Google eBookstore
Google eBookstore

Google Books boucle la boucle. Après la numérisation des livres, leur indexation sur internet, leur impression à la demande, voici leur commercialisation en ligne.

Annoncée à la Foire du livre de Francfort 2009 sous le nom de Google Editions, la nouvelle librairie numérique du groupe californien, rebaptisée Google eBookstore, vient d'être mise en service aux Etats-Unis.

Plus de trois millions de titres sont d'ores et déjà disponibles sur Google eBookstore, soit quatre fois plus que sur le Kindle Store d'Amazon. "Nous pensons que ce sera la plus grande e-bibliothèque du monde", a déclaré une porte-parole de Google, Jeannie Hornung.

Le catalogue comprend surtout des oeuvres tombées dans le domaine public — la bibliothèque virtuelle Google Livres compte à ce jour quelque 15 millions d'ouvrages numérisés issus des plus grandes bibliothèques américaines et européennes — mais aussi plusieurs centaines de milliers de livres publiés récemment par des maisons d'édition du monde entier. Quelque 4.000 éditeurs auraient déjà signé un accord de partenariat avec la firme de Montain View afin de diffuser leurs titres numériques sur Google eBookstore. Parmi eux, Random House, Simon & Schuster et Penguin, qui apportent à eux trois pas moins de 200.000 titres récents en téléchargement payant, dont la liste des 100 best-sellers du secteur dressée par le New York Times.

Pour Google, l'objectif à terme est de convaincre l'ensemble des éditeurs, petits ou grands, de s'associer à sa plate-forme. Concrètement, il suffira pour eux d'ouvrir un compte sur Google et de lui communiquer un exemplaire des livres publiés. Google se chargera de les numériser, de les indexer, d'en rendre une partie consultable sur internet selon les desiderata de l'éditeur, puis de les vendre aux internautes interessés. Le partage des recettes est négocié au cas par cas entre Google et les éditeurs partenaires, la commission pouvant varier comme dans les librairies traditionnelles de 30% à 37% du prix de vente du livre. Après paiement, le lecteur pourra télécharger une version numérique et lire l'ouvrage sur son ordinateur ou sa liseuse. On peut présumer qu'une grande partie des clients, qui étaient jusqu'à présent renvoyés par Google vers des bibliothèques publiques et des librairies en ligne comme Amazon, feront désormais directement leurs achats directement sur l'eBookstore. Pour nombre de petits éditeurs, cette formule leur évite de supporter des coûts de numérisation tout en leur offrant un immense réseau de diffusion.

Les libraires pourront également utiliser Google eBookstore pour vendre les livres électroniques de leur fonds. L'ABA (American Booksellers Association) a ainsi signé un accord avec Google, avec partage des recettes à la clé (on parle de 52% du prix de vente redistribué), ceci afin de permettre aux libraires indépendants de vendre des livres numériques sans se lier aux grandes chaînes de librairie type Barnes & Noble ou Amazon.

À la différence d'Amazon qui a choisi de vendre des livres numériques sous un format propriétaire uniquement accessible sur son lecteur Kindle, les titres distribués sur l'eBookstore seront eux consultables sous un format standard ouvert, l'ePub. Avec ou sans DRM (Digital Rights Management), c'est-à-dire de programme de protection des droits numériques, les ouvrages seront disponibles en ligne et hors ligne via un navigateur et des applications gratuites sur la quasi totalité des terminaux de lecture, quelque soit l'appareil et le système d'exploitation: ordinateurs Mac et PC connectés ou non à internet, liseuses électroniques de Nook et Sony entre autres, smartphones et téléphones portables sous système Android et iOS, iPhone et iPad d'Apple, etc. Seul exclu, le Kindle d'Amazon qui a choisi de rester fermé à l'interopérabilité.

"Quel que soit le moyen utilisé pour acheter les Google eBooks, ils sont tous stockés dans la bibliothèque en ligne du lecteur", indique Google qui précise que "En utilisant le nouveau Web Reader [...] il est possible d'y accéder de la même façon qu'à son compte Gmail, c'est-à-dire en utilisant un compte Google gratuit et protégé par un mot de passe, avec une capacité de stockage d'eBooks illimitée".

Dans un marché du livre électronique qui se chiffre déjà à un milliard de dollars rien que pour les Etats-Unis, et qui devrait toucher l'année prochaine environ 15% des lecteurs traditionnels de livres sur papier, Google eBookstore arrive à point pour accompagner le succès de l'iPad, la nouvelle tablette multimédia à écran tactile d'Apple. Cet appareil semble en effet en passe d'ouvrir réellement au grand public le marché des tablettes de lecture après la période des appareils précurseurs type "Kindle" d'Amazon ou "Reader" de Sony, désormais dépassés. Mais Apple ne se contente pas de vendre son iPad, il se place lui aussi en concurrent de Google et d'Amazon dans ce tout nouveau secteur de la librairie numérique en ligne avec son iBookstore, une plateforme de téléchargement ouverte sur iTunes avec le soutien de cinq des six principaux éditeurs américains. Aux Etats-Unis, plus de 1,5 million de titres y sont déjà téléchargés chaque mois.

Google eBookstore n'est pour l'instant intégralement ouvert qu'aux Etats-Unis. Les versions européennes seront ouvertes en 2011 mais les internautes français peuvent cependant accéder au catalogue d'ouvrages libres de droit qui donne accès à la plupart des grandes oeuvres de la littérature des siècles passés, de Molière à Shakespeare ou Dante en passant par Balzac, Flaubert et Stendhal.

Pour ce qui concerne les publications françaises récentes, il faudra sans doute attendre que soit réglé le procès lancé à l'encontre de l'entreprise californienne par les milieux conservateurs du Syndicat National de l'Édition (La Martinière-Le Seuil, Gallimard,...). Mais Hachette Livre (groupe Lagardère), numéro 1 du secteur et propriétaire de nombreux éditeurs comme Fayard, Grasset, Calman-Lévy, Armand Colin, Larousse, Dunod ou encore Stock, s'est déjà désolidarisé de l'action de ses confrères. Un accord a été signé entre les deux entreprises pour numériser et diffuser sur Google eBookstore environ 50.000 titres épuisés de Hachette Livre.

Côté librairie, seule la Fnac semble réellement active dans le secteur en offrant un catalogue de 80.000 livres électroniques. Elle vient également de lancer sa propre liseuse, baptisée FnacBook.

Quant à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) malheureusement, malgré son incapacité à numériser le patrimoine de langue française, elle ne souhaite toujours pas travailler avec Google. Après avoir déjà accumulé vingt ans de retard pour la numérisation de son fonds, la vieille dame toute occupée à sa lutte anti-Google s'est récemment acoquinée avec une firme américaine concurrente, Microsoft, ce qui laisse craindre le pire.