Malek Chebel
Malek Chebel

Malek Chebel, islamologue et anthropologue des religions, vient de faire paraître une nouvelle traduction du livre sacré des musulmans. Dans le même temps paraît son Dictionnaire encyclopédique du Coran, outil de décryptage d'un livre aux multiples enjeux politiques. Entretien.

Le Coran a-t-il été dès son origine destiné à organiser la communauté musulmane ?

Malek Chebel : C'est un livre structurant, universel, intemporel. Il parle à tous les peuples qui se sentent concernés. Il s'inscrit tout de même dans une histoire, celle des monothéismes. Leurs adeptes pourront y trouver beaucoup de références. Il est intéressant de voir, par exemple, que Marie est plus traitée dans le Coran que dans la Bible.

Quel a été l'axe principal de votre travail ?

Malek Chebel : La rigueur avant tout. Ce texte est soumis à toutes les interprétations et récupérations possibles, des plus libérales aux plus extrémistes. Mon travail va donc subir un flot de critiques. Une traduction, la plus fidèle possible, était le préalable nécessaire pour couper l'herbe sous le pied aux fanatiques défendant une vision étriquée ou erronée du Coran. J'ai essayé, de mon côté, de le rendre lisible par tous, sans que cela ne nécessite aucun bagage.

Cette traduction participe-t-elle de votre défense d'un "Islam des Lumières" ?

Malek Chebel : Beaucoup de musulmans considèrent que Coran et société ouverte peuvent cohabiter. Mais ce courant progressiste doit se doter d'outils intellectuels pour répondre, aux niveaux sociologique, juridique et politique, aux visions des prédicateurs et des obscurantistes. Les musulmans doivent connaître cet "Islam des Lumières" pour l'apprécier et s'en revendiquer. Nous sommes arrivés à un point de l'histoire ou tout se joue dans la voie que peut prendre l'islam. Certaines pratiques, comme le port du voile ou la lapidation, seraient justifiées par le Coran.

Ces notions apparaissent-elles dans votre traduction ?

Malek Chebel : Le mot lapidation n'est utilisé dans le Coran qu'à l'encontre de Satan. Le mot voile, quant à lui, n'apparaît que dans deux versets, alors qu'Allah l'est dans plus de cinq mille. Avant le retour de l'ayatollah Khomeiny en Iran, en 1979, la question politique du voile ne se posait même pas ! D'où l'importance d'éclairer les lecteurs sur ces sujets.

Comment un texte millénaire peut-il être en phase avec les sociétés de notre temps ?

Malek Chebel : C'est sur cela qu'il faut travailler, et non sur de vieux concepts archaïques. Les exégètes doivent se pencher sur l'environnement, les sciences, le rapport aux autres. L'islam doit pouvoir nous encourager à aller dans cette direction sans craindre les foudres des uns et des autres.

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Malek Chebel, Le Coran (nouvelle traduction) et Dictionnaire encyclopédique du Coran (coffret en deux volumes, Éditions Fayard).