Pierre Arditi
Pierre Arditi

Alors qu'il s'apprête à tourner dans les prochains films d'Alain Resnais (Vous n'avez encore rien vu) et de Nathan Miller (La danse de l'albatros), Pierre Arditi quitte le Théâtre Edouard-VII pour le plateau du Montparnasse. À soixante-six ans, il y interprète une pièce écrite pour lui par Florian Zeller, La vérité, où il endosse un rôle d'époux, d'amant et d'ami bienveillant qui, au prix de beaucoup d'efforts et d'une mauvaise foi sans borne, parvient à convaincre des bienfaits de taire la vérité. À moins que ce ne soit sa femme (Christiane Millet), son meilleur ami (Patrice Kerbrat) et sa maîtresse (Fanny Cottençon) qui ne le mènent en bateau.

Après deux saisons au Théâtre Edouard-VII, on pensait que vous en étiez devenu pensionnaire...

Pierre Arditi: Il n'y a pas beaucoup de théâtres dans lesquels je n'ai pas traîné mes fonds de culottes. Je n'appartiens à personne. Quoi qu'il arrive, un théâtre ne prend sa dimension qu'habité par un spectacle, sinon, c'est un animal mort.

Florian Zeller a écrit La vérité en pensant à vous. Que diriez-vous de ce jeune auteur ?

Pierre Arditi: Ce que j'aime chez lui, c'est qu'il se sert d'une structure classique, un trio du théâtre bourgeois — ici un amant, un mari, une maîtresse — et il lui tord le cou. Je suis très flatté d'inspirer un auteur de ce talent et surtout de cette génération. Son écriture est à la fois simple et d'une grande complexité. La preuve, j'ai eu un mal de chien à l'apprendre alors que j'ai une mémoire d'éléphant.

Cette pièce, mise en scène par Patrice Kerbrat, que dit-elle de la vérité ?

Pierre Arditi: La vérité, comme son nom l'indique, est une pièce sur le mensonge et la vérité. Les inconvénients de la dire, les avantages de la taire. Y a-t-il une vérité, des vérités ? Le mensonge peutil tenir lieu de vérité ? Est-il indispensable de la dire toujours ?

Quel rapport entretenez-vous avec le mensonge ?

Pierre Arditi: Je peux mentir pour des motifs bénins, inventer un rendez-vous de travail ou une grippe imaginaire... Mais le mensonge profond, comme dire à une femme qu'on l'aime alors que non — ce qui est très masculin --, je ne le fais plus. Je suis sauvé de ça par ma formidable faculté de narcissisme. Je veux pouvoir me regarder dans une glace, imaginaire parce que dans la glace je ne me regarde plus. Quand on ment aux autres, la première personne à qui l'on ment, c'est d'abord à soi.

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Florian Zeller, La vérité avec Pierre Arditi, Fanny Cottençon, Patrice Kerbratau et Christiane Millet au Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté 75014 Paris, Tél: 0143227774.