Jack Lang
Jack Lang

Chantier pharaonique de l'ère François Mitterrand, le Grand Louvre et sa pyramide de verre, ouverte au public en 1989, ont connu plus de dix années de controverses. Ministre de la Culture en charge du projet à l'époque (1981-1986 et 1988-1992), Jack Lang revient dans un ouvrage sur les origines du projet. Il y évoque notamment les luttes internes et médiatiques qui ont entouré les travaux.

Quel bilan peut-on tirer de l'aventure du Grand Louvre ?

Jack Lang: Aujourd'hui, le succès du Grand Louvre (huit millions de visiteurs chaque année, ndlr) montre qu'un pouvoir ne doit redouter ni les projets d'envergure ni les polémiques qui l'accompagnent. Nous avons tenu bon et l'avenir nous a donné raison. Ce livre raconte comment nous avons pu faire avancer contre vents et marées cette idée que nous pensions juste et belle. Un gouvernement doit proposer au citoyen des utopies concrètes qui déplacent les montagnes et font bouger les lignes. Les Français aiment être transportés vers d'autres horizons. Il y avait un fort élan conservateur sur ce site historique... Il s'agissait de métamorphoser le Louvre et le projet a suscité des controverses, des révoltes et même des insultes parfois haineuses. François Mitterrand était passionnément attaché à tous ces combats culturels que nous menions ensemble. Avec Emile Biasini (maître d'oeuvre du chantier, ndlr), il nous fallait créer l'irréversible. Le projet devait être suffisamment avancé pour ne pas être remis en cause en cas de changement de gouvernement. Le choix de Ieoh Ming Pei comme architecte était quasiment certain car, avant l'élection de Mitterrand en 1981, nous exprimions déjà notre commune admiration pour lui. Nous nous disions: "Si un jour nous détenons un pouvoir, voilà un architecte auquel il faudra faire appel". Le Louvre est apparu comme la meilleure idée. Ce projet s'imposait avec une évidence aussi lumineuse que le verre transparent de la pyramide qui a été retenu.

Comment voyez-vous l'avenir du Louvre ?

Jack Lang: Le Grand Louvre, c'est une révolution permanente ! Ce projet initié en 1981 perdure encore aujourd'hui, notamment sous la présidence d'Henri Loyrette, l'actuel président-directeur du Louvre. J'approuve totalement les projets du Louvre à Abou Dabi, mais aussi à Lens, que j'ai défendu en tant qu'élu au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais.

La culture française manque-t-elle de projets audacieux ?

Jack Lang: Depuis que François Mitterrand a quitté la présidence de la République, les projets de ce type se sont raréfiés. Néanmoins, il y a eu le Quai-Branly initié par Jacques Chirac. Tandis que Nicolas Sarkozy a repris la construction d'une salle de musique symphonique à la Villette à Paris, au financement de laquelle le maire de Paris, Bertrand Delanoë, participe pour moitié. Il y a aussi une relève par les grands mécènes privés comme Bernard Arnault et son musée d'art contemporain au Jardin d'Acclimatation. Je trouvais que l'idée du Grand Paris était excellente, j'en rêvais, mais elle paraît aujourd'hui vivre au ralenti.

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Jack Lang, Les batailles du Grand Louvre (Éditions RMN).