Serge Gainsbourg
Serge Gainsbourg

Un film sur Serge Gainsbourg ? Le défi pouvait sembler colossal. Joann Sfar a relevé le défi.

Icône musicale, père spirituel de plusieurs générations d'artistes, le mythe Gainsbourg avait de quoi impressionner un réalisateur, novice de surcroît. Afin d'éviter une confrontation forcément déséquilibrée, l'auteur de Bande Dessinée Joann Sfar a choisi de présenter l'homme à la tête de chou à travers le prisme des femmes qui ont marqué sa vie et son oeuvre dans Gainsbourg (vie héroïque). La pertinence du casting est donc au coeur de la réussite du film. Qui pour interpréter Brigitte Bardot, elle aussi figure culturelle mythique ? Qui pour jouer Jane Birkin, Juliette Gréco ou Bambou ? Et qui pour incarner, au beau milieu de ces muses, Serge Gainsbourg, l'artiste-peintre des débuts, le tombeur de ces dames des swinging sixties, et enfin l'excessif Gainsbarre et sa "beauté cachée des laids" ?

Sfar y met l'art et la manière. Laetitia Casta est une Brigitte Bardot tout en courbes et en feu sacré. Lucy Gordon, qui s'est malheureusement suicidée après le tournage, incarne une Jane Birkin tout en jambes et en malice. joue à merveille de sa froideur incandescente pour incarner Juliette Gréco. Enfin, la magnétique Mylène Jampanoï est la Bambou des années "défonce", perfecto sur le dos et cheveux dans les yeux. Toutes parfaites dans leur costume, elles ne font pas pour autant d'ombre à Eric Elmosnino, dont la performance est remarquable. Acteur de théâtre reconnu, celui-ci, à la différence de Joann Sfar, n'est pas un grand connaisseur de Gainsbourg. Pour ce rôle, il a travaillé le personnage jusqu'au bout des phalanges jaunies par la nicotine. Il suffira alors de simples prothèses d'oreilles et de nez pour que l'incarnation soit parfaite.

Biopic atypique et élégant, le film est une ode à l'alchimie qui unissait, chez Serge Gainsbourg, femmes et création. Les chansons de l'auteur, en particulier les duos, ont jalonné la vie de Sfar. Il les dissémine tout au long du film, tubes ou titres moins connus, interprétés par les acteurs du film. C'est le contexte dans lequel leur composition, historique et fantasmée, a eu lieu, qui donne son rythme au long-métrage. On voit ainsi Gainsbourg chanter au piano, Laetitia écrire Bonnie and Clyde aux côtés de Brigitte Bardot ou bien les Frères Jacques écouter les premières notes du Poinçonneur des Lilas chez Boris Vian. De séquence en séquence, c'est l'âme de sa musique qui prend corps, entre mélange de cultures, des genres et des sonorités, et à travers elle la vie d'un homme fragile et séducteur, génial et avide de reconnaissance.

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De Gainsbourg à Gainsbarre

LES DÉBUTS À PARIS (1957-1965): Le chanteur passe en première partie de Jacques Brel ou de Juliette Gréco sans connaître le succès. Son premier album, Le chant à la une ! (1958), où figure Le poinçonneur des Lilas, est un échec commercial. La reconnaissance vient avec La Javanaise, écrite pour Juliette Gréco.

L'HEURE DU SUCCÈS (1965-1980): Gainsbourg trouve le succès auprès d'un public jeune grâce à France Gall, qui remporte en 1965 l'Eurovision avec Poupée de cire poupée de son. Brigitte Bardot prend le relais. Viendront ensuite les années 1970 et sa belle histoire d'amour avec Jane Birkin.

L'ÈRE GAINSBARRE (1981-1991): Dans les années 1980, Serge Gainsbourg continue ses collaborations marquantes avec, entre autres, Catherine Deneuve (Dieu est un fumeur de havane, 1980) et Isabelle Adjani (Pull marine, 1984). Sa dernière muse sera Vanessa Paradis, en 1990.

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Joann Sfar : Gainsbourg (Vie héroïque), avec Eric Elmosnino, Laetitia Casta, Anna Mouglalis et Lucy Gordon.