Rentrée littéraire
Rentrée littéraire

Le phénomène est bien connu : plus le marché du livre est morose plus les maisons d'édition publient de livres. C'est encore le constat que l'on peut faire en ce début d'année 2006 où plus de 600 nouveaux titres viennent chasser des librairies l'à peu près même quantité de livres sortis le trimestre dernier. Vite publiés, vite jetés.

552 romans et 54 essais littéraires sortent entre janvier et février 2006. Parmi eux 365 romans français — dont 77 premiers romans — et 187 romans étrangers traduits, soit une augmentation globale de 7% par rapport à la même période de 2005, et surtout de 40% de premiers romans en plus. Ce sont ces derniers semblent-il qui pèsent le plus fortement sur la balance éditoriale de cette rentrée d'hiver. Sans doute avaient-ils été mis en réserve par les éditeurs qui n'ont pas voulu les envoyer au casse-pipe lors de la rentrée littéraire d'automne, traditionnellement consacrée aux auteurs reconnus susceptibles de remporter les grands prix littéraires.

23 romans français sont annoncés chez Gallimard, 16 chez Fayard, 12 au Seuil, 11 chez Grasset, 10 chez Flammarion, 10 chez Albin Michel, 7 chez Stock. Il faut compter également avec les nombreuses nouvelles maisons d'édition créées l'année dernière, dont la production arrive désormais à vitesse de croisière sur le marché : 2 ou trois romans chacune pour les éditions Panama, Naïve, Héloïse d'Ormesson, Galaade, Ubu, L'Arganier, etc. A noter aussi que le prochain Salon du livre étant consacré à la Francophonie, la publication d'auteurs français et francophones s'en trouve intensifiée pour être mise en avant à ce moment-là. C'est le cas notamment pour les auteurs québécois (Neil Bissoondath, Louis Hamelin, Yves Beauchemin,...) et ceux venus de l'espace africain de langue française (Tahar ben Jelloun, Elisabeth Tchoungui, Hubert Haddad, Hélé Béji, Alain Mabanckou, Abdourahman Waberi,...).

Les auteurs poids lourds, dont bon nombre sont déjà bardés de prix et récompenses littéraires diverses (entre autres 6 anciens Prix Goncourt), ne restent pas non plus absents de cette rentrée d'hiver avec de gros tirages et quelques best-sellers en perspective: Tahar ben Jelloun, Jean Rouaud, Patrick Grainville, Christian Jacq, Antoine Volodine, Catherine Hermary-Vieille, Pascal Sevran, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Catherine Clément, Max Gallo, Jeanne Champion, Marie Darrieussecq, Jean Echenoz, Jean-Paul Dubois, Jack-Alain Léger, Eduardo Manet, Françoise Dorin, Dominique Fernandez, Yann Queffélec, Gérard de Cortanze, Philippe Delerm, Christophe Bourseiller, Yves Simon, Henri Troyat, Bernard du Boucheron, Jean-Noël Pancrazi, et bien d'autres arrivent en grosses piles sur les tables des librairies et envahissent déjà plateaux de télévision et colonnes littéraires des gazettes. Ces dernières étant d'ailleurs souvent tenues par nombre d'auteurs journalistes et/ou éditeurs dont les livres sont également mis en vente en ce début d'année : Jérôme Garcin, Jean-Marie Rouard, Philippe Sollers, Pascal Quignard, Jean-Paul Enthoven, Elisabeth Tchoungui, Agnès Michaux, Pierre Drachline, Alain Rémond, Hervé Bentégat, Pascale Gautier, Claude Casteran, Mathieu Lindon,... Dans certains cas l'on verra même les livres de certains auteurs côtoyer ceux de leur éditeur qui pourra en même temps en rendre compte dans ses émissions ou chroniques littéraires. Le monde est petit.

Côté littérature étrangère, les rayons s'empliront auusi de livres à succès — souvent des thrillers écrits pour le cinéma — traduits de l'anglais et de l'américain: de Dan Brown (l'incontournable auteur du Da Vinci Code qui sort parallèlement dans les salles de cinéma) à Julian Barnes en passant par A.S. Byatt, Douglas Coupland, Jonathan Coe, Michael Crichton, Ed McBain, Nick Tosches, Richard Powers ou Melissa Bank entre autres. Cette littérature anglo-saxonne sera accompagnée de quelques écrivains moins internationaux mais déjà plus ou moins reconnus sur le vieux continent : les italiens Alessandro Baricco et Alessandro Piperno, le russe Victor Pelevine, l'espagnol Carlos Ruiz Zafon, le hongrois Imre Kertesz (Prix Nobel de littérature 2002), les allemands Patrick Süskind et Tilman Rammstedt, sans oublier ceux venus d'un nouveau Japon littéraire très actif comme Haruki Murakami ou Kyoichi Katayama.

Et si le lecteur souhaite ajouter quelque nourriture bien terrestre à ces produits littéraires de saison, il pourra se rendre aux café-restaurant Les Éditeurs situé Carrefour de l'Odéon à Paris, lieu de rencontre du petit monde germanopratin de l'édition, pour y déguster les plats de Johann Caillot, le cuisinier du lieu. Ses recettes (aubergine rôtie au bruccio de brebis, figues pochées au vin corsé, gaspacho andalou,...) ont été regroupées dans un beau livre de cuisine intitulé La Cuisine des éditeurs publié aux éditions Acanthe. Chaque recette y est bien évidemment commentée par un éditeur.