Rupert Murdoch
Rupert Murdoch

Keith Rupert Murdoch voit le jour le 11 mars 1931 à Melbourne (Australie). Ses parents — Sir Arthur Keith Murdoch, fils de pasteur écossais, directeur de plusieurs journaux, influent conseiller du gouvernement australien, et lady Elisabeth Joy Greene, petite-fille d'un ingénieur des chemins de fer juif irlandais ayant fait fortune en Australie — font partie de la meilleure société de Melbourne. Rupert a trois soeurs: Helen, Anne et Janet. Il est mis en pension au très select Grammar School de Geelong (Etat de Victoria), d'où il sort avec un bac ès arts / sciences. Au début des années '50 il est envoyé faire ses études à l'université d'Oxford (Royaume-Uni) où il suit le programme PPE (Philosophie, Politique, Économie) et décroche un Master of Arts. Son père, qui souhaite le voir faire carrière dans le journalisme, lui trouve un stage dans un quotidien de Londres, le Daily Express.

De retour en Australie en 1953, Rupert Murdoch hérite à 21 ans de l'Adelaïde News, un petit quotidien régional fondé par son père qui vient de mourir. Il fait rapidement passer le tirage de 75.000 à 300.000 exemplaires en s'inspirant des méthodes de certains journaux anglais bas de gamme comme le Daily Mail et le Daily Mirror, qui suivent eux-mêmes les principes édictés au début du XXe siècle par un certain Alfred Harmsworth (lord Northcliffe), à savoir donner aux masses populaires ce qu'elles veulent: du "sensationnel".

L'Adelaïde News est le premier titre de son futur groupe de presse. Redoutable affairiste dont l'ambition n'a d'égal que le manque de scrupules, activement soutenu par la Commonwealth Bank de Sydney et quelques politiciens locaux, Rupert Murdoch rachète un à un une vingtaine de journaux, dont le très respecté quotidien national The Australian. En une décennie, le jeune patron du groupe "News Corporation" parvient à s'assurer une position dominante dans la presse australienne.

Fort de ses premiers succès, il répète sa méthode au Royaume-Uni à partir de la fin des années '60. Il rachète en 1968 le News of the World, qui s'offre à lui pour éviter d'être repris par un autre tycoon des médias, Robert Maxwell. L'année suivante, il s'empare du quotidien The Sun, fleuron de la presse populaire anglaise. Plusieurs titres au bord de la faillite passent dans son escarcelle. Il les transforme en vulgaires mais rentables tabloïds à coups de titres chocs, de faits-divers exploités en scandales, d'actualités sportives ou people et de photos de filles nues.

Au milieu des années 70, Rupert Murdoch commence à étendre son groupe de presse aux Etats-Unis. Il rachète là encore de nombreux journaux, dont des titres populaires à grand tirage comme le Star ou le New York Post. Il y lance également avec succès un tabloïd diffusé dans les supermarchés, le National Star.

News Corp. s'attaque bientôt à de grandes entreprises, y compris en dehors du secteur des médias. Il acquiert entre autres plusieurs stations de télévision en Australie et 50% du capital de Ansett, à l'époque principale compagnie aérienne du pays.

En 1981, alors que Rupert Murdoch contrôle déjà une soixantaine de journaux dans le monde, il suscite l'émoi de l'establishment britannique en accrochant à son tableau de chasse le prestigieux quotidien The Times, qu'il n'osera toutefois pas transformer en feuille à scandales.

Dans les années '80 et '90, il rachète un chaîne anglaise de télévison par satellite pour former ce qui deviendra le bouquet Sky TV, futur réseau de télévision par satellite BSkyB (British Sky Broadcasting, 10 millions d'abonnés en Grande Bretagne et en Irlande). Aux Etats-Unis, après être devenu citoyen américain et avoir racheté en 1985 la célèbre Twentieth Century Fox (distributeur aussi de la Metro-Goldwin-Mayer et de United Artists), il lance ce qui deviendra l'un des plus grands réseau américain de télévision, la Fox Broadcasting (Fox Entertainment Group), rivale de la CNN de Ted Turner, qui comprend notamment la chaîne d'info continue Fox News fondée avec Roger Ailes (ex-conseiller de Richard Nixon). Il rachète aussi en Australie les deux grands journaux australiens que son père dirigeait, le Herald et le Weekly Times. Il s'implante ensuite en Asie en lançant le réseau satellitaire Star TV et en reprenant le South Morning Post, principal quotidien de Hong Kong.

Les acquisitions et les fusions se succèdent tout au long des années 2000-2010. Aujourd'hui, News Corp., dont le siège social a quitté en 2004 Melbourne pour New York, forme un immense empire médiatique regroupant 800 sociétés dans une cinquantaine de pays. C'est le cinquième groupe de communication mondial avec un chiffre d'affaires de plus de 30 milliards de dollars. Rupert Murdoch contrôle de près ou de loin quelque 180 magazines et journaux (dont le Times et le Wall Street Journal, racheté 5,6 milliards de dollars en 2007 avec la Dow Jones Company), des dizaines de radios et de chaînes de télévision (Fox News), des maisons d'édition de livres (HarperCollins) et de musique (Mushroom Records), des sites internet (MySpace), des clubs sportifs (les Los Angeles Dodgers, la National Rugby League), des studios de cinéma (20th Century Fox), ainsi que de puissants réseaux de distribution et autres bouquets hertziens (DirecTV) associés à toutes ces entreprises.

