Pierre Bonnard
Pierre Bonnard

Après deux ans de travaux le musée d'Art moderne de la ville de Paris rouvre ses portes au public avec une grande exposition consacrée à Pierre Bonnard. Celui que l'on surnomma le "peintre du bonheur" n'avait pas bénéficié de grande rétrospective à Paris depuis celle du Centre Pompidou, il y a 22 ans. Sous le titre L'oeuvre d'art, un arrêt du temps, l'exposition comprend quelque 90 toiles ainsi qu'un ensemble de photographies et de dessins venus des quatre coins du monde, de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg au MoMA de New York en passant par le Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf, le Musée de Besançon ou la Fondation Bemberg de Toulouse.

L'approche thématique proposée tente d'épuiser le contenu de la peinture riche et vibrante de l'artiste dont le projet n'est pas de "peindre la vie mais de rendre vivante la peinture". Le parcours est composé de nombreux tableaux de nu féminin — tous ayant pour modèle sa compagne Marthe qui au total figure sur environ 400 tableaux du peintre — mais aussi d'autoportraits, d'intérieurs, de natures mortes et de paysages qui tous également appartenaient à son quotidien. Bonnard y décline sur tous les tons sa palette de couleurs radieuses, ses rythmes sinueux, ses masses fluides et ses surfaces réfléchissantes. Il utilise au maximum les effets de luminescences et de juxtaposition entre couleurs chaudes et froides, comme l'illustre entre autres le célèbre Nu dans le bain (1936-38), où se marient l'orangé et le bleu profond. Son pinceau transfigure son univers quotidien, irradiant de jaunes, d'oranges, de bleus et de mauves voluptueux tout ce qui meuble son intérieur. Canapé du salon, lit de la chambre, table de la salle à manger, baignoire ou miroir de la salle de bains, personnages et objets se nimbent de couleur et se mettent à vibrer et à se mouvoir sensuellement sous la lumière entrée à flots par portes et fenêtres. Le peintre du plaisir de vivre s'adonne à des jeux de miroirs incandescents, à des lumières d'été aveuglantes, à des immersions dans l'azur ou dans le paysage luxuriant. Il compose des symphonies éblouissantes de couleurs et de lumières saisissant, à l'instar de son contemporain Marcel Proust, non seulement le présent mais la durée du temps perdu.

Pierre Bonnard est né en 1867 à Fontenay-aux-Roses. Fils de fonctionnaire, il suivit des études de droit avant de fréquenter à partir de 1888 l'École des Beaux-Arts et l'Académie Julian où il rencontra le peintre Vuillard. Il entra avec lui dans le groupe des Nabis puis créa des affiches, des couvertures de livres (La revue Blanche, 1894) et des lithographies avant de se lancer dans la composition de ses premiers tableaux aux tons relativement plats et aux couleurs assourdies. Ce n'est qu'après une relecture progressive des oeuvres des impressionnistes, plusieurs années de recherches chromatiques et surtout de nombreux voyages en Europe et en Afrique du Nord qu'il révèla son univers sensuel et sa peinture spontanée si vigoureusement colorée qui, dans les dernières années de sa vie, finit par se transformer en un pur jeu harmonique de couleurs incandescentes. Bonnard ne prît pas part aux révolutions picturales de son époque — fauvisme, cubisme ou surréalisme — mais il fût respecté et admiré par de nombreux artistes du XXe siècle, notamment Matisse. Picasso disait de lui que ce n'était pas un peintre moderne car selon lui "il obéit à la nature sans la transcender", mais il influença cependant plus tard certains expressionnistes américains comme Mark Rothko et des partisans de l'abstraction lyrique comme Jean Bazaine. Pierre Bonnard est mort en 1947. Parmi ses principales oeuvres, citons La Table (1937), le Nu dans la baignoire (1937) ou encore l'Autoportrait (1944-45).

Exposition Pierre Bonnard, L'oeuvre d'art, un arrêt du temps, du 02 février au 7 mai 2006, avec le soutien de LVMH / Moët Hennessy / Louis Vuitton, au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris 11 avenue du Président-Wilson 75016 Paris Tél: 0153674000.