José Saramago
José Saramago

José de Sousa Saramago est né le 16 novembre 1922 à dans le petit village d'Azinhaga, près de Lisbonne (Portugal). Issu d'une famille de paysans sans terre d'origine berbère, il est contraint d'abandonner ses études secondaires pour des raisons financières. Il intègre une école professionnelle où il apprend le métier de mécanicien-serrurier, tout en continuant toutefois d'étudier en autodidacte la langue et la littérature française.

Installé à Lisbonne, José Saramago exerce son métier dans les hôpitaux de la ville pendant trois ans avant d'accèder à divers postes dans l'administration publique. En 1944, il épouse Ilda Reis, qui lui donnera une fille, Violante. Son emploi de fonctionnaire lui laisse le temps d'écrire un premier roman, Terra do pecado (Terre du péché), publié sans aucun succès en 1947. Dans les années '60, il commence à travailler dans des maisons d'édition, puis dans des revues et journaux, notamment en tant que chroniqueur et rédacteur en chef adjoint au quotidien lisboète Diario de Noticias. Il collabore à la revue Seara Nova et publie en 1966 un recueil de poésies, Os poemas possiveis (Les Poèmes possibles).

En 1969, José Saramago adhère au Parti Communiste, à l'époque interdit par le dictateur Antonio Salazar. Il publie des essais politiques (Deste Mundo e do Outro, en 1971, A Bagagem do Viajante, en 1973) et participe activement à la Révolution des Oeillets qui met fin en 1974 au régime salazariste. À la suite des événements politiques de novembre 1975, il doit quitter son emploi à Diario de Noticias. "Bienheureux licenciement. Il m'a permis de me consacrer totalement à ce que j'aime le plus: écrire", dira-t-il plus tard. Son second roman, O ano de 1993 (L'année 1993), est publié la même année. Le public découvre son style déstructuré, composé de longues phrases rythmées par de nombreuses virgules, et entrecoupé d'incises et de digressions adressées directement au lecteur.

De 1975 à 1980, José Saramago gagne sa vie comme traducteur. En 1977, il publie Manual de pintura e caligrafia (Manuel de peinture et de calligraphie) qui contient en germe quelques-uns de ses grands thèmes: engagement de l'artiste, crise morale, interrogation sur Dieu et surtout, le Portugal, qui occupe une place centrale dans son univers romanesque. L'année suivante, il publie un recueil de contes, Objecto quase (Quasi objets). En 1979, il consacre une pièce de théâtre, A noite (La Nuit), à la Révolution des Oeillets. En 1980, il publie un grand roman social, Levantado do chao, consacré à la révolte des petites gens de la région de l'Alentejo (est du Portugal) et couronné du Prix de la ville de Lisbonne. Il publie également plusieurs poèmes, chroniques et nouvelles dans des revues ou des journaux.

C'est en 1982, avec Memorial do convento (Le Dieu manchot) que José saramago atteint, à 60 ans, une renommée internationale. Fable baroque et anachronique, roman d'amour blasphématoire et humoristique dont l'histoire se déroule dans le Portugal du XVIIIe siècle, Le Dieu manchot obtient le prix du Pen club du Portugal et devient son premier livre traduit en français.

L'écrivain portugais — le seul qui réussira à vivre de ses droits d'auteur — s'impose tardivement, mais en quelques années, comme un auteur majeur, grâce à deux autres grands romans polyphoniques revisitant l'histoire du Portugal et de l'Europe avec une ironie subtile, proche du ricanement voltairien. O ano da morte de Ricardo Reis (L'Année de la mort de Ricardo Reis, 1984) est un voyage dans le Portugal des années '30 à travers la vie de l'un des hétéronymes de Fernando Pessoa. A jangada de pedra (Le Radeau de pierre, 1986) imagine lui la péninsule ibérique détachée de l'Europe et voguant entre Afrique et Amérique.