Depuis quelques mois, "Citizen Murdoch" semble s'intéresser de près à l'internet et aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Très hostile aux agrégateurs gratuits type Google News, et après la mise en place d'un système de péage payant intégral pour la version en ligne de ses grands titres de presse comme le Wall Street Journal et le Times (ce qui leur a fait perdre près de 90% de leur audience sur internet), il s'est lancé aux Etats-Unis dans l'édition d'un nouveau quotidien national payant, The Daily, décliné uniquement en version numérique digitale et distribué exclusivement sur l'iPad, la tablette tactile d'Apple.

Économiquement, ce gigantesque conglomérat où la presse de caniveau cohabite avec la presse de référence est toutefois très endetté. L'homme d'affaires a beaucoup emprunté auprès des banques pour acheter ses titres de presse et News Corp a enregistré en 2008 quelque 3,4 milliards de dollars de perte. Confronté à la baisse de diffusion de ses journaux et à une sérieuse chute de ses recettes publicitaires, il pourrait bien être obligé de se délester d'une partie du groupe, comme il avait déjà dû le faire en 1991 après avoir amassé d'énormes dettes.

Sur le plan politique, Rupert Murdoch est connu pour ses opinions à droite de la droite réactionnaire, ultralibérale, néoconservatrice et pro-israélienne. Ses modèles en la matière sont Ronald Reagan, Margaret Thatcher et George W. Bush, pour lesquels il n'a pas hésité à faire rouler son puissant empire médiatique. Margaret Thatcher a ainsi bénéficié d'un soutien inconditionnel de News of the world (l'un des journaux les plus lu dans le monde anglophone avec un tirage de 2,8 millions d'exemplaires et environ 8 millions de lecteurs) et du Sun (10 millions de lecteurs) tout au long de ses onze années passées au 10 Downing street, même si le travailliste Tony Blair a ensuite bénéficié du même service pour se faire élire. George W. Bush et les néocons de la Maison blanche ont eux aussi reçu le soutien plein et entier de Rupert Murdoch, notamment lors de la guerre contre l'Irak, via la très belliciste chaîne de télé Fox News et l'ensemble des médias anglo-saxons de News Corp (un excellent film documentaire de Robert Greenwald, Outfoxed: Rupert Murdoch's War on Journalism, est consacré à ce sujet). Proche de l'extrême-droite israélienne et des organisations juives militantes, ce cynique protestant évangélique a également toujours imposé à ses journalistes une ligne éditoriale hostile à la cause palestinienne, allant même jusqu'à produire des films de propagande pro-israélienne par ses sociétés hollywoodiennes. Tous ces responsables politiques lui ont largement renvoyé l'ascenseur pour mener à bien ses affaires, comme par exemple en 1986 à Londres, lorsque ses journaux quittent le quartier de Fleet Street en licenciant brutalement 5.000 grévistes emmenés par le syndicat des imprimeurs.

En juillet 2011, un scandale éclate au Royaume-Uni à la suite de révélations concernant des écoutes illégales menées par les journalistes de News of The World. Le tabloïd est accusé d'avoir piraté depuis 2005 les messageries de milliers de célébrités, de Hugh Grant au prince William, mais également celles d'une écolière assassinée et de proches de soldats tués en Irak. Il aurait de plus rémunéré des policiers en échange d'informations confidentielles. Des journalistes sont interpellées, dont notamment son ancien rédacteur en chef, Andy Coulson, qui doit quitter ses fonctions de directeur de la communication du Premier ministre David Cameron. L'affaire se politise et devient si délicate que le fils de Rupert Murdoch, James, président de News International, décide de fermer purement et simplement le journal à sensation, après 168 ans de scoops sulfureux. Le 15 juillet, le magnat de la presse, de plus en plus décrié, publie en outre des excuses publiques dans la presse britannique sous le titre "We are sorry". La semaine suivante, il est auditionné au Parlement avec son fils James et Rebekah Brookes, ex-directrice du groupe, afin de s'expliquer sur ce scandale des écoutes téléphoniques.

Côté vie privé, Rupert Murdoch a connu deux divorces et trois mariages. Il est le père de six enfants dont l'un, James Murdoch, a commencé à prendre en main les rênes de News Corp. Le viel homme vit actuellement dans un somptueux appartement de New York avec sa dernière épouse, Wendy Deng, une Chinoise de 40 ans sa cadette.

Avec une fortune personnelle estimée à 9 milliards de dollars, le magnat australo-américain est depuis plusieurs années régulièrement classé parmi les cent hommes les plus riches et les plus puissants de la planète.