José Saramago
José Saramago

José Saramago, 87 ans, prix Nobel de littérature en 1998, vit reclus sur l'île de Lanzarote, aux Canaries (Espagne), comme pour mieux préserver sa liberté de ton. L'auteur du Voyage de l'éléphant, connu pour ses critiques des religions, du capitalisme et d'Israël, ne mâche pas ses mots dans son dernier livre, Le Cahier, un recueil de textes écrits sur son blog et préfacé par Umberto Eco. Il relativise aussi la portée du blog, forme de communication contemporaine souvent considérée comme novatrice, mais qui reste pour lui une simple expérience.

Votre pessimisme ne pousse-t-il pas à la résignation ?

José Saramago: Je suis un pessimiste radical, mais le sentiment qui prédomine en moi n'est pas la résignation, mais l'indignation. Et je n'ai jamais eu la présomption de croire que le monde devrait suivre mes conseils. Je ne suis qu'une voix parmi d'autres. Le paradoxe de la vie actuelle réside dans la contradiction entre la variété des moyens de communication et la vacuité de l'écrasante majorité des messages. L'apathie citoyenne qui en découle est un poison. La prudence intériorisée est un autre venin.

Que pensez-vous des affaires qui secouent les religions en Europe, vous qui êtes athée ?

José Saramago: Le christianisme agonise entre les mains de ses évêques, et l'Europe, si le pronostic de Umberto Eco se vérifie, sera islamique dans cinquante ans. Le débat sur la laïcité de l'Etat n'aura alors plus de sens, une religion se substituant à une autre. Il pourrait y avoir une opportunité pour l'athéisme si celui-ci était capable de se libérer des stigmates d'une semi-clandestinité assumée comme seule condition de survie.

Alors que les blogs explosent, quel regard portez-vous sur ce mode d'expression ?

José Saramago: Je suis un auteur, pas un blogueur. Les médias ont tous trouvé extraordinaire qu'un auteur de livres ait décidé d'exprimer sur Internet des opinions sur le monde dans lequel il vit. Je le faisais déjà sous d'autres formes depuis plus de trente ans, mais j'avais l'impression de prêcher non pas totalement dans le désert, mais pour un nombre réduit de lecteurs. Avec l'apparition des blogs, beaucoup de gens ont cru qu'il était facile d'être écrivain. Nombreux sont ceux qui pensent également qu'il est facile d'être peintre ou musicien, ou acteur. Nous vivons des temps où la frivolité règne en maître sur la vie de millions d'hommes et de femmes de tous âges. Une nouvelle technologie n'est pas en soi une révolution. Nous ne changerons pas la vie si nous ne changeons pas de vie.

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José Saramago : Le Cahier (Éditions Le Cherche Midi)