Xavier Niel
Xavier Niel

Xavier Niel est né le 25 août 1967 à Créteil (94). Son père est juriste, sa mère comptable. Fan d'informatique, il reçoit à quatorze ans un micro-ordinateur en cadeau d'anniversaire.

Bac C en poche, Xavier Niel entame en 1984 une préparation à Math SUP mais abandonne ses études avant même la fin de l'année. Il se lance dans le business du charme, édite un bulletin de rencontres et des services de messagerie érotique sur minitel. Pirate informatique avant l'heure, il cherche à gagner de l'argent par tous les moyens. Outre l'exploitation des juteux "3615 SEXE" du minitel rose, il ouvre des bases de données en tous genres, parfois simplement copié-collées sur celles des concurrents ou soutirées illégalement à des entreprises du service public comme l'annuaire inversé de France Telecom ("3617 ANNU").

Il est repéré par la police après avoir réussi à identifier les numéros de téléphonie mobile utilisés par l'entourage de François Mitterrand, à l'époque président de la République. Selon la légende, le jeune hacker aurait alors collaboré avec la DST pour détecter les failles du réseau.

Xavier Niel s'associe bientôt à un certain Fernand Develter — rencontré dans un café de la rue Saint-Denis bien connu des amateurs de sex-shops — fondé de pouvoir à la Société générale, avec qui il investit dans un réseau de peep-shows ses petites économies issues du Minitel rose.

En 1988, il se porte candidat au rachat du Palace, une célèbre boîte de nuit parisienne vendue aux enchères, mais la chanteuse Régine, ex-gérante du lieu, fait capoter son projet en dénonçant son passé de "pornographe".

En 1991, Xavier Niel a gagné assez d'argent pour racheter Fermic Multimédia, une société spécialisée dans la gestion de serveurs pour le Minitel rose. C'est le début de la fortune pour le jeune entrepreneur ambitieux. Rebaptisée Iliad, l'entreprise se diversifie au long des années '90, fournissant divers services en ligne: météo, informations boursières, annuaire du registre du commerce, etc.

En 1994, il entre au capital de Worldnet, successeur d'une société de sécurité informatique, qui deviend l'un des premiers fournisseurs français d'accès grand public à Internet (L'entreprise sera revendue une coquette somme en 2000 à l'opérateur de télécoms Kaptech du Groupe LDCom, futur Neuf Telecom, futur Cegetel, futur SFR).

Parallèlement, il entre au conseil d'administration de l'association Réseau Voltaire pour la liberté d'expression, co-fondée par Thierry Meyssan.

En 1999, Iliad devient l'un des rares grands bénéficiaires de la libéralisation du marché des télécoms en décrochant la précieuse licence d'opérateur de télécommunications, jusqu'ici réservée à France Télécom. Free est lancé en avril de la même année. En 2000, Fernand Develter cède ses actions d'Iliad. La banque Goldman Sachs investit 15 millions d'euros dans la société.

Le nouveau Fournisseur d'accès internet déploie dès lors un marketing très agressif. Ses diverses offres low cost (Freebox, internet haut-débit, télévision sur ADSL, Triple play, cartes de téléphonie Kertel, etc) attaquent de front la concurrence, notamment France Telecom, leader du secteur. Une petite communauté de "Freenautes" propagandistes, qu'il contrôle directement, érige Xavier Niel en Robin des Bois de la Net-Économie tandis que des médias plus que complaisante soutiennent activement le groupe. Sur cette question de la presse servile, Alain Weill, président de NextRadioTV et administrateur d'Iliad, ne cache pas qu'il y a renvoi d'ascenseur: "Free est né grâce à la presse", déclare-t-il, ajoutant "Ses investissements dans les médias sont un renvoi d'ascenseur. Généreux, il cherche à être utile" (L'Express du 24.09.2010).

La réalité des services vendus par la firme de Xavier Niel, notamment en matière de hotline payante et de dégroupement, est toutefois beaucoup moins rose que celle vantée par la presse et ses aficionados. Les abus de Free seront régulièrement dénoncés par les organisations de consommateurs et le FAI est condamné à de nombreuses reprises par la Justice, notamment pour ses pratiques commerciales illicites, les clauses abusives de son contrat et sa publicité mensongère.

En mai 2004, alors que Iliad prépare son entrée en Bourse, Xavier Niel est mis en examen pour proxénétisme et recel d'abus de biens sociaux. Il est accusé d'avoir touché de l'argent provenant de prostituées employées par son ancienne société de sex-shops. Tracfin, l'organisme chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent, le soupçonne aussi de blanchir de l'argent sale. Placé en détention préventive, il passe un mois à la prison de la Santé. Un non-lieu "au bénéfice du doute" sera prononcé l'année suivante dans l'affaire de proxénétisme. En revanche, les faits sont avérés pour une somme de 200.000 euros dans l'affaire d'abus de biens sociaux. Il plaide coupable — des négligences et des bénéfices perçus en liquide, dit-il — devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris qui le condamne en octobre 2006 à une peine de deux ans de prison avec sursis et une amende de 250.000 euros.

