Enki Bilal
Enki Bilal

Auteur de bande dessinée à succès, réalisateur, peintre, Enki Bilal est un touche-à-tout.

Au théâtre du Rond-Point, il adapte le récit de Fabienne Renault, Mémoire d'une teigne, succession de portraits truculents, et signe sa première mise en scène. Fidèle à son univers apocalyptique, il y confronte Evelyne Bouix aux interrogations de Jean-Louis Trintignant.

Avec Suspection, vous signez votre première mise en scène. Comment ce projet est-il né ?

Enki Bilal: Par accident. En six mois, j'ai croisé deux fois Jean-Michel Ribes qui m'a dit: "Propose-nous quelque chose. Nous aimons les aventures inédites". J'aimais beaucoup l'ouvrage de Fabienne Renault, pour sa façon de raconter des rencontres de gens plus ou moins bizarres. J'ai eu, en une fraction de seconde, une image: un interrogatoire, la voix de Jean-Louis Trintignant et Evelyne Bouix.

Quelle a été votre approche ?

Enki Bilal: Opposer l'humanité, la cruauté et la tendresse de ce texte à mon univers: l'inhumanité, l'inquisition. J'ai remplacé les noms des personnages par des numéros.

Evelyne Bouix est attachée pendant une heure quinze...

Enki Bilal: Elle est ligotée, et on se rend compte que sans l'usage de son corps comme vecteur de parole, on communique et on joue les émotions différemment. Cette pièce n'a pas réellement d'intrigue, pourquoi ? Je souhaitais garder un mystère. Que les cartésiens se demandent "Pourquoi ne s'enfuit-elle pas ?", que d'autres trouvent ça kafkaïen, ubuesque. Je n'ai pas d'idée précise de l'endroit où l'on se trouve, et les choses ne sont, volontairement, pas datées.

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Enki Bilal, Suspection, avec Evelyne Bouix et Jean-Louis Trintignant. Jusqu'au 30 décembre 2010 au Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris, Tél: 0144959821.