Edwy Plenel
Edwy Plenel

Edwy Plenel revient sur les deux années qui ont abouti à sa démission du poste de directeur de la rédaction du Monde en 2004 ("pour se consacrer aux joies de l'écriture") et à son licenciement du journal du soir en septembre 2005. "C'est une histoire que je clos", écrit-il.

Selon lui, les évènements qui ont secoué le quotidien français "de référence" ne doivent rien à sa conception du journalisme mais à des intérêts financiers et politiques qui ont peu à peu abaissé l'esprit originel du journal fondé par Hubert Beuve-Méry. Edwy Plenel analyse notamment les deux affaires où sa "mission" de journaliste l'a mis en première ligne, soit comme victime soit comme accusé, devant la justice et des médias dont il était devenu une des grandes figures des années '80 et '90: l'Affaire des écoutes de l'Elysée, où lui et sa compagne furent mis sur écoute entre 1983 et 1986 par une cellule policière dépendant directement du Président de la République François Mitterrand, et celle de la publication en 2003 du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde, où il est sérieusement mis en cause avec Jean-Marie Colombani et certains autres responsables du quotidien tels Alain Minc, entre autres. C'est ce dernier ouvrage surtout qui aura été, selon lui, le véritable déclencheur de la crise du Monde, agissant comme le "cheval de Troie d'une triple normalisation, économique, sociale et éditoriale" du journal.

Dans ce Procès nerveux de 150 pages, truffé de références philosophiques et d'abondantes citations littéraires, Edwy Plenel s'interdit ce qu'il pratiquait à outrance lorsqu'il dirigeait la rédaction du Monde: la polémique, les anecdotes, les révélations fracassantes, les calomnies, les renvois d'ascenceur, les querelles individuelles et les attaques ad nominem. Arguments et documents à l'appui, il n'hésite plus désormais à dénoncer la "normalisation" de la presse et de l'édition. En retrait de ce qu'il aura en partie contribué à mettre en place durant une génération, il s'autorise à donner des leçons de déontologie à ses confrères et à critiquer sévèrement un milieu "mercantile" et "servile", un univers de financiers et de politiciens qu'il aurait dérangé en journaliste audacieux mais qui aura entraîné sa démission forcée et, in fine, la démission d'une presse indépendante des pouvoirs. Selon lui, son parcours personnel est porteur d'enjeux plus universels qui concernent l'avenir de la presse et de la démocratie. "Nous vivons dans un pays où un journaliste qui veut simplement faire son métier doit le payer au prix fort", constate Edwy Plenel en sombre Narcisse. Quant à la toute nouvelle ligne éditoriale du Monde mise en place conjointement par son successeur et son ancien patron, c'est selon lui un "journalisme de validation", un journalisme auquel échappe des pans entiers de la réalité.

Elargissant par ailleurs la critique du journalisme et de la presse contemporaine à celle de l'édition en général, Edwy Plenel n'hésite pas à s'en prendre également à certaines maisons d'édition qui, à l'instar des journaux, seraient devenues les vecteurs d'une "irresponsabilité d'époque" et d'un "abandon civique", ces dernières publiant à l'encan et pour de simples raisons mercantiles "une littérature du complot, inspirée par la haine qu'elle prête à son objet." (...) "Secret, complot, duplicité, les ingrédients sont toujours les mêmes", écrit-il.

Procès est accompagné chez le même éditeur d'une réédition, en un seul volume intitulé Le journaliste et le président, de trois essais d'Edwy Plenel publiés entre 1992 et 1997 et consacrés à François Mitterrand : La part d'ombre, Un temps de chien et Les mots volés.