Cesare Battisti
Cesare Battisti

Membre dans les années 1970 d'un groupe terroriste d'extrême-gauche, les Prolétaires Armés pour le Communisme (PAC), Cesare Battisti — né le 18 décembre 1954 à Sermoneta, près de Rome (Italie) — est arrêté le 26 juin 1979 à la suite de plusieurs assassinats commis par les PAC.
Déjà condamné pour vol à main armée en 1974 et en 1976, la justice italienne le condamne en 1981 pour appartenance à une bande armée. Il parvient à s'évader de la prison de Frosinone quelques mois plus tard et part vivre clandestinement au Mexique. Il y exerce divers emplois, crée une revue littéraire, Via Libre, et collabore à divers journaux et revues.
Dénoncé par ses anciens camarades pour quatre assassinats commis au nom des PAC en 1978 et 1979, son procès est ré-ouvert en 1987. En 1988, la Cour d'assises de Milan le condamne par contumace à une peine de prison à perpétuité. Deux homicides lui sont imputés directement (ceux du surveillant de prison Antonio Santoro et du policier Andrea Campagna) et il est jugé complice dans deux autres (ceux du boucher Lino Sabbadin et du bijoutier Pierluigi Torregiani). La sentence est confirmée en appel en 1990, puis en cassation 1993. Une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, toujours par contumace, mais qui, selon la loi italienne, devient alors définitive et irrévocable.
Entre-temps, Cesare Battisti a trouvé refuge à Paris en 1990. Comme plusieurs dizaines d'anciens militants de l'extrême-gauche italienne des "années de plomb" — dont notamment Marina Petrella, ex-membre des Brigades rouges condamnée elle aussi à perpétuité en Italie pour le meurtre d'un commissaire de police --, Cesare Battisti refait sa vie à Paris sous la protection de la "Doctrine Mitterrand". Cet engagement pris en 1985 par le président socialiste stipule en effet que les anciens activistes politiques italiens réfugiés en france qui renoncent à la violence ne seront pas extradés, leur octroyant ainsi une immunité de fait.
À la demande de l'Italie, Cesare Battisti est toutefois arrêté. Il passe cinq mois de prison à Fresnes mais la justice française rejette officiellement la demande d'extradition en mai 1991, estimant que les lois italiennes contre le terrorisme ne sont pas compatibles avec le droit français. L'ancien militant politique indique en outre clairement qu'il renonce à la lutte armée.
Devenu concierge dans un immeuble du XIe arrondissement de Paris et tranquille père de famille, Cesare Battisti se consacre dès lors à l'écriture de polars. Au cours des années 1990 et 2000, onze de ses livres seront publiés chez plusieurs éditeurs français dont Gallimard, notamment dans la célèbre collection de la Série Noire (Les Habits d'ombre, 1993; L'Ombre rouge, 1994; Buena onda, 1996;...).
Le 10 février 2004, l'écrivain est de nouveau arrêté à Paris et incarcéré à la prison de la Santé suite à une nouvelle demande de l'Italie. L'affaire sucite une vive polémique. Un comité de soutien initié par des auteurs de polars se mobilise pour tenter d'empêcher son extradition.
Une pétition où figurent notamment les signatures de Gilles Perrault, Patrick Raynal, Thierry Jonquet, Jean-Marie Laclavetine, Joëlle Losfeld, François Guérif, Fred Vargas, Olivier Rubinstein, Sabine Wespieser, Dan Franck, Bernard-Henri Lévy, Michel Quint, Didier Daeninckx, Philippe Sollers, Guy Bedos, Georges Moustaki, Bertrand Delanoë ou encore Régine Deforges, recueille rapidement plus de 12.000 signatures dans les milieux intellectuels, politiques et littéraires français.
L'archéologue et romancière Fred Vargas, auteur de romans policiers à succès, publie dès mai 2004 un recueil de textes intitulé La Vérité sur Cesare Battisti (Éditions Viviane Hamy). Arguments à l'appui, elle y prend la défense de l'ex-militant qu'elle croit "innocent à 99%" et livre des éléments permettant de comprendre l'affaire dans son contexte historique et politique, resituant notamment le parcours des jeunes gens qui furent tentés dans les années '70 par l'engagement révolutionnaire et son corollaire, la violence.
Plusieurs associations de défense des Droits de l'homme et les partis politiques de gauche plaident également en faveur de l'écrivain auprès de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.
