Woody Allen
Woody Allen

Alan Stewart Konigsberg, dit Woody Allen (en hommage au musicien de jazz de l'entre-deux-guerres Woody Herman — Woody Allen, passionné de jazz, est lui-même clarinettiste) est né le 1er décembre 1935 à Brooklyn (New York, Etats-Unis), dans une famille modeste. Son père, Martin, exerce les métiers de chauffeur de taxi, artisan joallier, serveur de restaurant; sa mère, Nettie, est caissière chez un fleuriste de Manhattan. Jusqu'à quinze ans, selon ses propres paroles, Woody Allen ne fait que jouer au ballon. Il se cultivera plus tard. Avec Harlene, sa première femme, étudiante en philosophie, il étudie les Pré-socratiques, Platon, Aristote, Dante, Thomas More... En 1952 il commence à envoyer des entrefilets comiques à divers magazines. Suspendu de l'Université, où il veut étudier mais où son humour est mal perçu, échouant pour les mêmes raisons aux cours du soir du City College, il suit un cours d'Art de la Communication du Writer Development Program. Il écrit d'abord des sketches comiques pour les autres puis pour lui-même.

En 1959, Woody Allen commence une analyse. L'année suivante, il divorce d'avec Harlene qu'il avait épousée six ans plus tôt. Il cesse d'écrire pour la télé et passe à des one-man shows. En 1961, il débute sur scène au Duplex de Greeenwich Village où il raconte des histoires comiques dans lesquelles se profile déjà le personnage du malchanceux, schlemil rongé par la hantise du sexe, errant entre des psychanalystes à multiples visages, une mère étouffante dont l'oeil ne le lâchera plus, et des épouses muses, telles Diane Keaton dans les années '75, puis Mia Farrow dans les années '90. À la tradition du comique juif, Woody Allen ajoute l'intellectualisme du new-yorkais cynique. "Si nos affaires se règlent sans l'intervention de Dieu, que faut-il faire, plus que de la faute elle-même, de la culpabilité ?" déclare-t-il. Il fait aussi dire à un des personnages de son film Broadway Danny Rose en 1994: "Tu connais ma philosophie de la vie ? Qu'il est important de rigoler un peu, pas de doute, mais qu'il faut souffrir un peu, aussi. Parce que, sinon, tu passes à côté du sens de la vie". Triste et drôle, ce clown du cinéma regrette l'absence d'autres clowns. La solitude métaphysique serait-elle la constante de cet inconsolable amoureux de l'amour ?

En 1965, à la demande du producteur Charles Feldman qui le remarque dans un show, Woody Allen écrit le scénario de What's New, Pussycat ? (Quoi de neuf, Pussycat ?), où il tient aux côtés de Peter Sellers son premier rôle au cinéma. En 1966, on lui commande un "détournement" de film d'espionnage japonais, Kizino Kizi, qui devient entre ses mains What's Up Tiger Lily ? (Lily la Tigresse). Deux succès consécutifs. Il monte dès lors plusieurs pièces à Broadway puis réalise en 1969 son premier film: Take the money and run (Prend l'oseille et tire toi). Nouveau succès.

Attachant par son univers mais aussi par la position spécifique qu'il occupe dans le système de production où il est devenu réalisateur indépendant, s'imposant comme un cinéaste à succès déjouant les pièges du cinéma commercial, représentant incontournable du comique juif américain, même s'il n'est pas le seul (certains défendent l'humour des frères Coen comme étant plus subversif), Woody Allen joue avec les codes des divers genres cinématographiques et sur la pluralité des modes de représentation, procédé repris de temps à autres par de jeunes cinéastes français. Même en ce qui concerne la musique, il use de cette dynamique des rapports d'écriture. Woody Allen confirme par cette utilisation chaque fois plus ou moins décalée de la diégèse principale (il cultive l'art de la narration contrapuntique) la complexité de sa propre identité d'homme et de cinéaste, hommage assumé aux grandes figures du 7e art: Ingmar Bergman, Alain Resnais, Jean-Luc Godard, Federico Fellini... ses maîtres. A côté de ses comédies et de ses mélodrames, genres souvent mêlés, il signe en 1978 un drame pur, Interiors. Films policiers, parodiques, à sketches, fantastiques, expressionnistes, documentaires, historiques, musicaux et toujours philo-métaphysiques, fantaisie bergmanienne (Comédie érotique d'une nuit d'été, 1983), destin ambivalent d'un homme-caméléon (Zelig, 1984), comédie loufoque sur le spectacle (Broadway Danny Rose, 1985) se succèdent. Woody Allen utilise toujours ses personnages pour diffuser ses valeurs, entre Sigmund Freud, Groucho Marx et Fedor Dostoïevski. Faire du cinéma sans s'éloigner du romanesque est une affaire de morale pour Woody Allen. Construction et sujet des films se rencontrent — voir notamment son chef-d'oeuvre de récit à tiroir, Crimes et Délits (1990) — d'où l'émotion du public qui attend chaque année son dernier opus pour recevoir une nouvelle leçon d'existence ou se distraire devant un spectacle universel entre music-hall et poésie.

