Hans Lebert

Hans Lebert est un de ces auteurs, avec Thomas Bernhard et Elfriede Jelinek, qui font amèrement grincer des dents l'Autriche. Jouant d'une écriture méticuleuse, il abuse de la patience du lecteur, ou le charme, par son sens du détail aussi sensuel qu'expressif. Ainsi, les descriptions du paysage alpestre ne donnent jamais dans le lyrisme impressionniste et gratuit, mais pérennisent une atmosphère, sertissent le conflit et l'attirance des personnages de manière implacable.

Car Gottfried et Hinge, sa demi-soeur, ont fait des choix radicalement opposés. Il s'est fait officier anglais pour combattre ce nazisme qu'elle a embrassé avec une brutale et wagnérienne ferveur, jusqu'à devenir (nous l'apprendrons peu à peu) une meurtrière kapo dans un camp de femmes... Nous sommes en 1947, lorsque les protagonistes se retrouvent pour cohabiter. Elle n'est plus que fille de ferme, il a la légitimité du vainqueur et du droit moral. Cependant, dans "ce labyrinthe qui s'appelle patrie", elle ne cède rien de son idéologie, et joue de sa fruste et saine beauté, de son courage à mener une vie limitée, pour tenter son demi-frère et lui reprocher sa traîtrise. Ce qui aurait pu n'être qu'une manichéenne confrontation entre bien et mal, devient sous la plume d'Hans Lebert — qui mit au jour dans La Peau du loup, un terrifiant crime collectif — une trouble exploration des confins de l'âme humaine. Le huis-clos se déroule dans le cercle des montagnes autant que dans le cercle obsessionnel de l'humain, trop humain. Gottfried mesure la fragilité de son idéal devant un atavisme autrichien, devant une primitive et incestueuse sensualité. Reste-t-il, après dix ans de combat, "un exemple"? Livre fascinant, dérangeant, Le Cercle de feu ouvre plus d'interrogations qu'il n'en résout; ce qui, n'en déplaise aux moralisateurs, est une des missions de la littérature.