Bob Woodward
Bob Woodward

Bob Woodward est l'un des deux célèbres reporters du Washinton Post auteurs en 1972 de l'enquête sur l'affaire du Watergate qui obligea le président américain Richard Nixon à démissionner. Les éditions Denoël sortent la traduction de son dernier livre d'investigation, intitulé Plan d'attaque, qui relate cette fois l'enchainement des évènements et des décisions prises par l'administration Bush dans le lancement de la guerre contre l'Irak. Que ce soit au Pentagone, à la CIA ou à la Maison Blanche, le journaliste a pu rencontrer l'ensemble des responsables américains, George W. Bush en tête, qui oeuvrèrent au renversement de Saddam Hussein et à l'occupation de l'Irak. Son livre documenté est certes loin aujourd'hui de provoquer un nouveau Watergate car il couvre clairement le président des Etats-Unis. Ce dernier en ressort plutôt valorisé. Il est présenté comme un vrai leader, honnête, droit, charismatique, et c'est sans doute pour lui plus qu'une aubaine en cette période préélectorale critique. Plan d'attaque accable par contre son entourage et l'administration au pouvoir dont il montre la méconnaissance du contexte international, le fanatisme et la longue suite d'erreurs politiques et stratégiques. La CIA — dirigée par un George Tenet qui a récemment servi de fusible technique démissionaire — est particulièrement critiquée pour ses vains plans de lutte contre le terrorisme et notamment pour n'avoir pas su prévenir les évènements du 11 septembre. Selon Woodward, c'est aussi la CIA qui a fourni à Bush le faux argument des armes de destruction massive. Les cinq principaux idéologues conseillers de la Maison Blanche, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Douglas Feith et Lewis Libby, sont également mis en cause pour leurs diverses manipulations et erreurs stratégiques manifestes. Le livre décrit les débats et luttes intestines de tous ces personnages entre eux ou avec certains autres responsables tels par exemple Colin Powell. Il n'y a pas de révélations fracassantes, seulement des entretiens plus ou moins exclusifs. En définitive, tout le monde sait déjà ce que révèle le livre, même lorsqu'on y apprend que le projet d'attaquer l'Irak était un des principaux objectifs de ces fauteurs de guerre dès avant l'investiture présidentielle de 2001. L'attaque d'Oussama Ben Laden contre les tours du World Trade Center leur a fourni l'occasion attendue pour se lancer non seulement dans la guerre contre le terrorisme islamique mais aussi dans le renversement d'un Saddam Hussein qui n'était pas plus impliqué dans l'évènement qu'il ne possédait d'armes de destruction massive, ceci sans doute dans le but de remodeler le Proche-orient pour de beaucoup plus obscures et cyniques raisons politiques, voire affairistes et religieuses. Ce ne sont donc pas les motifs d'un Irakgate qui manquent. Contrairement au vieux journaliste "embedded" qu'est devenu Bob Woodward on éludera pas la question de la folie du président des Etats-Unis lui-même dans ce délire guerrier.