Farouk Hosni
Farouk Hosni

Jamais l'élection d'un directeur de l'UNESCO, paisible organisation vouée depuis 65 ans à promouvoir la tolérance et le dialogue des cultures, n'aura suscité de telles passions. Après plusieurs mois d'intense bataille diplomatique et pas moins de cinq tours de scrutin pour déterminer qui succèderait au Japonais Koïchiro Matsuura, le conseil exécutif de l'organisation a finalement élu à sa tête une ex-ministre bulgare inconnue, Irina Bokova. La candidature du ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, pourtant donné largement favori, a été rejetée par 31 voix contre 27 au dernier tour du scrutin.

À la suite d'une virulente campagne médiatique menée par les intellectuels juifs américains et français — notamment Elie Wiesel, Bernard-Henri Lévy et Claude Lanzmann --, Farouk Hosni, injustement accusé d'antisémitisme, a du s'incliner. Il dénonce une élection "politisée" et accuse l'Unesco d'avoir cédé aux pressions des "médias sionistes".

Pour le président égyptien Hosni Moubarak, qui avait fait de l'élection de son ministre de la culture un enjeu d'influence du monde arabo-musulman sur la scène internationale, ce résultat sonne comme un camouflet. "Un mouvement s'est mis en place afin d'empêcher qu'un candidat représentant notre courant culturel et civilisationnel arrive à la tête de l'institution", estime Le Caire. Du côté de la Ligue arabe, on pointe aussi "certaines manoeuvres qui n'auraient pas dû avoir lieu" dans un tel cadre. Quant à la presse arabe, elle met en cause le "lobby juif", responsable selon elle de la campagne de "calomnies et de désinformation" véhiculée par les grands médias occidentaux. Selon elle, l'élimination de Farouk Hosni est une nouvelle illustration du "choc des civilisations" entre les pays occidentaux, dont les dirigeants et les médias sont notoirement acquis aux dictats israéliens en matière diplomatique, et les pays arabo-musulmans en développement. "Le complot des grandes puissances a eu raison de Farouk Hosni", éditorialise ainsi le quotidien égyptien Al-Ahram, qui ajoute que "la position ambiguë de la France est à l'origine de l'hésitation des pays africains francophones à voter pour Farouk Hosni".

Du côté français, la position de Nicolas Sarkozy n'a en effet pas été des plus claires. À la surprise générale, ce grand ami d'Israël qui oeuvre en permanence à la nomination de personnalités sionistes aux postes-clés de toutes les institutions françaises ou internationales, avait d'abord officiellement choisi de soutenir Farouk Hosni. Il lui fallait en effet s'accorder les bonnes grâces de l'Egypte, tant pour les négociations israélo-palestiennes dans lesquelles il aimerait bien jouer un rôle, que pour la survie de son grand projet quasi moribond d'Union pour la Méditerranée. Après avoir vainement demandé à Hosni Moubarak de changer de candidat, puis favorisé une rencontre avec Benyamin Netanyahou à la suite de laquelle Farouk Hosni a fait acte de contrition publique pour ses déclarations controversées, Nicolas Sarkozy a un temps soutenu le candidat arabe, avant de se déclarer "neutre", puis finalement de le lâcher au moment du scrutin. Il faut dire que la virulence de la campagne médiatique et les intenses pressions diplomatiques exercées par les Etats-Unis, principal bailleur de fonds de l'Unesco, étaient difficilement soutenables. Au final, la principale voix qui a manqué à Farouk Hosni pour être élu à la direction de l'Unesco est celle de Paris. Pas de quoi arranger les affaires de la France auprès d'un monde arabe qui réalise une fois de plus ce que vaut la parole de Nicolas Sarkozy.