André Dussollier
André Dussollier

André Dussollier incarnait l'an passsé Staline pour le cinéma. Le voilà de retour avec un autre personnage historique, mais au théâtre, cette fois. Aux côtés de Niels Arestrup qui incarne le général allemand Dietrich Choltitz, il campe dans Diplomatie Raoul Nordling, ce consul suédois qui influencera le destin d'un Paris voué en 1944 à la destruction par les nazis. Dans des décors soignés, avec vue sur un Paris reconstitué, les deux comédiens s'adonnent à une négociation qui changera le sort de la capitale. Une rencontre imaginée par Cyril Gely, où chacun avance ses pions avec subtilité, et un rôle d'homme de coulisses dont André Dussollier fait ressurgir la part d'humanité.

Vous avez passé cinq ans loin des planches. Cela vous manquait ?

André Dussollier: Le théâtre me manque toujours. C'est là que j'ai commencé; j'ai besoin d'y revenir régulièrement.

Avec Diplomatie, vous plongez dans les coulisses de l'histoire...

André Dussollier: C'est un pan de l'histoire de Paris peu connu. Alors que les Alliés étaient aux portes de la capitale occupée, une rencontre a évité sa destruction. C'est incroyable de voir comment les grands événements tiennent à peu de choses. On a rarement l'occasion de voir les tenants des actes décisionnaires. C'est ce qu'a imaginé Cyril Gely.

Quelle est la part de fiction et celle de la réalité ?

André Dussollier: Le consul Raoul Nordling et le général allemand Dietrich Choltitz ont existé. On sait qu'ils se sont rencontrés et qu'ils s'appréciaient, qu'en août 1944, Choltitz était gouverneur de Paris et que Hitler lui avait donné l'ordre de détruire Paris. Le reste est imaginaire — les propos, les charges sous les ponts...

Après avoir incarné Staline, vous êtes, cette fois, du "bon côté"...

André Dussollier: Nordling est du bon côté et en même temps, ce n'est pas une vision manichéenne. Les arguments du général allemand sont valables. Il est pris entre le devoir, sa famille et ses enfants qui sont menacés. Il y a toujours une part d'humain dans l'histoire.

Comment avez-vous abordé cet échange ?

André Dussollier: Comme une partie de poker, d'échecs. Avoir un coup d'avance, être à l'affût, maintenir une tension. Être diplomate, c'est aussi manier l'humour et la légèreté pour mieux cerner sa proie.

Rien n'est dévoilé sur le futur de Dietrich Choltitz. Que dit l'histoire ?

André Dussollier: Malgré ses faits d'armes, il n'a fait que deux ans de prison. Les Alliés lui ont été reconnaissants de ne pas avoir détruit Paris. Il a ensuite rejoint sa famille et est mort de vieillesse.

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Cyril Gely, Diplomatie, au Théâtre de la Madeleine, 19 rue de Surène 75008 Paris, Tél: 0142650709.