Ils seront suivis d'un roman historique, Historia do cerco de Lisboa (Histoire du siège de Lisbonne, 1989), puis de O Evangelho segundo Jesus Cristo (L'Evangile selon Jésus-Christ, 1991), roman iconoclaste où il dépeint un Christ utilisé par Dieu pour étendre sa domination sur le monde et perdant sa virginité avec Marie-Madeleine. Le livre provoque un tollé dans le très catholique Portugal. L'écrivain est fustigé par L'Osservatore Romano (organe de presse officiel du Vatican), qui juge sa "vision substantiellement antireligieuse". Le gouvernement portugais l'accuse de "porter atteinte au patrimoine religieux des Portugais" et décide de le rayer de la liste des candidats au Prix européen de littérature.

En colère, José Saramago, qui se décrit lui-même comme un pessimiste "incroyant mais pas athée", quitte alors définitivement le Portugal pour s'installer à Lanzarote, une île de l'archipel espagnol des Canaries. Il y vit avec la journaliste Pilar del Rio, épousée en secondes noces en 1988. En 1995, il publie Ensaio sobre a cegueira (L'Aveuglement, 1995), une métaphore sur la cécité contagieuse d'une société dominée par l'absurde. Le Prix Camoes, plus important prix littéraire du Portugal, lui est décerné la même année. Todos os nomes (Tous les noms), publié en 1997, parle d'un petit fonctionnaire, employé à un service de l'état-civil aux dimensions quasi-métaphysiques, qui cherche obsessionnellement la trace d'une inconnue.

En 1998, l'oeuvre puissament imaginative de José Saramago, désormais forte d'une trentaine de titres traduits dans le monde entier, est couronnée par le Prix Nobel de littérature. Dans ses attendus, l'Académie suédoise explique que "l'art romanesque de Saramago, développé avec obstination et présentant des profondeurs insoupçonnées, place l'écrivain à un rang élevé. Son oeuvre se présente comme une série de projets, où l'un désavoue plus ou moins l'autre, mais où tous constituent de nouvelles tentatives pour cerner une réalité fuyante".

Devenu une conscience morale, José Saramago ne cache pas son engagement politique à gauche. Communiste libertaire, anti-impérialiste, anti-sioniste, ardent défenseur des déshérités et des opprimés, militant actif du mouvement altermondialiste — il est l'un des premiers signataires du Manifeste de Porto Alegre --, il n'hésite pas prendre des positions dérangeantes et même à se porter candidat aux élections européennes en 2009 sur la liste du Parti Communiste portugais.

Sur le blog qu'il tient sur internet depuis 1998, il fustige régulièrement les religions, le capitalisme, ou encore une Europe dont il déplore les dérives ultra-libérales. Il critique violemment les politiques réactionnaires "criminelles" menées par des dirigeants comme entre autres George W. Bush, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy, José Manuel Barroso ou encore Ariel Sharon. Militant pro-palestinien, membre depuis 2009 du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, il dénonce également depuis toujours l'occupation israélienne de la Palestine, qu'il compare en 2004 au camp de concentration nazi d'Auschwitz, ce qui lui vaut d'être accusé d'antisémitisme et de voir son oeuvre boycottée en Israël.

Parmi les derniers livres publiés de José Saramago, citons entre autres A caverna (La Caverne, 2000), O homem duplicado, (L'Autre comme moi, 2002), Ensaio sobre a lucidez (La Lucidité, 2004), As intermitencias da morte (Les Intermittences de la mort, 2005), A Viagem do Elefante (Le Voyage de l'éléphant, 2008) et Caïn (2009), son dernier ouvrage où il juge que la Bible est un "manuel d'immoralités". O Caderno (Le Cahier, 2009), préfacé par Umberto Eco, est un recueil des principaux textes écrits au jour le jour sur son blog. La quasi-totalité de son oeuvre romanesque est traduite en français aux éditions du Seuil.

Très affaibli par la maladie, José Saramago s'est éteint le 18 juin 2010, à l'âge de 87 ans, à son domicile de Lanzarote. Sa dépouille a été rapatriée au Portugal, où un deuil national de deux jours a été décrété en hommage à l'unique portugais Prix Nobel de littérature.