Gyaincain Norbu
Gyaincain Norbu

Gyaincain Norbu, 11e Panchen Lama et deuxième plus haut dignitaire dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain derrière le Dalaï Lama, participe aujourd'hui pour la première fois à la Conférence Consultative du Peuple Chinois (CCPPC), où il vient d'être nommé par les autorités chinoises. Cette institution, partie prenante, avec la session de l'Assemblée Nationale Populaire, du Xe Congrès National du Peuple — l'un des rendez-vous les plus important de la vie politique chinoise — a notamment pour mission de conseiller le Parlement de la République Populaire de Chine (RPC). Le mois dernier, il a en outre été élu Vice-président de l'Association bouddhiste de Chine, fondée en 1953, qui gère les activités des différentes branches du bouddhisme chinois.

Mais Gyaincain Norbu, né il y a tout juste vingt ans le 12 février 1990, fait l'objet d'une sérieuse controverse depuis 1995, année de son intronisation comme réincarnation du 10e Panchen Lama du Tibet par les autorités communistes chinoises. Le Dalaï Lama avait en effet à l'origine choisi un autre enfant, Gedhun Choekyi Nyima, âgé de six ans à l'époque, qui a disparu trois jours à peine après sa désignation comme 11e Panchen Lama. Supposé mis en résidence très surveillée par le gouvernement chinois, il n'a depuis plus jamais été vu en public. Les autorités chinoises, se référant aux coutumes de la dynastie Qing, firent le 29 novembre 1995 un tirage au sort dans une urne d'or afin de choisir leur propre Panchen Lama, Gyaincain Norbu.

La promotion de Gyaincain Norbu au sein de la très politique CCPPC ne doit donc rien au hasard. En poussant aujourd'hui sur le devant de la scène médiatico-politique ce vrai-faux Lama officiel, Pékin signifie sa volonté de poursuivre l'offensive contre l'actuel Dalaï Lama, considéré comme un dangereux séparatiste. Selon les traditions du bouddhisme tibétain, le Panchen Lama (mot qui signifie à la fois "grand érudit" et "maître spirituel") est en outre chargé de choisir la réincarnation du Dalaï Lama lorsque celui-ci s'éteindra.

L'actuel Dalaï Lama, Tenzin Gyatso, âgé de 75 ans, prix Nobel de la Paix 1989, vit en exil en Inde depuis 1959. Il a laissé entendre qu'il pourrait rompre avec la tradition en choisissant lui-même son successeur, éventuellement une femme, ou même qu'il pourrait supprimer définitivement sa fonction de chef spirituel du bouddhisme tibétain si les Tibétains décidaient que l'institution du Dalaï Lama n'a plus de sens.