Michel Houellebecq
Michel Houellebecq

Michel Houellebecq est sans conteste la star de la rentrée littéraire 2010. Son livre, La carte et le territoire, est aussi le grand succès de librairie annoncé de cette fin d'année. Depuis sa sortie anticipée le 3 septembre, le roman caracole en tête des ventes. Tiré au départ à 120.000 exemplaires, il a déjà été réimprimé deux fois par Flammarion pour atteindre 190.000 exemplaires une semaine après sa mise en vente, et ce ne sont pas les articles rageurs des grenouilleurs de prix littéraires ou les accusations ineptes de plagiat qui semblent pouvoir arrêter la machine Houellebecq.

De plus les amateurs de scandale en seront cette fois pour leurs frais. L'auteur des Particules élémentaires a cette fois mis de côté son goût supposé pour la polémique. Car force est d'avouer que l'on ne trouve, dans La carte et le territoire, que très peu de traces de tourisme sexuel (sujet abordé dans Plateforme), d'idéologie anti-soixante-huitarde ou de prospective sociétale (La possibilité d'une île et Les Particules élémentaire). A travers l'histoire de Jed Martin, artiste plasticien, Michel Houellebecq dépeint plus modestement, mais avec une ironie plus que renversante, le milieu de l'art contemporain, des médias et de la vie mondaine parisienne.

Devenu le compagnon d'une brillante jeune femme russe et après avoir couru les cocktails de la capitale française, le photographe reconverti en peintre rencontre, grâce à Frédéric Beigbeder, Michel Houellebecq lui-même... Ne nous y trompons pas: l'écrivain se dépeint autant par le biais de sa mise en scène d'auteur culte et dépressif qu'à travers la figure de cet artiste indolent. L'humour qui se dégage du récit ne cache pas sa profonde mélancolie. Ce livre de Michel Houellebecq, qui a su ici transmuer son éternel cynisme et assumer une certaine émotion, pourrait bien être l'un de ses meilleurs.

Alors, La carte et le territoire décrochera-t-il le Prix Goncourt 2010 ? En 1998, Michel Houellebecq, à l'époque considéré comme un écrivain précurseur, est déjà passé à côté du célèbre prix, n'obtenant cette année-là que le Prix Novembre pour Les Particules élémentaire. Lorsqu'en 2005 paraît La possibilité d'une île, le plus prestigieux prix de l'automne lui passe une fois de plus sous le nez. En compensation on lui accorde tout de même le Prix Interallié. Certains n'hésitent pas à parler alors de "fronde anti-Houellebecq". Cette année, c'est l'écrivain Tahar Ben Jelloun, membre du jury Goncourt, d'affirmer dans cet esprit que son livre est un "bavardage sur la condition humaine".

Complot ou non d'un certain milieu germanopratin pour lui barrer le Goncourt, les lecteurs auront, heureusement, le dernier mot.

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Michel Houellebecq, La carte et le territoire (Éditions Flammarion).