Pedro Benavente
Pedro Benavente

36 ans, danseur, professeur, chorégraphe, Pedro Benavente, dit "El Indio", est devenu à lui seul une véritable attraction touristique en présentant sur la place Dorrego de Buenos-Aires, tous les dimanches depuis plus de dix ans, un spectacle dansé retraçant l'histoire du tango. D'abord principal danseur des deux grands ballets folkloriques d'Argentine, il a ensuite été formé à la fois par des études professionnelles en danse contemporaine et, par mimétisme et apprentissage direct, au contact des vieux milongueros de Buenos-Aires. Au fil de son évolution il a effectué des recherches poussées sur les danses originelles du tango comme la milonga et le canyengue ou plus classiques comme le style dit milonguero. Il a développé enfin son propre style, un tango personnel nourri par de multiples racines dont le butho, cette danse moderne japonaise violente et syncopée qui exprime la douleur et l'agonie.

Sur scène Pedro Benavente est un danseur rayonnant de force active, très physique, très masculin, impressionnant d'intelligence technique, de hardiesse d'improvisation et de richesse d'invention. Spécialiste de la milonga traspie, la milonga "trompeuse" ponctuée de jeux taquins avec les pieds, il étonne par sa vitesse d'exécution, ses enchaînements précis, ses torsions imprévues, sa gestuelle virtuose. Dans les tangos lents ses phrasés, ses alternances de concentration et de relâchement, de fulgurances et d'apaisements, de suspensions et d'accents diaboliques, ainsi que le timing avec ses partenaires (Mariana Dragone puis aujourd'hui Mariana Fresno) révèlent un caractère très "art martial" du mouvement.

Comme Mariano "Chicho" Frumboli et deux ou trois autres argentins de cette génération qui arrive aujourd'hui à maturité, Pedro Benavente est un danseur qui sait se glisser dans le moment essentiel de la danse, dans le maïa temporel et spatial du tango. Comme Chicho encore, c'est un des rares à renouveler aujourd'hui le tango argentin dans sa dimension éternelle et universelle en intégrant et en métissant la tradition avec les diverses influences qu'il a reçu du monde contemporain.

On lui pardonne donc d'être un peu tombé dans le piège de la vitrine folklorique pour touristes avec son spectacle de rue portègne car ce qui importe c'est qu'on perçoive d'emblée qu'il a le tango argentin vissé au corps.