Comment un timide étudiant, certes ambitieux et doué en informatique mais à la vie sociale et amoureuse désastreuse, est-il devenu le plus jeune milliardaire au monde ? C'est l'histoire de ce parcours hors du commun que raconte Ben Mezrich dans une biographie romancée, La revanche d'un solitaire, qu'il consacre à Mark Zuckerberg, fondateur de l'empire Facebook, qui ne devrait en réalité sa gloire et sa fortune qu'à un piratage informatique.
De son arrivée sur le campus de Harvard au développement fulgurant de son réseau social sur internet, l'auteur retrace l'épopée de ce petit "geek" boutonneux au coeur de la nouvelle économie numérique, avec son lot d'affairisme et d'arrivisme, de rebondissements et de trahisons, de coups de génie et de coups bas.
Tout commence en 2003. Le très timide Mark Zuckerberg, âgé de 19 ans à l'époque, est frustré de ne pas être admis au "Porcellian", le très select club de l'université, dont il pensait se prévaloir autant pour séduire les filles que pour faire carrière. À la suite d'un énième échec amoureux, il pirate le réseau informatique de Harvard afin d'y voler les photos des étudiantes de sa promo. Son but ? créer une page sur internet, intitulée "Facemash", où tout le monde peut désigner la fille la plus hot en l'associant au nom d'un animal.
C'est la ruée sur le site, à tel point les serveurs de l'université croûlent sous le nombre de connexions. Mark Zuckerberg frôle l'exclusion de Harvard mais deux jeunes hommes d'affaires, Tyler et Cameron Winklevoss, s'intéressent à son projet et lui proposent de développer avec eux "Connect U", un site de mise en relation d'étudiants. L'idée ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd mais, plutôt que participer à Connect U, il décide de lancer lui-même son propre réseau social universitaire. Il emprunte de l'argent à son meilleur ami, Eduardo Saverin, et co-fonde en février 2004 avec deux autres étudiants, Dustin Moscovitz et Chris Hughe, un petit site web intitulé "Thefacebook" (renommé "Facebook" en 2005).
Mark Zuckerberg sent venir le succès. Dès l'année suivante, il évince ses partenaires et se réapproprie les parts de la jeune entreprise juste avant son essor. S'estimant floué, Eduardo Saverin le traîne devant les tribunaux, ainsi que les frères Winklevoss (ces derniers obtiendront en 2008 65 millions de dollars en compensation du pillage de leur idée). Peu importe. Le jeune businessman abandonne ses études à Harvard pour se consacrer entièrement au développement du réseau qui s'étend progressivement à l'ensemble des campus américains, puis au monde entier à partir de 2006.
Aujourd'hui, six ans après sa création, Facebook est devenu le leader des sites de socialisation avec quelque 400 millions d'utilisateurs inscrits, dont 15 millions en France où le site est classé quatrième en termes de visiteurs, juste derrière Google, Microsoft et Orange. Nombre d'utilisateurs y passent plusieurs heures chaque jour à raconter leur vie et/ou communiquer avec des "amis" souvent inconnus dans la vie réelle. La plupart des stars et des hommes politiques -- de Barack Obama à Nicolas Sarkozy -- y ont ouvert un compte. Plusieurs millions de messages, de photos et de vidéos y sont postés chaque jour en 65 langues et il capte à lui seul plus de la moitié des audiences de tous les sites de socialisation réunis. Seul parmi ses concurrents du web social, le site de micro-blogging Twitter (55 millions de membres) semble pouvoir le concurrencer, du moins sur tout ce qui fait "buzz" sur Internet.
Même si l'entreprise, dont le modèle économique est fondé uniquement sur l'audience et la publicité, ne dégage aucun bénéfice et ne réalise qu'un modeste chiffre d'affaires de 350 millions de dollars, elle est aujourd'hui valorisée 15 milliards de dollars et emploie plus de 900 personnes. À terme, le site communautaire vise selon ses dirigeants un marché publicitaire plus important que celui des liens sponsorisés qui a permis à Google de devenir ce qu'il est. Parmi ses principaux actionnaires on compte Mark Zuckerberg (qui détient 20% des parts de sa société), Peter Thiel (cofondateur du site PayPal), Greylock Partners, Microsoft (La firme de Bill Gates et Steve Ballmer a acquis en 2007 1,6% des parts Facebook pour 240 millions de dollars; son moteur de recherche, Bing, devient par ailleurs moteur de recherche exclusif du réseau), le fonds russe Digital Sky Technologies de Yuri Milner (5% du capital), ou encore le richissime homme d'affaires de Hong-Kong Li Ka-shing. La fortune personnelle de Mark Zuckerberg flirte elle aux alentours de 1,5 milliard de dollars selon le dernier classement du magazine Forbes.
Resté très secret, le jeune homme n'en est pas moins devenu une des personnalités les plus influentes du monde, rencontrant régulièrement des chefs d'Etat -- il a été récemment l'invité du prestigieux Forum Économique Mondial (WEF) de Davos qui réunit les grands dirigeants politiques et économiques de la planète -- et donnant des entretiens à la presse où il explique que "la protection de la vie privée est une valeur périmée". Face aux critiques récurrentes sur ce sujet, il estime en effet que la "transparence" doit désormais être de mise car, toujours selon lui, si l'internaute cache certains éléments de sa vie privée c'est sans doute parce qu'il a quelque chose à se reprocher.
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• Ben Mezrich, La revanche d'un solitaire, La véritable histoire du fondateur de Facebook (Éditions Max Milo).
• Olivier Levard / Delphine Soulas, Facebook, mes amis, mes amours... mes emmerdes ! La vérité sur les réseaux sociaux (Éditions Michalon).
• Nina Testut, Facebook. Et moi! Et moi! Et moi ! (Éditions Hoebeke).
• The social Network, un biopic réalisé par Kevin Spacey, avec Justin Timberlake dans le rôle de Mark Zuckerberg (sortie sur grand écran prévue courant 2010).