Clemenceau / Briand / Jaurès
Clemenceau / Briand / Jaurès

Le grand public est sensible aux aspects anecdotiques de l'histoire. Il fait ses délices des amours célèbres, des histoires d'espionnage, du Masque de fer et de Mata Hari. Il aime l'intrigue policière avec Fouché, diplomatique avec Talleyrand. S'il retient généralement les noms des orateurs qui ont marqué la politique française, il reste évasif à en rappeler le rôle et l'influence à travers la carrière et l'action. Aussi la collection Tribuns, initiée par la Documentation française et l'Assemblée nationale, prétend-elle restaurer l'histoire globale en s'attachant à des parlementaires de grand format.

L'originalité de ces biographies est de faire appel à des historiens de métier ou à des universitaires qui acceptent de faire oeuvre de vulgarisation. Les récits sont vivants, les citations édifiantes, l'illustration sélectionnée, l'argumentaire pédagogique, les enseignements féconds: les auteurs s'efforcent d'atteindre, derrière les facettes politique et privée de leurs modèles, les réalités profondes, économiques et sociales, de l'époque dont chacun d'entre eux a été un acteur essentiel.

Pointilliste et chaleureux dans le portrait de Georges Clemenceau (1841-1929), Samuël Tomei, diplômé des instituts d'études politiques (Iep) de Grenoble et de Paris, révèle un "Père la Victoire" moins attendu dans la vêture du médecin compatissant et du polémiste sarcastique. Peu savent en effet que le "Tigre" fonda un journal, L'Homme enchaîné, dont s'inspirèrent les fondateurs de l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné.

Chargé de cours à l'université de Nice et à l'Iep d'Aix-en-Provence, Christophe Bellon incite à ranger le rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l'État Aristide Briand (1862-1932) parmi les précurseurs de l'Union européenne. Ce fils de cabaretier nantais lia, lui aussi, militance politique et journalisme (il pigea à La Lanterne d'Eugène Mayer sous le pseudonyme de Volta); Prix Nobel de la paix en 1926, il appela Alexis Léger, connu en littérature sous le nom de Saint-John Perse, à diriger son cabinet au Quai d'Orsay durant les sept dernières années de sa vie.

Racontant "Jaurès l'humaniste", Paul Marcus, ancien maître de conférences à l'Iep de Paris, entend restituer tout à la fois le philosophe, le critique littéraire et le député martyr auquel Jules Guesde avoua: "Je vous aime, parce que chez vous l'acte suit toujours la parole". Un peu hâtivement sans doute, la postérité a statufié Jean Jaurès, le père du socialisme humaniste français (1859-1914), en un saint laïc seulement converti à la défense du capitaine Dreyfus et à l'illustration de la Révolution française.

Victor Hugo et Edgar Faure sont annoncés à la tribune de la collection qui se place déjà, à peine née, au niveau des classiques du genre.

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• Samuël Tomei, Clemenceau le combattant • Paul Marcus, Jaurès l'humaniste • Christophe Bellon, Briand l'Européen, (Éditions Assemblée nationale / la Documentation française, 2009-2010).