Xavier Niel quitte son poste de PDG d'Iliad, remplacé par Cyril Poidatz. Actionnaire majoritaire du groupe à hauteur de 65% du capital, il reste Vice-président du conseil d'administration et Directeur de la stratégie. En 2005, son groupe affiche une capitalisation boursière de 2,3 milliards d'euros.

En 2006, le "Prix de l'Entrepreneur de l'année en Ile-de-France" lui est décerné par le magazine L'Entreprise. L'année suivante, le magazine Challenges le propulse sans rire dans sa liste des "100 plus grands hommes qui font le monde".

Ses deux principaux acolytes à la tête d'Iliad-Free — Olivier Rosenfeld, directeur financier, et Michaël Boukobza, directeur général — démissionnent successivement en 2007 et 2008. L'ancien banquier Thomas Reynaud et l'ancien directeur du développement de TF1 Maxime Lombardini les remplacent. À la suite du rachat d'Alice ADSL à Telecom Italia (954.000 abonnés pour 775 millions d'euros), Free dépasse le quart de parts de marché de l'accès internet en France. L'entreprise devient numéro deux du secteur derrière Orange.

En 2008 encore, Xavier Niel publie en collaboration avec son ami et compère Dominique Roux un Que sais-je ? intitulé Les 100 mots de l'Internet (Éditions PUF). Il part également en croisade contre le projet de loi Création et Internet, futur Hadopi, destiné à lutter contre le piratage en ligne.

La même année enfin, il se trouve impliqué dans l'affaire Vittorio de Filippis, ex-PDG du journal Libération, arrêté, menotté et embarqué sans ménagement par la police à la suite d'une cinquième plainte en diffamation de Xavier Niel contre le quotidien. Il ne gagnera aucun de ses procès, mais il refusera tout net par la suite d'entrer dans le capital de Libération lorsqu'il sera sollicité par le journal en grande difficulté financière.

À l'époque, il commence à multiplier les projets de développement pour son groupe: déploiement d'un réseau de fibre optique (2 milliards d'euros d'investissement promis), d'un réseau de téléphonie mobile (pour lequel il arrachera au gouvernement, en décembre 2009, la quatrième licence 3G à un tarif préférentiel par rapport à ses concurrents Bouygues, SFR et Orange) et jeux d'argent en ligne (un futur marché juteux libéralisé par le gouvernement Fillon / Sarkozy avec la fin du monopole sur les paris du PMU et de la Française des jeux).

En 2009, BFM lui décerne le prix du "Manager de l'année", qu'il reçoit en présence de Laurence Parisot, présidente du Medef. Il fête les dix ans de Free en invitant 10.000 personnes au Palais omnisports de Paris-Bercy pour une grande "Free Rock Party". En février 2010, jamais en reste lorsqu'il s'agit de dénigrer France Télécom, l'ancien taulard traite publiquement Orange de "délinquant multirécidiviste", s'attirant en retour une plainte pour diffamation. Nonobstant, les affaires étant les affaires, il devra passer sous les fourches caudines de l'opérateur historique en signant un an plus tard un accord permettant à Free d'utiliser les infrastructures de France Telecom pour prétendre à une couverture nationale de téléphone mobile en France.

Dernier en date de ses "bons coups", le rachat par recapitalisation, en association avec Pierre Bergé (ex-patron d'Yves Saint-Laurent) et Matthieu Pigasse (banquier d'affaires directeur de Lazard France), du journal Le Monde, au bord de la faillite. Cela malgré, ou peut-être à cause de, l'opposition de principe de Nicolas Sarkozy et avec la bénédiction de la Société des Rédacteurs de l'ancien quotidien de référence de la presse nationale.

Âgé de 44 ans, l'autodidacte timide un tantinet paranoïaque et assoiffé de reconnaissance sociale, devenu petit patron du Net, de la presse et des télécoms français, savoure désormais sa réussite économique malgré son mois de prison, ses casseroles judiciaires, ses relations douteuses et ses méthodes d'affairiste cynique et procédurier. Selon le classement 2010 du magazine Challenges, Xavier Niel est le 18e homme le plus riche de France, avec une fortune estimée à 2,34 milliards d'euros.

Grand amateur d'entreprises de presse, il s'est offert en co-propriété un jouet inespéré (le Monde) après avoir contrôlé La Tribune (via la holding d'Alain Weill, News Participations) et raté de peu Le Parisien. De la même façon, il s'est offert le catalogue de chansons de Claude François, un hôtel particulier du XVIe arrondissement (la prestigieuse Villa Montmorency) ou encore le golf du Lys près de Chantilly. Via son fonds d'investissement Kima Ventures créé avec Jeremie Berrebi, il possède en outre des actions dans plusieurs dizaines de sociétés high-tech dont entre autres le site musical Deezer, les sart-ups Ateme, Storific, Captalis, Prêt d'Union, FreshPlanet, Status.net et Paper.li, ou encore de nombreux journaux d'information en ligne à la recherche d'un "business angel" (Bakchich, Terra Eco, Causeur, Owni, Electron libre, Vendredi, Mediapart, etc).

Comme tout nouveau riche qui se respecte, Xavier Niel est aussi désormais "mécène": il a créé en 2006 une "Fondation Free" destinée à fournir des accès internet gratuits aux Français victimes de la fracture numérique.