En 1975, Woody Allen réalise son premier film avec Diane Keaton, Love and death. Mais c'est Annie Hall, en 1977, qui entame son cycle consacré aux femmes, sa plus grande préoccupation, qui lui fera dire qu'il a échoué auprès des plus belles du monde. L'autobiographie, par le miroir du couple qu'il forme dans la vie avec Diane Keaton, est un matériau créatif qui nourrit l'oeuvre en même temps que celle-ci le recrée comme personnage et cinéaste voguant dans les méandres de ses propres niveaux de conscience. Consacré en France, qui lui rend bien la passion qu'il lui voue, Woody Allen est boudé aux Etats-Unis, où les chiffres de fréquentation de ses films expriment la marginalisation dont il a été peu à peu victime. Il ne cesse pourtant jamais de rendre hommage à New-York, notamment dans Manhattan (1979), avec Diane Keaton, salué depuis dans le monde entier. Maris et Femmes (1992), avec Mia Farrow, explore, dans le sillon d'un Cassavetes (Husbands) une crise matrimoniale, alors que la séparation du couple et le procès qui entâche la liaison que vit Woody Allen avec sa fille adoptive agite les médias. L'artiste n'en finit pas de peindre ses doubles.

Son dernier film, Whatever Works (2009), qui vient de sortir sur les écrans français, est réalisé d'après un scénario écrit il y a trente ans. C'est une nouvelle comédie d'imbroglios romantiques sur fond d'angoisse existentielle tissée autour de l'improbable relation entretenue par un intello cinquantenaire misanthrope qui a raté le prix Nobel, son mariage et même son suicide, et une jeune, jolie et naïve fugueuse montée à New York pour faire sa vie. Après un an de cohabitation, leur bonheur va être troublé par l'arrivée inopinée des parents de la jeune femme.

Filmographie de Woody Allen:

Quoi de neuf, Pussycat ? (1965), Lily la Tigresse (1966), Casino Royale (Acteur et co-scénariste, 1969), Prend l'oseille et tire toi (1969), Bananas (1971), Tombe les filles et tais-toi (de Herbert Ross, 1972, acteur), Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander (1972), Woody et les robots (1973), Guerre et amour (1975) Le prête nom (de Martin Ritt, 1976, acteur), Annie Hall (1977), Intérieurs (1978), Manhattan (1979), Stardust Memories (1980), Comédie érotique d'une nuit d'été (1982), Zelig (1983), Broadway Danny Rose (1984), La rose pourpre du Caire (1985), Hannah et ses soeurs (1986), Radio Days (1987), September (1987), Une autre femme (1988), New York Stories (1989, sketch Le Complot d'Oedipe), Crimes et délits (1989), Alice (1990), Scènes de ménage dans un centre commercial (de Paul Mazursky, 1990, acteur), Ombres et brouillard (1992), Maris et femmes (1992), Meutre mystérieux à Manhattan (1993), Coups de feu sur Broadway (1994), Nuit de Chine (1994), The Sunshine Boys (de John Erman, 1995, acteur), Maudite Aphrodite (1995), Tout le monde dit I love you (1996), Harry dans tous ses états (1997), Wild Man Blues (de Barbara Kopple, 1998, acteur), Celebrity (1998, court-métrage 13 mn), Accords et désaccords (1999), Morceaux choisis (de Alfonso Arau, 2000, acteur) Escrocs mais pas trop (2000), Le sortilège du scorpion de jade (2001), Hollywood ending (2002), La vie et tout le reste (2003), Melinda et Melinda (2004), Match Point (2005, post-production), Scoop (2006), Le Rêve de Cassandre (2007), Vicky Cristina Barcelona (2008), Whatever Works (2009).