Chester Himes
Chester Himes

Chester Himes naît dans une famille d'enseignants Afro-Américains à Jefferson City (Missouri, Etats-Unis), le 29 juillet 1909.

Il a la chance, rare pour un Noir à cette époque, de faire des études universitaires. Adolescent, il se sent responsable de l'accident qui rend aveugle son frère Joseph alors qu'ils préparaient un feu d'artifice. Pour payer ses études, il travaille comme liftier dans un hôtel. Une chute dans la cage d'ascenceur vide l'obligera à porter un corset toute sa vie.

À 19 ans, Chester Himes est comdamné à vingt-cinq ans de prison pour un vol de bijoux à main armée. C'est là qu'il découvre les polars de Dashiell Hammet et de Raymond Chandler, mais aussi Dostoïevski. Il écrit ses premières nouvelles qui paraissent dans le Cleveland Daily News et le magazine Esquire. Il est libéré sept ans plus tard, en 1935, et part s'installer en Californie où il exerce divers petits métiers. En 1941, il épouse Jean, qui appartient à la bourgeoisie noire et fait vivre le ménage, mais ils se séparent après quelques années de vie commune.

Supportant mal le racisme et sa difficile réinsertion dans la société, Chester Himes publie en 1945 un premier roman, If he hollers, let him go (S'il braille, lâche-le...), inspiré par la condition des Noirs et sa propre expérience de la prison. Deux ans plus tard, il faît paraître Lonely Crusade, un texte violent et passionné, à la fois roman policier, roman psychologique, et roman social où il évoque les problèmes des Noirs américains à travers la vie d'un jeune homme idéaliste. Le livre est très mal accueilli par les critiques américains (Noirs ou Blancs) mais il connaît un certain succès en France lorsqu'il y est publié en 1952 sous le titre La croisade de Lee Gordon.

Après un bref séjour à Paris en 1953, Chester Himes vit à Arcachon, Londres et Majorque où il écrit The Primitive (La fin d'un primitif, 1955). De retour à Paris, sans un sou, il accepte la proposition de Marcel Duhamel — patron de la collection Série Noire des Éditions Gallimard — d'écrire huit polars ayant pour cadre Harlem, le quartier noir de New York.

A rage in Harlem (La reine des pommes, Série Noire N° 419), qui paraît en 1958, obtient le Grand Prix de Littérature policière et les suffrages de Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre et Jean Giono. Comme dans ses précédents romans, mais en respectant les règles du "hard- boiled", l'écrivain américain y dénonce l'injustice et la violence faite aux Noirs.

Ses romans et recueils de nouvelles suivants — Couché dans le pain (1959), Imbroglio negro (1959), Dare-Dare (1960), Tout pour plaire (1961), Ne nous énervons pas ! (1961), Retour en Afrique (1964), Plan B (1976),... — également engagés politiquement, sont appréciés par les mouvements afro-américains de libération, dont notamment les Black Panthers, mais Chester Himes n'aime pas les étiquettes "écrivain noir" ou "auteur de romans policiers". Il écrit comme "être humain" pour crier sa révolte contre l'humiliation, pour s'évader et ne pas devenir enragé.

Regrets sans repentirs (1979) condense les deux volumes de son autobiographie: A quality of hurt (Une blessure spécifique, 1971) et My Life of Absurdity (Ma vie absurde, 1976).

Chester Himes décède dans sa maison d'Alicante (Espagne) le 12 novembre 1984, à l'âge de 75 ans.