Marin Karmitz
Marin Karmitz

Producteur de cinéma, Marin Karmitz est né le 7 octobre 1938 à Bucarest (Roumanie) dans une famille de riches industriels juifs roumains.

Fuyant l'antisémitisme du régime Antonescu, ses parents viennent s'installer en 1947 à Nice. Marin apprend rapidement le français et suit sa scolarité en France, d'abord au Lycée du Parc impérial de Nice, puis au Lycée Carnot à Paris. Après son bac, il opte pour un métier artistique, comme le souhaitait sa mère, et intègre en 1954 l'Institut Des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC, actuelle FEMIS). Il échoue au concours de metteur en scène mais réussit celui de chef-opérateur.

Marin Karmitz débute sa carrière au tout début des années '60 en travaillant d'abord comme assistant réalisateur sur des films de Jean Dewever (Les honneurs de la guerre, 1960), Jean-Luc Godard (sketch La paresse dans Les sept péchés capitaux,1962), Agnès Varda (Cléo de 5 à 7, 1962) et Jacques Rozier (Adieu Philippine, 1963). Souhaitant réaliser ses propres films, il décide de fonder une société de production cinématographique, MK Production, financée par son père. Il produit et tourne en 1964 deux premiers court-métrages, Les Idoles et Nuit noire, Calcutta (d'après un scénario de Marguerite Duras qu'elle reprendra ensuite pour son roman Le vice-consul et son film India Song), suivi en 1966 de Comédie (d'après la pièce de Samuel Beckett).

En 1967, la petite MK Production se transforme en une beaucoup plus ambitieuse MK2 Production, qu'il développera pendant trente ans jusqu'à en faire un des tous premiers groupes cinématographiques français employant 400 salariés et réalisant 70 millions d'euros de chiffre d'affaires. MK2 Production — dont il a confiée en 2005 les rênes à son fils Nathanaël Karmitz — compte aujourd'hui plus de 400 films à son catalogue dont 90 films produits directement. Elle détient notamment les droits de nombreux et célèbres films de Claude Chabrol (Poulet au vinaigre, Inspecteur Lavardin, Betty,...), Louis Malle (Au revoir les enfants,...), Jean-Luc Godard (Le Mépris, Prénom Carmen, Sauve qui peut la vie,...), Alain Resnais (Melo,...), les frères Taviani (Padre padrone, Kaos,...), Pavel Lounguine (Taxi Blues,...), Kenneth Loach (Looks and smiles,...), Etienne Chatiliez (La Vie est un long fleuve tranquille,...), Abbas Kiarostami (Le Vent nous emportera,...), Krzysztof Kieslowski (Trois couleurs,...), Gus Van Sant (Elephant), Theo Angelopoulos (L'Apiculteur), Michael Haneke (La Pianiste,...), sans oublier les droits mondiaux exclusifs sur l'ensemble des oeuvres de Charlie Chaplin et de François Truffaut. En 1982, la société remporte même un succès exceptionnel au Festival de Cannes avec cinq films primés, dont la Palme d'Or pour Yol de Ylmaz Güney.

Dans la foulée de Mai 68, Marin Karmitz, à l'époque maoïste militant de la Gauche Prolétarienne, signe trois longs métrages "révolutionnaires": Sept jours ailleurs (1968), Camarades (1969) et Coup pour coup (1972), ce dernier consacré à une grève dans une usine textile. Le film étant refusé par les distributeurs, il décide de créer son propre réseau, MK 2 Diffusion qui, après avoir ouvert en 1974 près de la Bastille une première salle baptisée "14 Juillet", contrôle aujourd'hui à Paris les quelque soixante écrans d'une dizaine de complexes et accueille cinq millions de spectateurs par an.

En 1975, Marin Karmitz épouse la pédopsychiatre et psychanalyste Caroline Eliacheff (fille de Françoise Giroud), avec qui il aura deux enfants.

En 1982, Marin Karmitz participe aux côtés de François Furet, Alain Minc, Bernard Kouchner et Jean-Luc Lagardère, entre autres hommes d'affaires, intellectuels et hauts fonctionnaires néolibéraux, à la création de la Fondation Saint-Simon. Au cours des années '80 et '90, il co-fonde, administre et/ou dirige également les sociétés Canal 01 (une société d'achat de droits de films pour les télévisions, créée avec la Compagnie financière de Suez), LMK Images (filiale MK2 / journal Le Monde), Compagnie Européenne de Droits, MK2 TV et MK2 Editions.

Il préside en outre le groupe "Création culturelle et compétitivité, cohésion sociale" du XIe plan pour le Commissariat général au Plan (1992), puis le Bureau de Liaison des Industries Cinématographiques (BLIC, 2002-2003) et la Fédération Nationale des Distributeurs de Films (FNDF, de 2001 à 2006). À titre de professionnel du cinéma, il prend officiellement position contre le développement des multiplexes et contre la carte d'abonnement lancée par UGC mais n'hésite pas à s'en servir pour développer son petit empire cinématographique, par ailleurs largement subventionné tout au long des dernières décennies. Sur un plan plus personnel, philosémite obsédé par sa judéité [selon ses amis, dont notamment Jean Henochsberg], il soutient activement Israël et finance même une école talmudique dans le Marais avec sa fortune personnelle, estimée à plus de 40 millions d'euros.

Communiste à la fin des années '50, maoïste dans les années '60, socialiste proche de la nomemklatura mitterrandienne au début des années '80 (style gauche caviar), Marin Karmitz, en modèle type de dérive de l'extrême-gauche vers la droite "libérale-libertaire" contemporaine — comme ses amis Bernard Kouchner, Serge July ou encore Daniel Cohn-Bendit — est désormais tout acquis au sarkozysme des années 2000 tout en faisant croire qu'il est encore de gauche. Le très ultralibéral Alain Minc, déjà intervenu pour l'aider à racheter l'indépendance de MK2 au groupe Vivendi qui en détenait 20%, le fait entrer à l'Elysée en 2008. Le gouvernement Fillon le nomme membre de la Commission pour la nouvelle télévision publique la même année.

En janvier 2009, Nicolas Sarkozy le propulse Délégué général de son "Conseil pour la Création Artistique", une sorte de ministère bis de la culture que le président le plus inculte de la Ve République co-préside lui-même au mépris des missions du ministère dirigé à l'époque par Christine Albanel. Un passage de l'ancien militant d'extrême-gauche au "pétainisme transcendantal" de Nicolas Sarkozy que le cinéaste Pierre Carles n'hésite pas à qualifier de "plus grand retournement de veste du siècle écoulé" et à comparer à la trahison de Jacques Doriot (ex-communiste fondateur en 1941 d'une ligue fascisante collaborationniste).

Grand amateur d'art contemporain — il possède une importante collection de tableaux (Gérard Fromanger, Pierre Alechinsky,...) accrochée dans son manoir normand et dans son hôtel particulier de Paris avec vue sur le jardin du Luxembourg, a longtemps présidé l'association Promotion de l'art contemporain du château d'Oiron, et a récemment été nommé commissaire des expositions "Silences" du Musée d'art moderne de Strasbourg et du Musée Berardo de Lisbonne — Marin Karmitz est aussi l'auteur de deux livres, Bande à part (Mémoires, Éditions Grasset, 1995), et Profession producteur (Conversations avec Stéphane Paoli, Éditions Hachette, 2003).

Il est Commandeur des Arts et des Lettres, Officier de la Légion d'honneur, Officier de l'Ordre national du Mérite, et a reçu en 1998 le Prix Georges de Beauregard du meilleur producteur de cinéma.