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La République des Lettres

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0207-4
Livre numérique (format ePub)
Prix : 5 euros
Disponible chez • FnacAmazonKoboiTunes

Jean Jaurès

Jean Jaurès

Homme politique, philosophe et historien, Jean Jaurès -- Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès pour l'état-civil -- est né le 3 septembre 1859 dans une famille bourgeoise de Castres (Tarn). Son père est négociant, sa mère s'occupe du foyer qui compte deux enfants: Jean l'aîné, et Louis, futur amiral et député républicain-socialiste. Il suit ses études à Paris, au collège Sainte-Barbe puis au lycée Louis-le-Grand. En 1878, il est reçu premier au concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm (devant Henri Bergson) d'où il sortira trois ans plus tard agrégé de philosophie.

Nommé professeur de philosophie en 1881, Jean Jaurès enseigne d'abord au lycée Lapérouse d'Albi avant de rejoindre Toulouse l'année suivante. Il y enseigne à titre de Maître de conférences à la Faculté des Lettres et donne également un cours de psychologie dans un lycée de jeunes filles. Âgé de 25 ans, il fait son entrée en politique en se présentant comme candidat républicain aux élections législatives de 1885. Il est élu député du Tarn et siège à l'Assemblée nationale aux côtés de la gauche radicale. Bien que cherchant sa voie, il montre déjà à l'époque de fortes préoccupations sociales et impressionne le Parlement par son éloquence. En 1886, il épouse Louise Bois, avec qui il aura deux enfants (Madeleine et Louis).

Battu aux élections de la circonscription de Carmaux (Tarn) en 1889, Jean Jaurès reprend son poste d'enseignant à l'Université de Toulouse tout en préparant une thèse de doctorat, De la réalité du monde sensible (soutenue avec succès en 1892), ainsi qu'une seconde thèse sur Les origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel. Il collabore parallèlement au quotidien radical socialiste La Dépêche du midi à qui il donne de nombreux articles. En 1890, Il devient conseiller municipal, puis maire adjoint de Toulouse en charge de l'instruction publique.

Jean Jaurès, qui a désormais pris clairement conscience de la lutte des classes par ses travaux philosophiques, rejette les valeurs de sa classe d'origine pour embrasser la cause ouvrière. En 1892, il soutient activement la grande grève des mineurs de Carmaux qui protestent contre le licenciement d'un ouvrier syndicaliste qui était aussi maire de la ville. Dans ses articles remarqués de La Dépêche du Midi, il dénonce la collusion du pouvoir avec les milieux capitalistes. Sous la pression, le gouvernement doit finalement arbitrer le conflit et donner raison aux mineurs. L'année suivante, Jean Jaurès adhère au Parti Ouvrier Français et est élu député sur une liste socialiste. Pendant son mandat, il défend entre autres les luttes des verriers de Carmaux et des vignerons du Languedoc. Il participe aussi à la création des premières coopératives ouvrières et agricoles de la région (Verrerie d'Albi, Vignerons libres de Maraussan,...).

Jean Jaurès perd son mandat de député aux élections de 1898. Il devient co-directeur et éditorialiste d'un journal, La petite République Socialiste. En 1898, après la publication dans L'Aurore du célèbre "J'accuse" d'Émile Zola, il mène une campagne retentissante pour la libération d'Alfred Dreyfus, publiant notamment Les preuves, un ouvrage clamant l'innocence du capitaine injustement condamné par l'institution militaire. De 1899 à 1902, il soutient le gouvernement Waldeck Rousseau de Défense républicaine et prône avec Alexandre Millerand, alors ministre socialiste du commerce et de l'industrie, l'unité du mouvement socialiste français.

En 1902, tout en dirigeant la publication d'une Histoire socialiste de la France contemporaine, et alors que le marxiste Jules Guesde vient de créer le très radical "Parti Socialiste de France", il fonde un plus réformiste "Parti Socialiste Français". La même année, il parvient à reconquérir son siège de député de Carmaux, qu'il conservera dès lors constamment jusqu'à sa mort. Il s'engage en faveur du Bloc des gauches et soutient le gouvernement "bourgeois" d'Emile Combes (1902-1905). Brillant orateur, il est désigné Porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. En avril 1904, il fonde le quotidien L'Humanité, dont il prend la direction. Il mène les grandes batailles parlementaires de la gauche pour la séparation des Églises et de l'État, l'enseignement laïc, les libertés syndicales, les droits de l'homme, la nationalisation des grandes entreprises,... Ardent militant de l'unité socialiste, il voit ses voeux se réaliser sous la seconde Internationale avec la création en 1905 de la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO), une fusion des deux partis socialistes français qu'il co-dirigera avec Jules Guesde.

Le Socialisme de Jean Jaurès, nourri à la fois par le Marxisme et par les idéaux de la Révolution française, se veut profondément humaniste, libéral, démocratique et non doctrinaire. Il ne considère pas la démocratie parlementaire comme un instrument de puissance de la bourgeoisie, mais comme le cadre permettant au prolétariat d'accéder au pouvoir. "C'est l'individu humain qui est la mesure de toute chose, de la patrie, de la famille, de la propriété, de l'humanité, de Dieu. Voilà la logique de l'idée révolutionnaire. Voilà le Socialisme", affirme-t-il.

Pacifiste, anti-colonialiste, anti-militariste, internationaliste et ami de l'Allemagne -- ce qui lui attirera de vives inimitiés comme entre autres celles de Charles Péguy et de Charles Maurras -- Jean Jaurès luttera ensuite activement contre la montée des nationalismes et la militarisation croissante des grandes puissances européennes. En 1910, il rédige une proposition de loi et un livre, L'Armée nouvelle, dans lequel il préconise une organisation de la Défense militaire non plus au niveau national mais international. Pour lui, "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage". Farouchement opposé à la guerre avec l'Allemagne, il rappelle aux militants le mot d'ordre de grève générale décidé par l'Internationale ouvrière en cas de déclenchement d'un conflit armé.

Le 31 juillet 1914, trois jours avant le début de la Première Guerre Mondiale, Jean Jaurès est abattu d'un coup de revolver au café du Croissant, situé près de L'Humanité. Il a 54 ans. Son assassin est un jeune déséquilibré mental, Raoul Villain, militant d'extrême droite influencé par les appels aux meurtres des journaux nationalistes. Il sera acquité par la Cour d'Assises de la Seine en 1919 avant d'être assassiné à son tour aux Baléares par des Républicains espagnols.

150 ans plus tard, la popularité de Jean Jaurès demeure encore très forte. La plupart des villes de France ont baptisé des rues ou des places à son nom et lorsque François Mitterrand fut élu président en mai 1981, son premier geste fut d'aller s'incliner sur sa tombe au Panthéon, où le corps du grand tribun a été transféré en 1924. Les partis de gauche, PS et PCF en tête, revendiquent plus que jamais l'héritage de cet humaniste qui aura défendu toute sa vie une certaine idée des Droits de l'Homme, de la République et du Socialisme.