Georges Frêche

Le Centre Régional des Lettres de Montpellier, dirigé par Anne Potié, est l'un des plus dynamiques en France. C'est un remarquable lieu de vie culturelle qui effectue depuis près de 20 ans un intense travail en faveur de la création et de l'édition littéraire en Languedoc-Roussillon. Ancien professeur d'université réputé défenseur des arts et ex-maire de Montpellier, le socialiste Georges Frêche a reconnu encore il y a peu de temps l'excellence de ce centre dont le rayonnement dépasse largement les frontières régionales et même nationales. Mais, tout nouvellement élu président de région (depuis mars 2004) et en mépris total de ses engagements électoraux, il vient pourtant de faire annuler la programmation. Les subventions sont gelées et le Château de Castries — une propriété louée à l'Académie française en banlieue de Montpellier où le CRL organise ses rencontres — est fermé au public, empêchant par exemple la tenue prévue en juillet prochain des rencontres de psychanalyse et philosophie. Ceci, selon l'équipe administrative au pouvoir, pour des raisons de gestion budgétaire et de remise à plat des aides attribuées aux services régionaux, en attendant les résultats d'un audit prévus pour fin août. Cette fermeture brutale ainsi que les propos de Georges Frêche parlant de la "déviance morale" du CRL qui travaillait avec l'UMP Jacques Blanc (élu en 1998 avec les voix du Front National), ajoutant que la région n'a pas à subventionner des maisons d'édition privées ou du tourisme culturel à l'étranger, ont provoqué le tollé de l'ensemble des acteurs du livre en Languedoc Roussillon et au-delà. Plus de 1.300 intellectuels, écrivains, hommes de théâtre, éditeurs, auteurs, libraires et personnalités politiques diverses de droite et de gauche, ont d'ores et déjà signé une pétition lancée par les éditions Climats, Verdier et Presses du Languedoc pour protester contre cette décision. Parmi les signataires on note la présence de Philippe Sollers, Jacques Derrida, Jorge Semprun, Marie Darrieussecq, Didier Daeninckx, Daniel Pennac, Pierre Dumayet, Paul Otchakovsky-Laurens, Noëlle Chatelet, Benjamin Stora, Philippe Caubère, Marie Darrieussecq, François Bon, Jacques Julliard, Elisabeth Roudinesco, François Maspero, Daniel Pennac,... . Le Syndicat National de la Librairie Française est lui aussi très inquiet de la politique du livre menée par les nouveaux responsables à la tête de la région. Sous la houlette de Georges Frêche, dans le cadre d'un soutien normal à la gratuité des livres scolaires, ceux-ci viennent en effet d'opter pour une subvention directe d'achat des lycées, court-circuitant ainsi le réseau des librairies locales pour qui ces achats représentent une part de chiffre d'affaires non négligeable. Si cette politique culturelle régionale de la table rase devait se confirmer et se propager, c'est sans doute toute une partie de la vitalité et du rayonnement de la vie intellectuelle et littéraire française qui en pâtirait.