: Hadopi, destinée à lutter contre le téléchargement illégal des oeuvres culturelles via la mise en place d'un système de "riposte graduée" qui va jusqu'à couper l'accès à Internet aux cyber-délinquants, et Loppsi, qui installe de son côté un filtrage du Net sans aucun contrôle judiciaire au motif de lutter contre la pédophilie.

Reporters Sans Frontières ajoute à ces deux lois liberticides la récente affaire Wikileaks, où l'on a vu le ministre de l'économie numérique Eric Besson tenter d'empêcher l'hébergement du site de Julian Assange sur des serveurs français, ce qui est totalement contraire au principe de neutralité du Net, ainsi que les pressions exercées lors de l'affaire Bettencourt sur des journalistes de sites d'info en ligne et leurs sources (cambriolages, convocations devant la justice, etc). Le récent décret obligeant les hébergeurs à conserver pendant un an l'identité complète des créateurs de contenus en ligne est également dans la ligne de mire.

Au final, le concept d'Internet civilisé prôné par Nicolas Sarkozy — celui-ci emploie régulièrement les termes d'"internet civilisé" lorsqu'il parle de l'internet qu'il envisage, comme il emploie le terme "barbarie" lorsqu'il parle d'Islamisme — inquiète sérieusement l'ONG: "Le gouvernement français semble privilégier une approche avant tout sécuritaire et liée à la protection des droits d'auteur au détriment de la liberté d'expression et de l'accès à l'information", indique RSF dans son rapport.

Les Etats-Unis, le Bangladesh, le Pakistan, le Cambodge ou Israël pourraient peut-être aussi y faire prochainement leur entrée en raison de censures, de surveillances des internautes, de coupures des réseaux, de cyber-attaques contre certains sites critiques, ou de poursuites judiciaires engagées contre des militants de la liberté d'information (Julian Assange pourrait par exemple être inculpé d'espionnage aux Etats-Unis à la suite de la publication en ligne des câbles diplomatiques de Washington).

Du côté des "ennemis" directs d'internet, la liste 2011 comprend notamment l'Arabie saoudite, la Syrie, le Turkménistan, la Birmanie, la Chine, le Vietnam, la Corée du Nord, Cuba, l'Iran et l'Ouzbékistan.

Au total, ce sont quelque 60 pays dans le monde qui censurent de façon plus ou moins marquée le réseau. 119 "net-citoyens" identifiés, dont 77 en Chine et 17 au Viêt-nam, sont en outre actuellement emprisonnés pour avoir osé exprimer leur opinion politique sur des blogs ou des réseaux sociaux, selon le rapport dressé par RSF. L'un de ces prisonniers n'est autre que le Prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo.

La journée mondiale contre la cyber-censure, créée en 2008, est aussi l'occasion de remettre le prix du Net-citoyen. Cette année, le lauréat est le blogueur tunisien Riadh Guerfali, alias Astrubal, dont le blog d'information Nawaat a été l'un des plus actifs lors de la chute du régime de Ben Ali.