Google | Twitter | Facebook | Blog | Lettre d'information | Fnac | Kobo | iTunes | Amazon

La République des Lettres

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0207-4
Livre numérique (format ePub)
Prix : 5 euros
Disponible chez • FnacAmazonKoboiTunes

France Nature Environnement

France Nature Environnement

Un homme s'adonnant à la "roulette russe" avec un épi de maïs OGM pointé comme un revolver sur la tempe; un enfant assis s'amusant sur une plage recouverte d'algues vertes mortelles, un bidon de pesticides tueurs d'abeilles façon affiche du film Kill Bill de Quentin Tarantino. À quelques jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, la fédération France Nature Environnement (FNE) a lancé une campagne d'affichage choc contre les OGM, les pesticides et les algues vertes, provoquant une levée de boucliers du monde agricole, agro-alimentaire et même touristique. Plaintes, censure des affiches et réactions outrées de lobbys en tous genres -- des syndicats agricoles aux syndicats d'hôteliers-restaurateurs en passant par les industriels de l'agro-alimentaire -- alimentent la polémique. La campagne publicitaire de France Nature Environnement -- un réseau jusqu'ici plutôt modéré qui rassemble quelque 3.000 associations écologistes -- irrite manifestement beaucoup de monde.

Dernier en date des "outragés", le Conseil Régional de Bretagne, présidé par le socialiste Jean-Yves Le Drian, qui a décidé d'assigner l'association écologiste devant le Tribunal de Grande Instance de Paris "pour atteinte à l'image" de la Bretagne. L'affiche incriminée présente notamment sous le titre "Bonnes Vacances" un jeune enfant s'amusant sur une plage recouverte d'algues vertes, dont on sait aujourd'hui que leur décomposition dégage un gaz mortel. Ces algues vertes, qui ont déjà provoqué en Bretagne la mort d'un homme et d'un cheval, se développent aujourd'hui à vitesse grand V dans certaines régions du littoral français à cause des élevages industriels de porcs. Plutôt que de prendre le problème à bras le corps avec les agriculteurs et les pouvoirs publics, Jean-Yves Le Drian, inquiet de l'impact de la campagne sur la prochaine saison touristique, estime que FNE ne devrait pas présenter "la première région agricole de France comme une source de pollution et de mise en danger d'autrui".

Pour Benoît Hartman, porte-parole de FNE, ce n'est pas la Bretagne qui est visée -- "il pourrait tout aussi bien s'agir de la Vendée" -- mais il est urgent de s'en prendre "à l'origine du problème", c'est-à-dire à l'exploitation agricole intensive avec son emploi massif d'engrais et de pesticides. "Le lisier des élevages porcins est le responsable numéro un de cette pollution dangereuse", estime-t-il. Guy Hascoët, élu écologiste au Conseil Régional de Bretagne, rejoint ce point de vue. Selon lui, "ce qui ternit l'image de la Bretagne, ce ne sont pas les affiches mais la réalité".

L'affiche sur les algues vertes n'est pas la seule à irriter le monde agricole. Trois des six affiches de cette campagne publicitaire sur les pratiques criminelles de l'agriculture intensive ont ainsi été censurées par Métrobus, la régie publicitaire de la RATP. Soumise à la pression des lobbies, elle refuse purement et simplement de placarder les trois visuels dans les stations de métro en raison de leur message "trop agressif, dénigrant et contraire au principe de neutralité du service public". Xavier Beulin, président de la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA) dénonçait l'aspect "caricatural" de ces visuels. L'organisation interprofessionnelle de l'élevage porcin (Inaporc) et l'association Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes (Interbev), qui s'élevaient contre l'une des affiches présentant un boeuf estampillé "100% naturel" surmonté de l'accusation "Gros menteur", avaient pour leur part lancé un référé mais elles ont été débouté. Les affiches ont toutes été autorisées, non seulement par la justice, mais également par l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP) qui elle avait été saisie par le Comité Régional du Tourisme de Bretagne. FNE attend des explications de la régie publicitaire de la RATP.

Peu importe pour le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, qui a apporté tout son soutien aux organisations conservatrices du monde agricole en condamnant à l'Assemblée nationale l'opération lancée par les écologistes. Selon lui, la campagne de FNE est un "scandale" et une "provocation à quelques jours du Salon de l'agriculture". Plus modérée, sa collègue ministre de l'écologie, Nathalie Koziusco-Morizet, défend elle le droit d'expression des ONG environnementales dans la mesure où c'est "un principe fondateur du Grenelle de l'environnement". [...] "FNE a choisi d'affirmer ses inquiétudes sur un certain modèle agricole avec des visuels un peu choc. C'est un style contemporain qu'on trouve dans d'autres campagnes de communication, y compris dans certaines campagnes de communication de l'Etat", déclare-t-elle.

José Bové, ex-Secrétaire national de la Confédération paysanne aujourd'hui eurodéputé sous l'étiquette Europe Ecologie et vice-président de la commission Agriculture et développement rural au Parlement européen, estime pour sa part que ce ne sont pas les paysans qui sont visés par la campagne de France Nature Environnement, mais "le modèle de l'agriculture productiviste". Pour lui, il y a aujourd'hui "un véritable problème" de santé publique avec l'agriculture industrielle.

"France Nature Environnement ne se bat pas contre les agriculteurs mais bien contre un modèle dont ces mêmes agriculteurs sont souvent les premières victimes", se défend Bruno Genty, son président, qui dénonce un mode de production agricole devenu aujourd'hui "intensif, extrême et déraisonnable". Dans un communiqué, l'association justifie sa campagne publicitaire choc: "De façon évidente, il ne faut pas prendre les visuels au pied de la lettre, ils sont là pour faire réagir", déclare-t-elle. Mission accomplie.

Affiche France Nature Environnement 1

Affiche FNE 2

Affiche FNE 3