Tenzin Gyatso
Tenzin Gyatso

Le Dalaï Lama Tenzin Gyatso, souverain spirituel et temporel du Tibet, renonce à sa fonction de chef du gouvernement tibétain en exil.

Selon lui, il est temps qu'un nouveau dirigeant librement élu lui succède à la tête de l'Etat tibétain. "Dès les années 1960, je n'ai eu de cesse de répéter que les Tibétains avaient besoin d'un dirigeant, élu librement par le peuple tibétain, à qui je pourrai transmettre le pouvoir. Aujourd'hui, j'ai clairement atteint le moment pour mettre cela en application", annonce-t-il dans un discours prononcé ce jeudi à Dharamsala. "Mon désir de transmettre l'autorité n'a rien à voir avec une volonté de renoncer aux responsabilités. Ce n'est pas parce que je me sens découragé. C'est pour le bien à long terme des Tibétains", a-t-il justifié.

Le Dalaï Lama précise qu'il n'abandonne toutefois pas son rôle spirituel et qu'il poursuivra son combat "pour la juste cause du Tibet". Il indique qu'il profitera de la prochaine session du Parlement tibétain pour déposer un amendement l'autorisant officiellement à renoncer à ses fonctions car sa démission requiert un changement constitutionnel. Les trois prétendants à sa succession sont tous laïcs. Un premier ministre, Samdhong Rinpoché, élu à deux reprises depuis l'instauration du suffrage universel en 2001, le seconde actuellement dans sa charge de responsable politique. Celui-ci doit être remplacé le 20 mars prochain.

Aujourd'hui âgé de 76 ans, Tenzin Gyatso (Lhamo Dhondrub pour l'état-civil), n'avait que quatre ans lorsqu'il a été désigné en février 1940 comme la quatorzième incarnation de Tchènrézi, le premier Dalaï Lama, né en 1391. Sa formation bouddhiste est brutalement interrompue à l'automne 1950 par l'invasion du Tibet par la Chine communiste. En novembre 1950, il est intronisé chef de l'État Tibétain par les hauts dignitaires de Llhassa. En 1959, après la sanglante répression d'un soulèvement contre l'occupation du pays, il s'exile avec 37 de ses partisans à Dhramsala (nord de l'Inde), où siège désormais le gouvernement tibétain.

Considéré par Pékin comme un dangereux séparatiste, "un loup en robe de moine", le Prix Nobel de la paix 1989 prône cependant depuis 1973 un dialogue plutôt conciliant avec la République populaire de Chine, ne réclamant qu'une "autonomie" de la région alors qu'une grande partie des six millions de tibétains militent eux de plus en plus ouvertement pour l'indépendance totale. Selon le ministère chinois des Affaires étrangère, pour qui "le gouvernement tibétain en exil est une organisation illégale", l'annonce de sa retraite politique est une "ruse" destinée à "tromper la communauté internationale".

Tenzin Gyatso a laissé entendre qu'il pourrait rompre avec la tradition du bouddhisme tibétain en choisissant lui-même son successeur, éventuellement une femme, ou même qu'il pourrait supprimer définitivement sa fonction de chef spirituel si les Tibétains décidaient que l'institution du Dalaï Lama n'a plus de sens. Les autorités chinoises ne l'entendent pas ainsi et ont d'ores et déjà indiqué que le Dalaï Lama doit respecter la tradition. Elles poussent actuellement sur le devant de la scène un haut dignitaire bouddhiste, Gyaincain Norbu, qui sera officiellement chargé de choisir la 15e réincarnation du Dalaï Lama lorsque Tenzin Gyatso s'éteindra.