L'Italie est choquée par cette vague de soutien à Cesare Battisti. Contrairement aux français qui à l'époque ne formèrent pas vraiment de groupes révolutionnaires violents, les italiens gardent en effet très présent le souvenir du traumatisme de leurs années de plomb où diverses organisations clandestines, telles les Brigades Rouges pour la plus connue, prônaient activement la lutte armée et commirent nombre d'attentats meurtriers dans le pays. Tous bords politiques confondus, l'Italie approuve largement les procédures qui doivent aboutir à une exécution réelle des milliers de décisions de justice prononcées depuis une trentaine d'années contre ses anciens "terroristes rouges".
Cesare Battisti est remis en liberté sous contrôle judiciaire le 03 mars. Le 30 juin, les magistrats français rendent un jugement favorable à son extradition vers l'Italie. Jacques Chirac, président de la République, et Dominique Perben, Ministre de la Justice du gouvernement Raffarin de l'époque, déclarent qu'ils ne s'opposeront pas à cette décision. Le 21 août 2004, Cesare Battisti se soustrait à son contrôle judiciaire et s'enfuit. Il sait qu'il n'aura droit à aucune révision de son procès en Italie.
Un enième pourvoi formé par ses avocats devant la Cour de cassation est rejeté le 13 octobre 2004, de même qu'un recours devant le Conseil d'État français qui confirme en mars 2005 le décret d'extradition déjà signé par le premier ministre.
Cesare Battisti vit dans la clandestinité. En avril 2006, il publie Ma cavale (Préface de Bernard-Henri Lévy, postface de Fred Vargas, Éditions Grasset / Rivages), où il se défend d'avoir commis les meurtres dont on l'accuse.
Le 18 mars 2007, après trente mois de cavale, Cesare Battisti est arrêté près de la plage de Copacabana à Rio de Janeiro (Brésil). Il est capturé dans la rue par la police brésilienne au moment où une jeune femme membre de son comité de soutien, entrée au Brésil avec une somme de 9.000 euros, va lui remettre de l'argent. L'opération policière a été coordonnée par Interpol, sa correspondante ayant été filée par des policiers français qui ont transmis leurs renseignements à la police brésilienne. L'écrivain et journaliste Gilles Perrault n'hésite pas à qualifier cette arrestation d'"électorale et même électoraliste", sachant que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle de 2007, avait promis d'avoir sa tête avant les élections.
La procédure qui doit décider de la demande d'extradition débute au Brésil. En mai 2008, le procureur général de Brasilia donne un avis favorable à l'extradition de l'écrivain, mais le ministre brésilien de la Justice, Tarso Genro, lui accorde en janvier 2009 l'asile politique, provoquant une forte tension diplomatique avec Rome. Le Comité national pour les réfugiés refuse pour sa part de lui accorder le statut de réfugié politique. Dans plusieurs entretiens donnés à la presse à partir de sa prison de Papuda, près de Brasilia, Cesare Battisti dit craindre pour sa vie s'il est extradé vers l'Italie. Il entame une grève de la faim.
Le 18 novembre 2009, la justice brésilienne rend son verdict, estimant que l'ex-activiste doit être extradé. Elle laisse cependant la décision finale au Président Luiz Inacio Lula da Silva. "La décision de livrer un étranger est du domaine exclusif et discrétionnaire du président de la République", soulignent les juges de la Cour suprême.
Le 31 décembre 2010, dernier jour de son mandat avant de passer le relais à Dilma Rousseff, le président Lula annonce officiellement qu'il refuse l'extradition de Cesare Battisti. L'écrivain ne sort toutefois pas de prison, le Président de la Cour suprême, Cesar Peluzola, devant encore signer l'ordre de libération et examiner la conformité du refus présidentiel en regard du traité d'extradition liant les deux pays. Coté italien, Silvio Berlusconi et le gouvernement, furieux, rappellent leur ambassadeur et promettent des sanctions contre le Brésil.
Le 08 juin 2011, Cesare battisti est finalement libéré, au grand dam du gouvernement italien qui exprime sa "vive amertume". Il quitte la prison la prison de haute sécurité de Papuda où il était incarcéré depuis quatre ans après que la Cour suprême du Brésil a rejeté son extradition vers l'Italie et décrété sa libération immédiate. Un visa de résident permanent au Brésil lui est délivré le 22 juin par les services de l'immigration.