Eric Besson
Eric Besson

Mission accomplie pour Eric Besson, ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. Son débat "sur ce qu'est être Français aujourd'hui" est déjà couronné d'un succès médiatique avant même d'être lancé et alimente aujourd'hui une nouvelle polémique autour de l'un des thèmes favoris du sarkozysme: l'opposition entre les bons français de souche et les mauvais immigrés étrangers.

Le projet piloté par Eric Besson sous directive de l'Elysée consiste à organiser dans les quelque 450 préfectures et sous-préfectures françaises une série de rencontres animées par des parlementaires sur la question de "l'identité nationale". Le débat doit commencer le 2 novembre prochain et durer environ un trimestre avant de donner lieu à une synthèse générale qui sera présentée vers fin février 2010. Élaborés par le gouvernement à la lecture des récents rapports du Parlement sur le "respect des symboles de la République" et du Haut Conseil à l'Intégration (HCI) sur "l'accueil des immigrés", les deux principaux thèmes de discussions doivent porter sur l'identité française ("qu'est-ce qu'être français ?") et sur "l'apport de l'immigration à l'identité nationale". L'objectif est de "promouvoir l'identité nationale", Eric Besson estimant par exemple, entre autres sujets de discussion, que l'hymne national (La Marseillaise) doit être chanté par les jeunes dans les écoles, que le port de la burqa ne doit pas être autorisé car "contraire aux valeurs de la République Française", ou encore que les candidats à l'immigration ne doivent être admis qu'après un entretien visant à vérifier leur capacité à parler français.

L'opposition a immédiatement dénoncé les arrière-pensées électorales de la droite derrière l'organisation de ce débat. L'identité nationale et l'immigration sont en effet des thèmes que Nicolas Sarkozy a déjà maintes fois fois agités, notamment pendant la campagne présidentielle de 2007, afin de capter les voix du Front National de Jean-Marie Le Pen. "Si certains n'aiment pas la France, qu'ils la quittent", déclarait-il à l'époque en reprenant les slogans racistes de l'extrême-droite. Afin de récompenser cet électorat sans lequel il ne serait pas à l'Elysée, l'omniprésident de la république n'a d'ailleurs pas hésité à créer ensuite cet étrange "ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire", d'abord confié à son ami Brice Hortefeux puis à l'ex-socialiste Eric Besson.

L'initiative d'Eric Besson a fait réagir au quart de tour la quasi totalité de la classe politique française, suscitant de violentes critiques de la part de l'opposition. "Scandale Jean Sarkozy, affaire Mitterrand, procès Clearstream... Ebranlé par l'accumulation de scandales politiques qui ont remis en scène le FN, le gouvernement nous ressert sa vieille soupe nationaliste en annonçant la tenue d'un débat sur l'identité nationale, comme à chaque veille d'élection depuis 2001", dénoncent les Verts dans un communiqué. Un point de vue partagé par le Parti Communiste (PCF) qui y voit "le retour du pétainisme le plus nauséabond" et se demande "jusqu'ou Eric Besson, petit ministre des sales besognes, va-t-il couvrir notre pays de honte ?". Le Parti Socialiste (PS) juge que réactiver le thème de l'immigration à cinq mois des régionales est "une ficelle un peu grosse" et accuse le gouvernement de "faire du roman national une invention bling-bling". François Bayrou, président du Modem, estime pour sa part que "l'identité nationale, c'est comme l'Histoire, elle n'appartient pas aux politiques". Il rappelle que "chaque fois qu'une élection se présente à l'horizon, l'UMP agite le sujet de l'immigration". Jean-Marie Le Pen, président du Front National (FN), dénonce également "une résurgence purement électoraliste" destinée à affaiblir son parti. Du côté de la droite, on se défend de toute stratégie électoraliste. Eric Raoult, député UMP, fait valoir que "l'identité nationale n'est pas un sujet tabou" tandis que Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, soutient que "La défense de notre modèle culturel et de la douce France chantée par Charles Trenet passent par la redéfinition de notre identité nationale".

Selon une récente étude de l'Institut National d'Études Démographiques (INED) consacrée à la construction des identités et publiée sous le titre En quête d'appartenance, les "racines" de l'identité nationale n'ont pas forcément à voir avec le lieu de naissance et la nationalité. À la question de savoir quel était leur "lieu d'attachement", les 10.000 personnes interrogées par l'institut ont par exemple désigné majoritairement leur lieu de résidence plutôt que leur lieu de naissance.